Une mutation génétique fait perdre 25 points de QI

Même parmi les participants dont le quotient intellectuel est évalué comme normal, des recherches menées par le Dr Sébastien Jacquemont et son équipe ont montré que les délétions du gène 16p11.2 soustraient 25 points de QI.

Même parmi les participants dont le quotient intellectuel est évalué comme normal, des recherches menées par le Dr Sébastien Jacquemont et son équipe ont montré que les délétions du gène 16p11.2 soustraient 25 points de QI.

Crédit : Amélie Philibert.

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Même parmi les participants dont le quotient intellectuel est évalué comme normal, des chercheurs ont observé que les délétions du gène 16p11.2 soustraient 25 points de QI.

Aucun autisme n'est pareil. C'est aussi vrai de la plupart des maladies psychiatriques. «Nous comprenons maintenant que chaque mutation génétique a un effet propre, qui s'additionne aux autres pour brosser un tableau unique de la maladie chez chaque patient», déclare le Dr Sébastien Jacquemont, généticien qui reçoit au quotidien des enfants qui lui sont adressés pour évaluation en vue d'un possible diagnostic génétique d'un trouble psychiatrique comme l'autisme.

Pour comprendre cet effet d'addition, il est nécessaire de quantifier précisément l'effet des mutations qui sont repérées chez ces patients. «Nous venons par exemple de découvrir qu'une copie en moins d'une région du chromosome 16 fait perdre 25 points de quotient intellectuel à une personne porteuse de la mutation. Le gain d'une copie de la même région génomique fait perdre environ 16 points. Paradoxalement, même si les patients porteurs présentent un ensemble de symptômes très différents ‒ parfois même ils n'en présentent aucun ‒, l'effet particulier de ces deux mutations est, semble-t-il, toujours le même», explique le clinicien-chercheur du CHU Sainte-Justine et professeur à l'Université de Montréal, qui signe avec des collaborateurs étrangers un article dans la réputée revue scientifique JAMA Psychiatry.

Pour parvenir à ces conclusions, les chercheurs ont mesuré l'intelligence de 700 personnes membres de familles où au moins un apparenté est porteur de la même mutation génétique sur le chromosome 16, qui prédispose fortement aux troubles du spectre autistique. Même parmi les participants dont le quotient intellectuel (QI) est évalué comme normal, les chercheurs ont observé que les délétions du gène 16p11.2 soustraient 25 points de QI. En effet, il est assez fréquent de voir des porteurs de la mutation ne manifester aucun problème de santé mentale.

«Les facultés intellectuelles résultent de l'addition de nombreux facteurs, en majorité d'origine génétique et hérités des parents. Tous les parents au premier degré – c'est-à-dire le père et la mère et leurs enfants, des frères et des sœurs – ont en commun 50 % de leur code génétique et, par conséquent, 50 % des facteurs génétiques qui déterminent en partie la cognition», précise le Dr Jacquemont. Ces études familiales permettent donc de mesurer les facteurs qui viennent s'additionner aux mutations dont on veut quantifier l'effet. «À titre d'exemple, 25 points de quotient intellectuel en moins peuvent, en fonction des facteurs additionnels présents, faire franchir ou pas le seuil de la déficience intellectuelle.»

D'autres études devront être menées pour mesurer l'effet de toutes les mutations associées à l'autisme et caractériser les effets additionnels nécessaires pour entraîner ce trouble psychiatrique. «Car aucune mutation ne peut causer seule l'ensemble des manifestations cliniques dont souffrent ces patients», conclut le chercheur.

À propos de cette étude

L'article a été publié en ligne le 2 décembre 2015 dans le JAMA Psychiatry sous le titre «Defining the effect of the 16p11.2 duplication on cognition, behavior, and medical comorbidities». Le Dr Sébastien Jacquemont est médecin généticien au CHU Sainte-Justine et professeur agrégé au Département de pédiatrie de l'Université de Montréal. Ses travaux ont été soutenus financièrement par une bourse de carrière du Fonds national suisse de la recherche scientifique.

À propos du Centre de recherche du CHU Sainte-Justine

Le Centre de recherche du CHU Sainte-Justine est un établissement phare en recherche mère-enfant affilié à l'Université de Montréal. Axé sur la découverte de moyens de prévention innovants, de traitements moins intrusifs et plus rapides et d'avenues prometteuses de médecine personnalisée, il réunit plus de 200 chercheurs, dont plus de 90 cliniciens, ainsi que 360 étudiants de cycles supérieurs et postdoctorants. Le centre est partie intégrante du Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, le plus grand centre mère-enfant au Canada et le deuxième centre pédiatrique en importance en Amérique du Nord. 

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