Être initié tôt aux jeux de hasard peut mener à un problème de jeu plus tard

  • Forum
  • Le 11 février 2016

  • Martin LaSalle
Les personnes qui s'initient à l'adolescence à une variété de jeux de hasard et d'argent courent de deux à trois fois plus de risques d'avoir un problème de jeu à 30 ans.

Les personnes qui s'initient à l'adolescence à une variété de jeux de hasard et d'argent courent de deux à trois fois plus de risques d'avoir un problème de jeu à 30 ans.

Crédit : Thinkstock.

En 5 secondes

Les personnes qui s'initient à l'adolescence à une variété de jeux de hasard et d'argent courent de deux à trois fois plus de risques d'avoir un problème de jeu à 30 ans.

Les personnes qui s'adonnent à une variété de jeux de hasard et d'argent depuis l'adolescence jusqu'au début de l'âge adulte courent de deux à trois fois plus de risques d'éprouver un problème de jeu à l'âge de 30 ans, comparativement à celles qui ne jouent qu'à un ou deux types de jeux durant la même période.

C'est ce qui ressort d'une étude menée par des chercheurs du Centre de recherche du CHU Sainte-Justine dirigée par le professeur René Carbonneau, du Département de pédiatrie de l'Université de Montréal.

M. Carbonneau et son équipe ont cherché à mettre en lumière les comportements susceptibles d'entraîner des problèmes de jeu à long terme, auprès de 1350 personnes qui ont été interviewées sur leurs habitudes de jeu au cours de l'année précédant leurs 15e, 22e et 30e anniversaires.

Habitudes de jeu

L'étude a permis de mettre au jour trois trajectoires de comportements quant à la variété de jeux de hasard et d'argent prisés par ces personnes.

Dans la première, les individus (27 % des participants) sont peu portés à jouer et leur première expérience de jeu est survenue vers l'âge de 22 ans.

La deuxième trajectoire a été suivie par 65 % des participants : ceux-ci avaient déjà parié, en moyenne, à deux types de jeux à l'adolescence et la variété de jeux auxquels ils se sont adonnés est demeurée similaire à 22 ans et à 30 ans.

Quant à la troisième trajectoire, elle concerne les participants (8 %) qui avaient expérimenté en moyenne de quatre à cinq jeux à l'âge de 15 ans, et cette variété de jeux s'est maintenue dans le temps.

L'analyse de ces trajectoires a permis de déterminer que les hommes (14 %) sont quatre fois plus susceptibles de faire partie du troisième groupe que les femmes (3,5 %).

De même, les données recueillies auprès des participants indiquent que la fréquence des problèmes pathologiques de jeux de hasard et d'argent se situe autour de un pour cent, tant à 15 ans qu'à 30 ans.

«Ce taux est conforme à celui révélé par d'autres études effectuées sur le sujet au sein de la population, qui est de 1 à 2 % chez les adultes, dit M. Carbonneau. Il importe de souligner qu'il s'agit d'une fréquence mesurée dans les 12 mois précédant les entrevues, et non sur toute la durée de la vie.»

D'ailleurs, il est généralement admis que le taux de joueurs problématiques diminue avec l'âge, «si bien que, chez les plus de 65 ans, les problèmes de jeu ne touchent qu'environ 0,3 % de la population», ajoute celui qui se spécialise dans l'étude de la manifestation des troubles du comportement chez l'enfant dans une perspective à long terme – ou longitudinale.

Haro sur l'influence des parents

Selon René Carbonneau, la recherche de la nouveauté pourrait être l'une des caractéristiques qui poussent certains joueurs à privilégier une plus grande variété de jeux. «Des études tendent à confirmer cette hypothèse selon laquelle ceux qui sont aux prises avec des problèmes de jeu sont davantage attirés par la nouveauté, comparativement à ceux qui n'ont pas ce problème», mentionne-t-il.

De même, bien que l'influence des publicités sur le développement du goût du jeu chez les jeunes demeure hypothétique, celle des proches – dont celle des parents – est scientifiquement documentée. «Plusieurs études ont clairement établi le lien entre les habitudes de jeu des parents et celles des enfants, incluant le risque d'avoir un problème de jeu, rappelle M. Carbonneau. La plupart des adolescents qui jouent à des jeux de hasard y ont d'abord été initiés par leur famille.»

Certes, la grande majorité des joueurs récréatifs qui jouent fréquemment à une grande variété de jeux ne finissent pas tous par souffrir d'un problème de jeu.

Mais, d'un point de vue de la santé publique, les problèmes de jeu sont souvent associés à la détresse psychologique, à l'anxiété et à la dépression, de même qu'à une consommation excessive d'alcool et de drogue. Ils sont aussi liés à des idées suicidaires et à des tentatives de suicide.

En ce sens, l'étude réalisée par l'équipe de René Carbonneau pourrait constituer une piste pour des interventions futures auprès des personnes les plus à risque de devenir dépendantes des jeux.

«Notre étude démontre qu'un historique de diversité dans les activités de jeux de hasard et d'argent au début de la trentaine représente un indicateur du risque d'avoir des problèmes de jeu, indépendamment de problèmes identiques antérieurs et de la fréquence passée et présente des activités de jeu des individus», conclut-il.

Les jeux les plus populaires

Les jeux d'argent les plus prisés par l'ensemble des participants à l'âge de 30 ans (peu importe leur trajectoire de jeu) sont les billets de loterie, les jeux de cartes, le casino et les machines à sous. La fréquentation d'un casino vient au deuxième rang des activités les plus fréquentes chez les participants moins intéressés par la variété de jeux et au troisième rang chez ceux qui affectionnent une plus grande variété de jeux. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, les paris sur des plateformes Web (casino sur Internet) sont peu populaires, du moins chez les individus âgés de 30 ans.