Emmanuella Michel, diplômée de l’UdeM

Emmanuella Michel est titulaire d'une maîtrise en administration sociale de l'Université de Montréal.

Emmanuella Michel est titulaire d'une maîtrise en administration sociale de l'Université de Montréal.

Crédit : Amélie Philibert.

En 5 secondes

Qu'est-ce que le féminisme en 2016? Rencontre avec une diplômée de la maîtrise en administration sociale à l'occasion de la Journée internationale des femmes.

D'où vient votre intérêt pour la cause des femmes?

J'ai commencé à travailler au Y des femmes de Montréal pendant mon baccalauréat à l'Université de Montréal. J'intervenais alors auprès de jeunes filles du secondaire, je les aidais à trouver leur place dans la société. J'ai beaucoup appris et c'est une période pendant laquelle je me suis moi-même développée. C'est donc devenu ma mission, en quelque sorte, d'aider les femmes à réaliser leur plein potentiel, de participer à l'autonomisation des femmes.

Quelles sont aujourd'hui les principales entraves à cette autonomisation?

Les nombreux stéréotypes : que fait une fille? Elle joue avec des Barbies. Que porte une fille? Elle porte du rose. Heureusement, les jeunes filles changent et ces stéréotypes sont moins importants pour elles. Elles ont une meilleure estime d'elles-mêmes, elles sont fonceuses et peuvent sembler avoir une attitude de «je-m'en-foutisme», et c'est très positif!

Comment décririez-vous la culture des femmes haïtiennes?

Le mouvement féministe est très présent en Haïti. Les femmes ont du pouvoir, prennent beaucoup de place dans la famille et, tout comme ici, il y a un membre du gouvernement responsable de la condition féminine. Les femmes haïtiennes sont fortes, mais elles ont tendance à enseigner à leurs filles à être autosuffisantes : elles doivent étudier, travailler, réussir professionnellement, mais aussi cuisiner, laver les vêtements... Si bien qu'on forme des "superwomen", des femmes résilientes – ce qui fait le charme des femmes haïtiennes –  mais aussi des femmes qui se disent qu'elles n'ont besoin de personne! Et pourtant, le féminisme n'est pas un mouvement composé de femmes qui n'aiment pas les hommes et qui n'ont pas besoin des hommes.

Pour vous, le féminisme, qu'est-ce que c'est?

C'est se sentir bien dans sa peau en tant que femme. C'est dire «Voici mon plan de vie et voici comment je vais le mener à bien.» Ce sont des femmes qui, tout en poursuivant leurs rêves, décident de prendre par la main cinq autres femmes. C'est ça aussi, le mouvement féministe : dire à l'autre «Toi aussi, tu es capable». Et c'est en réalisant cet aspect d'entraide du mouvement féministe que j'ai accepté que je suis féministe.

Que répondez-vous aux gens qui croient que le féminisme n'est plus pertinent en 2016?

Je pense que le féminisme est d'abord et avant tout un mouvement de respect : le respect de la différence entre la femme et l'homme, et le respect de leurs besoins respectifs. Et, dans ce sens, il y a encore beaucoup à faire, surtout pour ce qui est de l'emploi. Si certaines femmes ont peur de ce que deviendront leurs postes lorsqu'elles tomberont enceintes, c'est que certains milieux ne sont pas encore adaptés à la réalité des femmes. Et, même si davantage de femmes obtiennent un diplôme, il y a toujours plus d'hommes aux postes décisionnels... Ce n'est pas un peu illogique [rires]?