Les beuveries chez les jeunes adultes pourraient mener à l'hypertension

  • Forum
  • Le 19 février 2016

  • Martin LaSalle
Parmi les participants à l'étude qui prenaient part à des beuveries au moins une fois par semaine, 25% (un sur quatre) étaient considérés comme hypertensifs à la lumière de la mesure de leur pression artérielle prise à... 24 ans!

Parmi les participants à l'étude qui prenaient part à des beuveries au moins une fois par semaine, 25% (un sur quatre) étaient considérés comme hypertensifs à la lumière de la mesure de leur pression artérielle prise à... 24 ans!

Crédit : Thinkstock

En 5 secondes

Les jeunes adultes qui participent à des beuveries express –binge drinking –chaque semaine courent le risque d'être plus tard atteints d'hypertension artérielle.

Les jeunes adultes qui boivent de grandes quantités d'alcool dans une même soirée, de manière hebdomadaire, courent le risque d'être plus tard atteints d'hypertension artérielle – un facteur aggravant la probabilité d'être victime d'un accident vasculaire cérébral (AVC) et de souffrir de maladies cardiovasculaires.

C'est ce qui ressort d'une recherche menée par une équipe de chercheurs sous la direction de la professeure Jennifer O'Loughlin, de l'École de santé publique de l'Université de Montréal, auprès de 756 jeunes adultes suivis depuis 1999 dans le cadre de l'étude longitudinale québécoise NICO1.

Une beuverie express – binge drinking – consiste à boire plus de cinq consommations en quelques heures, au cours d'une même soirée. Selon des études effectuées antérieurement, on estime qu'au Canada 43 % des jeunes de 18 et 19 ans et 32 % des 20 à 24 ans s'adonnent à cette pratique.

Plus encore, les 18 à 24 ans qui boivent régulièrement avec excès disent prendre en moyenne plus de neuf consommations en une soirée au moins une fois par semaine.

Alcool et préhypertension

La pression artérielle est composée des pressions systolique et diastolique. On parle de pression systolique lorsque le cœur se contracte pour expulser le sang dans les vaisseaux sanguins. La pression diastolique correspond à la phase où le cœur se relaxe et se remplit de sang.

On considère qu'une pression artérielle normale se situe à 120/80 mm Hg (millimètres de mercure), tandis qu'une pression chronique de 140/90 mm Hg marque le début de l'hypertension.

Pour les besoins de l'étude, les participants ont été questionnés à l'âge de 20 puis de 24 ans sur leur consommation d'alcool durant l'année qui s'était écoulée. Leur pression artérielle a aussi été mesurée lorsqu'ils ont été rencontrés à 24 ans.

Les données indiquent que les adeptes de beuveries express hebdomadaires avaient une pression systolique de 4 mm Hg plus élevée que ceux qui ne participent pas à ces beuveries. Ceux qui s'y adonnaient mensuellement avaient, quant à eux, une pression systolique plus haute de 2,6 mm Hg.

«Cette différence peut sembler minime de prime abord, mais l'étude donne à penser que ceux qui prennent part à des beuveries express voient leur pression systolique augmenter de 0,9 mm Hg par année, ce qui signifie une hausse de près de 10 mm Hg sur 10 ans», explique Mme O'Loughlin.

D'ailleurs, parmi les buveurs excessifs, plus de 25 % (un participant sur quatre) étaient préhypertensifs à l'âge de 24 ans, avec une pression systolique se situant entre 120 et 139 mm Hg.

«C'est une donnée inquiétante parce que cette situation peut évoluer vers l'hypertension qui, à son tour, peut entraîner l'apparition de maladies cardiovasculaires et provoquer la mort prématurément», prévient la chercheuse du Centre de recherche du CHUM.

Un facteur de risque à dépister?

Les auteurs de l'étude soutiennent que c'est la première fois qu'une étude démontre que la consommation excessive d'alcool au début de l'âge adulte peut accroître la pression artérielle au point de rendre les gros buveurs à risque de souffrir d'hypertension plus tard.

Ce facteur s'ajoute aux autres qui sont associés à l'hypertension, dont l'embonpoint et l'obésité, les antécédents familiaux, l'ethnicité et la sédentarité, de même que la consommation de sel (le sodium qu'il contient contribue au durcissement des artères et rend la circulation sanguine plus difficile).

De plus, les résultats laissent voir un autre problème de santé publique, dans la mesure où 85 % des participants qui buvaient de façon excessive à 20 ans ont maintenu ce comportement à l'âge de 24 ans.

Selon Jennifer O'Loughlin, ces résultats devraient inciter les professionnels de la santé à tenir compte du phénomène de beuverie express chez les jeunes adultes lorsqu'ils mesurent leur pression artérielle afin de prévenir l'apparition éventuelle de l'hypertension.

1. La version en ligne de l'étude a été publiée le 19 février sur le site du Journal of Adolescent Health.

Consommation excessive d'alcool et problème de dépendance

La consommation excessive d'alcool n'a pas seulement un effet sur la pression artérielle : plusieurs études démontrent que, si la consommation d'alcool diminue généralement avec l'âge, les personnes qui boivent avec excès au début de l'âge adulte ont aussi une tendance à boire exagérément et à éprouver des problèmes de dépendance lorsqu'ils atteignent 30 et 48 ans.