Laura Eyoum Jong, diplômée de l’UdeM

Laura Eyoum-Jong est diplômée du baccalauréat en biochimie et médecine moléculaire de l'Université de Montréal.

Laura Eyoum-Jong est diplômée du baccalauréat en biochimie et médecine moléculaire de l'Université de Montréal.

Crédit : Amélie Philibert.

En 5 secondes

À l'occasion de la Journée internationale des femmes, rencontre avec une diplômée en biochimie et médecine moléculaire à propos du sens du féminisme en 2016.

Vous vivez au Québec depuis cinq ans...

Oui, je suis venue du Cameroun pour faire mon baccalauréat. Je viens donc d'une culture très différente et la culture des femmes au Cameroun est aussi très différente. On ne parle pas beaucoup de féminisme, même si on célèbre la Journée internationale des femmes le 8 mars avec un grand défilé de femmes vêtues de pagnes. Le problème est que, si l'on se dit féministe au Cameroun, on est perçu comme étant «contre» les hommes.

Comment sont les rapports entre les hommes et les femmes au Cameroun?

Un homme peut avoir plusieurs femmes, et le divorce est très difficile. L'homme doit s'occuper de sa famille en rapportant le fruit de son travail et, même si la plupart des femmes travaillent par nécessité économique, c'est la femme qui doit s'occuper des enfants, de la cuisine, du ménage. Et c'est l'homme qui est considéré comme le chef de la famille, c'est lui qui a le dernier mot.

Vous n'échappez donc pas à cette culture...

En fait, je suis le produit d'un mélange assez étrange : ma culture camerounaise, mais aussi mon éducation familiale. J'ai une mère indépendante, qui se dit féministe et qui le montre. Mon père aussi est un peu féministe dans le sens où il m'a toujours fait comprendre que je pouvais faire tout ce que mes frères faisaient.

C'est quoi, pour vous, être féministe?

Les gens peuvent penser que je ne suis pas féministe parce que je fais à manger pour mes frères ou parce que je sers l'apéritif à mon père chaque soir. Ma culture et mon éducation m'ont permis de comprendre que le féminisme, c'est d'avoir le choix. Ça me fait plaisir de servir l'apéritif à mon père, c'est dans ma culture et je veux avoir le droit de le faire sans me sentir coupable. Être féministe, ce n'est pas refuser de faire ceci ou cela, c'est plutôt choisir de faire ceci ou cela. De faire à manger ou non, de servir l'apéritif ou non!

Que répondez-vous à ceux qui disent que, sur le plan de l'égalité, tout a été acquis?

Il y a d'abord des mentalités qui prennent beaucoup de temps à changer, même dans les sociétés occidentales. Et il y a aussi le fait que tous les pays n'ont pas les acquis du Québec. Au Cameroun, par exemple, l'avortement est autorisé uniquement en cas de viol ou si la grossesse met en péril la vie de la mère. Il doit néanmoins être autorisé par le ministère. Dire que tout est acquis, c'est complètement faux.

Quelles femmes vous inspirent?

Deux femmes noires, Rosa Parks et Maya Angelou, que j'admire pour les mêmes raisons : ce sont deux femmes qui ont démontré qu'elles pouvaient réussir en dépit de leurs situations personnelles très difficiles.