Femmes et informatique : où est le bogue?

  • Forum
  • Le 15 février 2016

  • Dominique Nancy
Depuis les années 80, on observe une baisse d’intérêt des filles pour l’informatique.

Depuis les années 80, on observe une baisse d’intérêt des filles pour l’informatique.

Crédit : Photo : Thinkstock

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Des mordues d’informatique veulent convaincre les filles de s’intéresser à ce secteur en ébullition.

Malgré leur nombre croissant à des postes de décision, les femmes sont encore largement minoritaires dans des secteurs comme l'informatique où, toutes fonctions confondues, les deux tiers des salariés sont des hommes. La discipline a-t-elle un sexe?

Sylvie Hamel, professeure du Département d'informatique et de recherche opérationnelle (DIRO) de l'Université de Montréal, croit que le milieu de l'informatique a un problème d'image. «Le cliché selon lequel l'informaticien passe ses journées seul devant son ordinateur contribue à la perception que ce travail est technique, qu'il ne comporte que peu d'interactions avec les collègues et il est donc perçu comme une activité à dominance masculine. C'est une fausse image», affirme Mme Hamel.

À son avis, le stéréotype du nerd a la vie dure, malgré l'étendue des usages d'Internet dans la société. Attention, les femmes font leur place là comme ailleurs. Marissa Mayer, qui dirige aujourd'hui Yahoo! après 13 ans chez Google, et Sheryl Sandberg, la directrice générale de Facebook, illustrent ce mouvement.

Pour la professeure Hamel, la place des femmes en informatique est cruciale. «L'informatique a besoin des femmes au même titre que les autres disciplines scientifiques, dit-elle. Ce n'est même plus une simple question d'égalité, c'est une question économique. Nous devons assurer une formation de qualité aux générations futures afin de demeurer concurrentiels, surtout que la technologie touche aujourd'hui presque tous les aspects de nos vies.»

Dans le but de susciter chez les filles un intérêt pour l'informatique et d'assurer une visibilité aux femmes du milieu, Sylvie Hamel a organisé la Journée femmes en informatique, qui se déroulera le 16 mars prochain au pavillon André-Aisenstadt. Destinée aux étudiantes du collégial ou des universités intéressées par l'informatique, l'activité permettra aux participantes de rencontrer des femmes inspirantes du domaine qui conçoivent des systèmes informatiques, enseignent et sont présentes à des postes décisionnels dans le monde numérique. Une dizaine de diplômées, de chercheuses et de professeures de l'UdeM y prononceront des conférences.

Bienvenue aux filles!

En 1971, la première cohorte de diplômés en informatique de l'Université de Montréal comptait 10 filles sur un total de 45 étudiants. Ce taux de 22 % a chuté entre 2009 et 2013 à 13 % de femmes diplômées en informatique au premier cycle. Par comparaison, durant la même période, la proportion de diplômées en biochimie était de 58 %. Par contre, les femmes inscrites dans le programme d'informatique étaient plus nombreuses à mener des études de troisième cycle (25 %) comparativement aux étudiantes en physique (18  % de doctorantes) et en mathématiques (22 %).

À part les statistiques, on trouve peu d'études qui expliquent pourquoi il y a de moins en moins de femmes en informatique au baccalauréat, alors qu'elles sont toujours plus nombreuses à s'orienter vers d'autres domaines scientifiques, en particulier la médecine. On invoque des raisons sociologiques et de représentation. «Le cercle vicieux semble bien là. Mais, au-delà des comportements de la famille et de la société, il y a certainement d'autres facteurs à l'origine du manque d'intérêt des filles pour l'informatique, car c'est seulement depuis les années 80 qu'on observe une baisse de leur présence dans le milieu. Avant, les préjugés ne semblaient pas encore installés. On associait l'informatique aux mathématiques et non simplement à la programmation et aux jeux vidéos. C'est peut-être pourquoi la discipline s'est masculinisée au cours des 30 dernières années», note Sylvie Hamel.

Si l'on n'entend personne se plaindre de la sous-représentation des femmes chez les éboueurs ou les pêcheurs de homards, c'est qu'il n'apparaît pas aussi important que ces secteurs bénéficient d'une mixité aussi grande que possible. «De nos jours, presque aucun aspect de la vie n'échappe à l'informatique. Il faut amener un changement dans la perception en montrant aux filles le visage humain de l'informatique et en les informant adéquatement des possibilités de carrière», conclut la professeure.

L'inscription à la Journée femmes en informatique est gratuite.