Noemi Sanchez, chercheuse de l’UdeM

La doctorante en physique Noemi Sanchez est chercheuse invitée au Laboratoire de psychophysique et de perception visuelle de l'Université de Montréal.

La doctorante en physique Noemi Sanchez est chercheuse invitée au Laboratoire de psychophysique et de perception visuelle de l'Université de Montréal.

Crédit : Amélie Philibert.

En 5 secondes

À l'occasion de la Journée internationale des femmes, rencontre avec une chercheuse invitée au Laboratoire de psychophysique et de perception visuelle de l'UdeM.

Qu'est-ce qui vous interpelle dans la cause des femmes?

Dans mon pays, ce n'est pas très courant que les femmes soient scolarisées et qu'elles travaillent, même dans les grandes villes comme Mexico. Et, bien que l'éducation soit obligatoire, plusieurs jeunes filles quittent l'école vers 15 ans pour travailler. Au Québec, les gens semblent penser que tout est acquis en termes de droits des femmes, mais ce n'est pas vrai! Plus de 60 millions de filles à travers le monde ne vont pas à l'école!

Quels obstacles avez-vous dû surmonter pendant vos études?

Lorsque j'étais à l'université, je faisais de l'athlétisme et mes collègues et entraîneurs souhaitaient que je laisse tomber mes études de physique pour une matière plus facile afin que je puisse me consacrer davantage à mon sport. Et mes parents, eux, malgré leur encouragement constant à la fois dans le sport et les études, ne voulaient pas que je participe aux camps d'entraînement en montagne pour des raisons de sécurité, parce que j'étais une fille. Mais j'ai poursuivi mes études de physique et l'entraînement, y compris les camps, parce qu'en tant que femme, c'est important de se sentir forte et de repousser ses limites.

Quelles sont les causes féministes qui vous touchent particulièrement?

Je me sens très concernée par le sort des jeunes filles, notamment parce que j'ai maintenant une petite fille de 16 mois. Dans ma ville natale, plusieurs filles tombent enceintes très jeunes et quittent l'école. J'ai donc comme projet d'y retourner pour mettre en place un programme d'initiation aux sciences destiné aux jeunes filles de 7 à 12 ans.

Pourquoi les sciences?

Parce que, lorsqu'on observe le monde du point de vue scientifique, notre cerveau s'ouvre et nos perspectives s'élargissent. Ce n'est pas nécessaire de devenir scientifique, mais le simple fait d'avoir été familiarisé avec les sciences change notre façon de voir la vie. J'aimerais mettre en pratique avec les jeunes filles cette citation de Marie Curie : «Dans la vie, rien n'est à craindre. Tout est à comprendre.» Au fond, c'est ça, la science.

Vous êtes au Québec depuis six mois. Remarquez-vous des différences sur le plan de l'égalité des sexes?

Au Mexique, ce n'est pas très courant pour les pères de participer à l'éducation des enfants. Nous étions donc atypiques, puisque mon mari passe beaucoup de temps avec notre fille et il aime en prendre soin. Lorsque nous sommes arrivés au Québec, on s'est dit «Enfin! Nous ne sommes pas bizarres après tout!»

Et y a-t-il des différences dans le milieu du travail?

J'hésite à répondre parce que mes collègues masculins au Mexique vont probablement lire cette entrevue [rires]! Et je dois préciser que j'ai d'excellents collègues au Mexique! Cependant, durant mes études de maîtrise, j'ai appris que certains se rencontraient pour travailler ensemble et partager des notes. Spontanément, ils ne m'ont pas incluse dans ces groupes de travail. Ce n'était pas un geste délibéré et conscient, mais plutôt une question de culture et d'habitudes. J'ai réussi à les intégrer à la longue, ces groupes, mais j'ai dû travailler trois fois plus pour me faire accepter.

Avez-vous un modèle féminin?

Ma fille se prénomme Inés en l'honneur de Juana Inés de la Cruz, une écrivaine du 15e siècle qui est devenue religieuse afin de pouvoir recevoir une éducation. Elle se fichait de ne pas avoir de mari, elle voulait seulement lire et apprendre!

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