«L'informatique, j'en mange!»

  • Forum
  • Le 15 février 2016

  • Dominique Nancy
Le milieu de l’informatique a un problème d’image.

Le milieu de l’informatique a un problème d’image.

En 5 secondes

À l'occasion de la Journée femmes en informatique, qui met l'accent sur la place des femmes dans cette discipline, Forum a discuté avec quelques-unes des conférencières.

À l'occasion de la Journée femmes en informatique, qui met l'accent sur la place des femmes dans cette discipline, Forum a discuté avec quelques-unes des conférencières. Des mordues d'informatique, passionnées par leur objet d'études et leur travail.

France Bigras

Spécialiste et chef des technologies de l'information

Selon vous, qu'est-ce qui a changé dans le domaine de l'informatique depuis votre baccalauréat spécialisé en informatique à l'Université de Montréal en 1986?

F.B. : Le principal changement réside dans l'évolution rapide des technologies sur le marché. Elles sont accessibles à tous et exploitent une quantité d'informations qui augmente à un rythme effréné. Les réseaux sociaux en sont des exemples percutants. Les organisations doivent ainsi s'adapter en continu afin de répondre aux besoins des clients et employés dont les habitudes changent et qui s'attendent à pouvoir utiliser des technologies conviviales, connectées ensemble et accessibles au moment de leur choix et à partir de l'appareil de leur choix, tout cela de façon sécuritaire.

Dans ce contexte où tout bouge continuellement, le métier d'informaticien n'est plus seulement technique et ne s'effectue plus en silo. L'exploitation de la mobilité et des réseaux sociaux ainsi que la visualisation des données réunissent différents métiers et relèvent souvent de plusieurs unités d'affaires, demandant des capacités à innover en commun et à créer des collaborations gagnantes. La diversité est porteuse de ce changement et les femmes ont donc un rôle important à jouer.

Quel avenir peut-on imaginer pour les femmes désireuses de travailler en informatique?

F.B. : Un large éventail de possibilités se présente pour les femmes en technologies de l'information compte tenu de l'importance de la diversité, qui demeurera essentielle au succès des organisations dans un contexte où l'on y retrouve encore une majorité d'hommes. Le virage numérique qui s'opère au sein de plusieurs types d'organisations, qu'elles soient financières, médicales, manufacturières ou autres, demandera que des femmes s'engagent tant sur le plan technique que dans des domaines comme l'ergonomie des interfaces utilisateurs et l'analyse des besoins afin d'offrir des solutions novatrices et concurrentielles qui s'adressent à un public diversifié.

Véronique Bouffard

Chef du groupe de développement des algorithmes d'optimisation pour le logiciel HASTUS chez GIRO

Vous êtes titulaire d'un baccalauréat et d'une maîtrise du Département d'informatique et de recherche opérationnelle de l'Université de Montréal. Qu'est-ce qui vous a amenée à étudier dans cette discipline?

V.B. : Je voulais étudier dans un domaine recourant aux mathématiques autre que la comptabilité et l'actuariat. C'était le début d'Internet et les .com étaient à un sommet en 1998; ça me semblait un secteur prometteur. J'ai ensuite découvert la recherche opérationnelle en allant à l'UdeM écouter une présentation aux futurs étudiants et je suis tombée amoureuse du sujet! Ça regroupait tous mes champs d'intérêt. Je n'avais presque jamais fait de programmation avant d'entrer à l'université, mais j'ai vite appris.

Parlez-nous de votre travail. Qu'est-ce qui vous fascine le plus?

V.B. : L'équipe que je dirige a élaboré des dizaines d'algorithmes qui peuvent résoudre des problèmes réels, de très grande taille et avec des contraintes variées. Nos algorithmes sont capables de s'ajuster à toutes sortes de situations facilement. C'est notre grande force. Nous sommes loin des problèmes théoriques, bien définis, qui alimentent les revues scientifiques depuis 30 ans. Il y a de quoi être fier et impressionné.

Anne Broadbent

Professeure au Département de mathématiques et de statistique de l'Université d'Ottawa

Vous dirigez une chaire de recherche en traitement de l'information quantique. Est-ce que cet intérêt pour cet objet de recherche s'est manifesté durant vos études à l'UdeM?

A.B. : J'ai fait mes études de 2e et de 3e cycle à l'UdeM, au Département d'informatique et de recherche opérationnelle, sous la direction des professeurs Gilles Brassard et Alain Tapp. J'ai touché à une multitude de sujets de recherche liés au traitement de l'information quantique. J'ai exploré moi-même plusieurs de ces sujets dans mes travaux de maîtrise et de doctorat, incluant la cryptographie, la complexité et la non-localité quantiques.

Que diriez-vous aux filles qui hésitent à faire des études en informatique?

A.B. : L'informatique est un ensemble de sujets captivants; elle propose des solutions qui ont des retombées importantes dans notre vie de tous les jours. Si la discipline vous intéresse, renseignez-vous sur les nombreux domaines d'application afin de trouver votre propre passion... C'est la première étape vers une carrière dynamique et enrichissante!

Teodora Dan

Doctorante à l'Université de Montréal au Laboratoire de simulation et d'optimisation du Département d'informatique et de recherche opérationnelle

Vous avez un diplôme d'ingénieur en informatique de la Roumanie et une maîtrise en sciences informatiques de la Suisse. Pourquoi avoir choisi le Québec pour poursuivre vos études de doctorat?

T.D. : Avant de commencer mon doctorat, j'avais visité Montréal plusieurs fois. J'ai tellement aimé la ville que j'ai voulu y revenir plus longtemps. Comme il y a de bonnes universités ici, c'était le choix parfait pour mon doctorat. J'ai communiqué avec plusieurs professeurs de plusieurs universités et certains d'entre eux m'ont proposé des pistes de travail. C'est sur l'une d'entre elles que ma thèse porte aujourd'hui.

Quel travail aimeriez-vous faire après votre doctorat?

T.D. : J'aime la recherche et l'enseignement, donc j'aimerais travailler dans le milieu universitaire. En même temps, je suis ouverte aux propositions de l'industrie si des projets intéressants se présentent, notamment si ces projets comportent un côté social ou humanitaire. Dans mon domaine de recherche, nous essayons de modéliser mathématiquement des situations de la vie réelle qui pourraient aider la distribution de biens et de services. Plus précisément, nous étudions l'emplacement optimal de centres de services, de magasins, etc. Si, par exemple, une compagnie me proposait de travailler sur un projet similaire ayant des retombées positives sur la vie des gens ou sur leur santé, je ne pourrais pas refuser.

Rébecca Lapointe

Doctorante à l'Université de Montréal au Laboratoire d'informatique théorique et quantique

Dès vos études collégiales, vous avez opté pour une technique en informatique, puis vous avez fait un baccalauréat en mathématiques et informatique. Vous avez aussi travaillé comme programmeuse. De toute évidence, l'informatique n'est pas pour vous une activité réservée à la gent masculine. Parlez-nous un peu de votre expérience d'études et de travail.

R.L. : J'ai commencé à faire de la programmation assez jeune. J'ai toujours aimé déléguer les tâches routinières à la machine. Peut-être est-ce un symptôme de paresse! J'éprouve une grande satisfaction lorsque j'ai trouvé une solution pour résoudre un problème ou pour optimiser mes activités, même si, en cours de route, j'ai eu beaucoup de frustration. Un autre de mes sujets préférés, ce sont les mathématiques. Mon domaine d'expertise est à cheval sur les deux domaines. Je m'intéresse aux possibilités théoriques d'un ordinateur : qu'est-ce qui est calculable? Comment utiliser un ordinateur efficacement? Quel genre d'information peut contenir une mémoire?

Plus jeune, je ne me demandais pas pourquoi il y avait peu de femmes dans la discipline, je ne m'intéressais pas aux chercheurs, mais simplement aux résultats. Plus tard, lorsque j'ai constaté le nombre restreint de femmes, je n'ai pas compris pourquoi. L'informatique est pourtant accessible à tous! Historiquement, les femmes étaient très présentes dans les laboratoires d'informatique, mais elles effectuaient principalement les calculs. Elles ne faisaient pas de programmation.

Je pense que les femmes sont peu présentes en informatique pour la même raison qu'elles sont peu présentes en sciences en général. Nous sommes plus sensibles à la sécurité d'emploi et nous manquons de modèles!

Pourquoi le doctorat est-il important pour vous? Qu'est-ce qui vous attire autant dans la théorie quantique?

R.L. : Le doctorat est important pour moi parce qu'il me permet de me concentrer sur un sujet qui m'intéresse sans me préoccuper des applications pratiques. Si j'étais dans une entreprise, je devrais justifier mon travail en termes de rentabilité, alors que, dans le monde de l'enseignement et de la recherche, un sujet prometteur scientifiquement a de la valeur.

J'adore l'informatique théorique et quantique, j'ai l'impression d'écrire de la science-fiction. Mes travaux de doctorat consistent à effectuer des tâches cryptographiques à l'aide d'un ordinateur quantique. Lorsqu'un tel ordinateur sera créé, nos modèles de sécurité en ligne ne seront plus adaptés. Il faut se préparer pour garantir la confidentialité de nos données dans les décennies à venir.