Les conducteurs seront-ils de plus en plus assistés?

  • Forum
  • Le 16 février 2016

  • Dominique Nancy
Quelle sera l'influence de la voiture autonome sur la circulation? Y aura-t-il réellement moins de véhicules sur la route?

Quelle sera l'influence de la voiture autonome sur la circulation? Y aura-t-il réellement moins de véhicules sur la route?

Crédit : Benoît Gougeon

En 5 secondes

D'ici 2050, presque tous les véhicules seront automatisés.

Dans le futur, notre véhicule déposera les enfants à l'école le matin, nous conduira au bureau pendant qu'on lit un dossier puis retournera par lui-même à la maison. L'avènement de la voiture autonome, capable de se conduire toute seule, est-il une hérésie? «Pas du tout. La conduite autonome est déjà une réalité. Des véhicules actuels proposent des dispositifs d'assistance évolués. Ils peuvent prendre certaines décisions et se substituer au conducteur en cas d'urgence», affirme Martin Trépanier.

Le professeur du Département de mathématiques et de génie industriel de Polytechnique Montréal sait de quoi il parle. À titre de codirecteur du Centre interuniversitaire de recherche sur les réseaux d'entreprise, la logistique et le transport, de l'Université de Montréal, l'Université Laval et l'école de génie, il est au fait des recherches sur les systèmes de transport autonome. «D'ici peu, les voitures offriront divers degrés d'autonomie et pourront même être entièrement autonomes, soit sans conducteur», ajoute-t-il. Un rapport publié en 2014 par la société de conseil en technologie américaine IHS confirme ses propos. «Presque tous les véhicules en circulation devraient être autonomes vers 2050», peut-on lire.

Selon le professeur Trépanier, l'accès à la conduite autonome se fera graduellement, sur plusieurs années; on passera d'une automatisation limitée à une automatisation plus grande et enfin totale, du moins sur certains tronçons. C'est ce que préfigure la Google Self-Driving Car, une voiture entièrement autonome fabriquée par le géant du Web : impossible de la conduire, elle n'a ni volant ni pédales!

La voiture automatisée est une évolution souhaitable pour la sécurité, selon certains experts, sachant que plus de 80 % des accidents sont dus à des erreurs humaines. Le véhicule, lui, grâce à ses capteurs, caméras, systèmes connectés et calculateurs, assure une veille permanente. Encore faut-il qu'il soit capable d'anticiper les problèmes et d'avertir suffisamment tôt le conducteur qu'il doit reprendre le contrôle du véhicule. «On n'en est pas tout à fait encore là», constate M. Trépanier.

Pollution et congestion routière limitées?

La conduite optimisée du véhicule et sa gestion des parcours pourraient permettre de grosses économies d'énergie, au dire de certains constructeurs automobiles. M. Trépanier semble plutôt sceptique quant à cette avenue. «Imaginez, vous avez un rendez-vous urgent et il n'y a pas de stationnement. Que ferez-vous? Dire au véhicule de rouler et de revenir vous chercher dans une heure ou deux? Ce n'est pas une solution très écologique.»

À son avis, l'autonomisation de nos voitures, qu'elles soient électriques ou non, ne changera rien aux problèmes de pollution et de congestion routière. «Au contraire, déclare-t-il, le caractère plus autonome et écologique du véhicule pourrait amener plus de gens à en acquérir un tout en conservant leur voiture actuelle, ce qui ne ferait qu'amplifier le phénomène.»

Quand Forum a rencontré le professeur Trépanier, celui-ci revenait d'un congrès international à Washington où quelque 13 000 chercheurs, ingénieurs et spécialistes du transport s'étaient donné rendez-vous. Quelle sera l'influence de la voiture autonome sur la circulation? S'ils sont plus faciles à partager, y aura-t-il réellement moins de véhicules sur la route? Comment déterminer la responsabilité en cas d'accident?

Autant de questions qui soulèvent de sérieuses préoccupations chez les spécialistes. Mais «ce sont les questions éthiques qui les tracassent le plus», signale Martin Trépanier. À commencer par la capacité des systèmes informatiques à analyser les situations complexes. «Par exemple, devant un accident inévitable impliquant de heurter soit un arbre, un autobus scolaire ou une vieille dame, l'humain choisira en fonction de son analyse de la situation. Comment programmer une telle décision?»

Pour lui, les véhicules automatisés sont inéluctables. Mais leur principale utilité pourrait se situer dans les applications commerciales comme le transport de marchandises et les livraisons ainsi que dans le domaine forestier et l'agriculture. «Il y a là un gain réel pour réduire les coûts de la main-d'œuvre et augmenter la compétitivité, souligne-t-il. Les véhicules pourraient rouler lentement, de façon sécuritaire et rendre de grands services.» Pour l'heure, plusieurs défis technologiques restent encore à relever, notamment au chapitre de l'infrastructure de transport.

Bref, le chemin n'est pas encore tout tracé...