Le cheval de bataille de Sheila

  • Forum
  • Le 29 janvier 2016

  • Dominique Nancy
Sheila Laverty revient d'un séjour de trois mois à l'Université de Zurich, en Suisse.

Sheila Laverty revient d'un séjour de trois mois à l'Université de Zurich, en Suisse.

Crédit : Marco Langlois.

En 5 secondes

Chercheuse et chirurgienne équine, Sheila Laverty est une sommité internationale des problèmes articulaires chez le cheval.

Dans la verte Irlande vivait une amoureuse des chevaux. Son père adorait les chevaux de course et, depuis sa tendre enfance, elle l'accompagnait à l'hippodrome pour les voir courir. L'incroyable puissance des bêtes au départ d'une course la fascinait...

Ainsi commence l'histoire d'une jeune femme déménagée dans un blanc pays qui a réussi à faire de sa passion son métier : chercheuse, professeure et chirurgienne équine.

«Après avoir obtenu mon diplôme de vétérinaire à Dublin, en 1980, j'ai travaillé auprès des chevaux de course pendant six ans en Irlande, en Australie et en Nouvelle-Zélande avant de poursuivre des études aux États-Unis», raconte Sheila Laverty, une sommité internationale des problèmes articulaires chez le cheval.

La Dre Laverty est depuis 1989 professeure au Département de sciences cliniques de la Faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal, chirurgienne équine au Centre hospitalier universitaire vétérinaire de l'UdeM, le CHUV, et directrice du Laboratoire d'orthopédie comparé de la faculté. Ses recherches portent sur le développement articulaire, l'imagerie, le diagnostic et les traitements des maladies articulaires.

Un modèle de réussite

Pour Sheila Laverty, il est important d'être actif en recherche fondamentale, mais elle aime aussi avoir une activité de clinique. «Tout cela sert mon enseignement», affirme-t-elle. La Dre Laverty revient d'un séjour de trois mois en Suisse, où elle a collaboré à l'enseignement et à la recherche à titre de professeure invitée à l'Université de Zurich dans le cadre du programme Hedi Fritz-Niggli.

La professeure Laverty se dit honorée d'avoir reçu cette invitation de l'un des plus prestigieux établissements universitaires d'Europe. «C'est un des grands honneurs de ma vie, confie-t-elle, car cela touche à l'avancement et à la reconnaissance des femmes ainsi qu'à leurs contributions dans la discipline.»

Sur le site Internet de l'Université de Zurich, la doyenne, Brigitte von Rechenberg, présente la Dre Laverty comme un modèle de réussite en raison de ses réalisations en tant que clinicienne-chercheuse, mais aussi comme une référence en chirurgie équine, ayant ainsi grandement contribué à l'équité hommes-femmes dans le domaine. «Longtemps, le milieu a été constitué principalement d'hommes, raconte la professeure de l'UdeM. Imaginez, à l'époque où je travaillais auprès des chevaux de course, j'étais la seule femme vétérinaire! Beaucoup de progrès ont été accomplis depuis, mais des efforts restent à faire, notamment sur le plan de l'administration.»

Sollicitée par plusieurs professeurs à Zurich, Sheila Laverty a participé à des cours, ateliers et séminaires, prononcé des conférences et répondu à diverses questions relatives à la chirurgie équine, la recherche et les défis des femmes dans le milieu de l'enseignement et de la recherche. «C'était une belle expérience qui m'a permis de nouer des liens avec cette université et d'établir des collaborations de recherche», indique la chercheuse, qui travaille à instaurer un programme d'échanges d'étudiants et de professeurs entre l'UdeM et l'université suisse pour accroître la mobilité entre les deux pays francophones.

Guérir l'arthrite

Depuis sa résidence en chirurgie équine en 1986 à l'Université de Californie à Davis, où elle mène ses premières recherches sur les maladies articulaires chez les chevaux, Sheila Laverty tente d'approfondir la compréhension du problème. «Les chevaux souffrent de douleurs très semblables à celles des êtres humains : arthrite, arthrose, fracture..., signale-t-elle. On peut traiter les symptômes, mais l'arthrite demeure difficile à soigner. On ne possède pas de médicaments efficaces capables de prévenir ou d'arrêter le processus de dégénérescence du cartilage chez les humains ni chez les chevaux.»

Les travaux de Sheila Laverty pourraient bientôt changer cet état de choses. Ils sont prometteurs tant pour l'espèce animale que pour les hommes et les femmes aux prises avec des problèmes articulaires de plus en plus présents à mesure que la population vieillit. «Je fais des études in vivo et in vitro. Par exemple, je prélève des échantillons de cartilage sur des animaux morts afin de les étudier en laboratoire; les cellules conservent leurs propriétés de croissance quelques heures après le décès. Ces tissus sont précieux pour tester de nouvelles molécules», précise-t-elle. Par le passé, la physiopathologie de l'ostéoarthrose équine était peu étudiée en médecine vétérinaire et la chercheuse de Saint-Hyacinthe a fait office de pionnière.

Pour perfectionner les technologies d'analyse, elle s'est associée, il y a quelques années, à un spécialiste de l'arthrite chez l'humain. Le Dr Robin Poole, du laboratoire des maladies articulaires de l'Hôpital Shriners pour enfants de Montréal, travaille à concevoir une méthode de dépistage précoce de l'arthrite. À partir du modèle animal, les chercheurs espèrent mettre au point de nouveaux médicaments pour véritablement soigner l'arthrite. «Nous nous attaquons simultanément à deux défis : le diagnostic précoce d'anomalies et la médication.»

Dans son laboratoire de recherche au CHUV, à Saint-Hyacinthe, la Dre Laverty a à ce jour supervisé plus de 55 étudiants de tous les cycles, des résidents, des boursiers postdoctoraux et des chercheurs invités. Auteure de plus de 300 communications scientifiques, elle fait partie des membres fondateurs du Réseau canadien de l'arthrite, un centre d'excellence en recherche du gouvernement du Canada. Elle a codirigé le volet sur les diagnostics et thérapeutiques du comité consultatif de la recherche du Réseau et a été directrice de la Ressource de recherche stratégique à l'UdeM de 1999 à 2012. Membre du comité scientifique de la Société d'arthrite du Canada, elle siège aussi au comité de gestion de la recherche de ThéCell, un réseau de recherche financé par le Fonds de recherche du Québec ‒ Santé, dont elle dirige le volet musculosquelettique.