À quel point les Canadiens croient-ils aux changements climatiques?

Erick Lachapelle s'est associé à des chercheurs américains pour élaborer un outil interactif permettant de visualiser la distribution géographique des opinions de la population au Canada sur les changements climatiques.

Erick Lachapelle s'est associé à des chercheurs américains pour élaborer un outil interactif permettant de visualiser la distribution géographique des opinions de la population au Canada sur les changements climatiques.

Crédit : Thinkstock

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L'UdeM s'est associée à trois universités américaines pour élaborer un outil interactif permettant de visualiser la distribution géographique des opinions des canadiens sur les changements climatiques

Alors que le gouvernement de Justin Trudeau entame les préparatifs de la réunion des premiers ministres provinciaux sur les changements climatiques, prévue pour le début du mois de mars, des chercheurs de l'Université de Montréal, de l'Université de Californie à Santa Barbara, de l'Université d'État de l'Utah et de l'Université Yale dévoilent un nouvel outil interactif permettant de visualiser, avec une précision inédite, la distribution géographique au Canada des opinions de la population relativement aux changements climatiques.

Les utilisateurs de ce nouvel outil présenté sous forme de cartes peuvent ainsi télécharger les estimations de l'opinion publique pour chaque province et chaque circonscription fédérale. Cet outil est disponible en français et en anglais.

Les données de ces «cartes de l'opinion publique canadienne sur le climat» ont été produites à partir des réponses de plus de 5000 participants à des sondages téléphoniques pancanadiens réalisés entre janvier 2011 et septembre 2015. Elles révèlent que 79 % des Canadiens croient à l'existence des changements climatiques et montrent qu'il existe toutefois des différences importantes entre les provinces et les circonscriptions. Par exemple, si environ 67 % des électeurs en Alberta considèrent que le réchauffement climatique est réel, ils sont 85 % au Québec à être de cet avis. À l'échelle des circonscriptions, cette proportion varie de 56 % (Souris-Moose Mountain, en Saskatchewan) à 91 % (Halifax, en Nouvelle-Écosse).

«Nos recherches démontrent que la majorité des Canadiens croient à l'existence des changements climatiques et que, pour un nombre élevé d'électeurs, l'activité humaine est une cause majeure du réchauffement. Ces constats s'appliquent d'une province à l'autre, et sont vérifiés en ville comme en région», affirme l'un des chercheurs principaux de l'étude, le professeur Erick Lachapelle, de l'Université de Montréal.

Ces cartes présentent également l'état de l'opinion relative aux solutions proposées pour lutter contre les changements climatiques. Elles indiquent que la politique de plafonnement et d'échange de droits d'émission bénéficie d'un soutien populaire pancanadien (66 %). La taxe sur le carbone est toutefois moins populaire (49 %) et l'appui à cette mesure varie considérablement d'une circonscription à l'autre.

«Les perceptions du public à l'égard des changements climatiques sont déterminantes pour la réduction des gaz à effet de serre et l'adaptation aux répercussions du réchauffement. Nous avons décidé de rendre accessible cet outil de visualisation pour stimuler le dialogue sur cet enjeu public de première importance, explique Matto Mildenberger, professeur à l'Université de Californie à Santa Barbara et auteur principal de l'étude. Grâce à ces cartes, nous pouvons, pour la première fois, observer la distribution géographique de l'opinion publique à ce sujet avec une précision très grande.»

«Les positions et les préférences quant aux mesures de lutte contre le réchauffement climatique ne sont pas uniformes d'une zone géographique à l'autre. L'outil de visualisation permet d'illustrer non seulement où le soutien populaire est fort, mais aussi, et peut-être de manière plus importante, il permet de déterminer les zones qui pourraient bénéficier de meilleurs programmes d'information et où de plus grands efforts de persuasion pourraient être déployés, déclare le professeur Lachapelle. Nous savions déjà que les opinions variaient d'une province à l'autre. Nous savons maintenant qu'il existe également des différences d'opinion tout aussi marquées, si ce n'est plus, entre milieux urbains et milieux ruraux, ce qui améliore notre compréhension de l'opinion publique canadienne sur les changements climatiques.»

Si les scientifiques disposaient déjà de connaissances sur les conséquences des changements climatiques à une échelle très locale, on ignorait ce qu'il en était de l'opinion publique sur ce sujet à cette même échelle. La nouvelle base de données permet de combler ce déficit et de tirer des conclusions inédites au sujet des perceptions du public à un échelon qui importe particulièrement pour la prise de décision, la planification et la communication stratégique. «Ces données sont appelées à devenir une référence utile pour les décideurs, les chercheurs et les citoyens engagés», conclut Erick Lachapelle.

À propos des cartes de l'opinion publique canadienne sur le climat

Les utilisateurs peuvent explorer les cartes et les données en cliquant sur une province ou en sélectionnant une circonscription, puis en comparant les réponses par question ou par entité politique. Il faut garder à l'esprit que les estimations sont de moins en moins précises à mesure qu'on s'intéresse à de petites entités politiques.

Toutes les estimations sont dérivées d'un modèle statistique et géographique conçu et validé aux États-Unis, puis appliqué à des données issues de sondages pancanadiens effectués depuis 2011 (plus de 5000 répondants). Ces données ont été utilisées pour estimer les différences d'opinion entre groupes de caractéristiques géographiques et sociodémographiques similaires (ces caractéristiques sont tirées du recensement de Statistique Canada). Les estimations affichées tiennent compte des changements d'attitude dans la durée. Au final, nous obtenons une base de données à haute résolution des attitudes estimées des électeurs canadiens, sur les plans national, provincial et des circonscriptions, pour l'année 2015. La précision des valeurs estimées est d'environ ± 6 % à l'échelon provincial et d'environ ± 7 % à l'échelon des circonscriptions (intervalle de confiance de 95 %).

Cette recherche et cet outil bénéficient de financements du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, du Fonds de recherche du Québec – Société et culture, du Skoll Global Threats Fund, de l'Energy Foundation et de la Grantham Foundation for the Protection of the Environment. Les sondages ont été rendus possibles grâce au soutien du ministère des Relations internationales et de la Francophonie, de l'Institut de l'énergie Trottier, de la Prospérité durable, de Canada 2020, du Forum des politiques publiques et de la Chaire d'études politiques et économiques américaines.

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