Aider son prochain, ça s'apprend

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  • Le 7 mars 2016

  • Dominique Nancy
Caroline Bergeron.

Caroline Bergeron.

Crédit : Amélie Philibert.

En 5 secondes

Lancé en 2009, le programme d'études aborde les questions de fond liées à la philanthropie : les aspects éthiques du don, l'histoire de la philanthropie, les différences culturelles...

Pour aider son frère Guillaume, atteint de dystrophie musculaire, Samuel Fleurent-Beauchemin a eu l'idée d'acquérir un bras robotisé. Mais cette technologie coûteuse était hors de la portée du jeune homme de 22 ans.

Sa solution : créer une fondation qui permettrait d'offrir tant à son frère qu'aux autres personnes handicapées un outil favorisant leur autonomie. Trois ans plus tard, la fondation Le pont vers l'autonomie a amassé plus de 500 000 $ et prête, sans frais, des bras robotisés, un service qui n'a aucun équivalent au Canada.

Guillaume Fleurent-Beauchemin est mort avant d'avoir pu profiter de cette aide. Mais il aura laissé en héritage l'inspiration de cette fondation et une équipe qui vient en aide à des individus de partout au Québec qui doivent composer avec des limitations physiques importantes. «Samuel Fleurent-Beauchemin incarne bien les acteurs d'aujourd'hui de la philanthropie. Jeune, créatif et extrêmement dévoué, il a monté un projet de toutes pièces, organisé des activités-bénéfice et contribué au bien-être de sa collectivité», explique Caroline Bergeron, responsable du certificat en gestion philanthropique de l'Université de Montréal, le seul du genre au Québec.

Actuellement, quelque 150 personnes sont inscrites au certificat de la Faculté de l'éducation permanente. «La plupart de nos étudiants sont des professionnels qui possèdent déjà un diplôme universitaire de premier cycle et qui veulent se spécialiser dans un secteur lié à la philanthropie», indique Mme Bergeron, qui a elle-même étudié en communication, en gestion et en muséologie.

Elle mentionne que, jusqu'à récemment, les conseillers en développement et gestionnaires en philanthropie étaient «formés sur le tas», car les seules formations spécialisées étaient données en anglais à l'extérieur du Québec. Depuis, le milieu s'est considérablement complexifié; un bon gestionnaire philanthropique doit avoir suivi une formation conséquente. La reconnaissance officielle d'un organisme par l'Agence du revenu du Canada, par exemple, est une procédure complexe, mais essentielle pour la remise de reçus fiscaux. Aussi, la sollicitation des donateurs potentiels relève autant de la fiscalité... que de la psychologie. «Solliciter des dons est très délicat, souligne Mme Bergeron. Certaines personnes ont envie de léguer quelque chose qui soit en accord avec leurs valeurs et les passions de leur vie, mais elles ignorent comment procéder. La réalisation d'un tel projet exige beaucoup d'habiletés et de patience de la part de ceux qui travaillent dans ce domaine.»

Le Québécois donne moins, mais...

Lancé en 2009, le programme d'études aborde les questions de fond liées à la philanthropie : les aspects éthiques du don, l'histoire de la philanthropie, les différences culturelles... «Selon les informations tirées des déclarations de revenus, les Québécois donnent deux fois moins que les Canadiens des autres provinces, soit un don médian de 130 $ contre 280 $, poursuit Caroline Bergeron. Mais de multiples nuances doivent être apportées. Les impôts sont plus élevés au Québec qu'ailleurs, ce qui amène une certaine répartition de la richesse collective. De plus, qui sait si on ne donne pas de petits montants dont il ne reste pas de traces? Aucune donnée probante ne le confirme. Mais, indiscutablement, la société québécoise n'a ni la culture ni la tradition philanthropiques de ses voisins anglo-saxons.»