L'UdeM ouvre ses portes aux réfugiés syriens

  • Forum
  • Le 18 mars 2016

  • Dominique Nancy

En 5 secondes

Près d'une centaine d'étudiants et de professeurs de la Faculté des sciences de l'éducation et de l'École de psychoéducation se mobilisent pour venir en aide aux réfugiés syriens.

Fuyant la guerre dans son pays d'origine, la Syrie, Feras Sabe Alliel a atterri à Montréal le 2 février dernier après avoir séjourné deux ans en Turquie. L'ingénieur de 33 ans a vécu l'horreur en Syrie. Si sa femme et ses enfants ont survécu, son frère de 17 ans est emprisonné depuis cinq ans sans avoir été jugé.

«Je veux trouver un travail, mais, pour y parvenir, je dois apprendre le français», dit en arabe M. Sabe Alliel, dont les propos sont rapportés par une interprète. Le père de famille est arrivé au pays avec sa conjointe, sa fille et son garçon, âgés de cinq ans et de trois mois. «Hormis les parents de ma femme, sa sœur et le mari de celle-ci, qui sont arrivés la semaine dernière, ainsi qu'une de mes tantes, on ne connaît personne au Québec», souligne l'homme dont la famille est parrainée par l'État. Il se dit confiant pour l'avenir et très heureux d'être ici même si de nombreux défis l'attendent. «L'intégration est un processus qui s'échelonne sur plusieurs années. Il nous faudra faire preuve de beaucoup de patience et de détermination.»

Feras Sabe Alliel raconte son histoire à Forum à l'occasion d'une séance d'information organisée par le Centre communautaire laurentien et les membres du Projet d'accueil et d'intégration des réfugiés syriens de l'Université de Montréal (PAIRS-UdeM), un regroupement étudiant affilié à l'Action humanitaire et communautaire de l'UdeM. «Nous avons formé ce regroupement pour faciliter l'accueil et l'intégration des nouveaux arrivants. Par diverses activités, nous souhaitons leur faire découvrir leur terre d'accueil et les aider à tisser des liens avec la communauté. Nous voulons proposer des cours de français afin qu'ils deviennent rapidement des citoyens autonomes», explique Myriam St-Georges, étudiante au baccalauréat en enseignement du français langue seconde et l'une des instigatrices du PAIRS-UdeM.

Selon elle, il y a plusieurs obstacles à l'intégration des réfugiés, mais la barrière linguistique est la plus difficile à franchir. Les enfants sont pris en charge par l'école, mais la situation est plus complexe pour les adultes qui veulent apprendre le français. «Il y a des listes d'attente et le besoin est grand.»

«Les nouveaux arrivants veulent s'intégrer et trouver un emploi, mais la majorité ne parlent ni français ni anglais, renchérit Ahlem Ammar, professeure au Département de didactique. Nos étudiants en enseignement du français langue seconde, dont plusieurs sont en fin de parcours universitaire, possèdent le bagage nécessaire pour les aider. C'est un excellent programme d'aide pour les uns et un bon apprentissage pour les autres», estime la professeure d'origine tunisienne qui se dit fière des étudiants.

«En les voyant travailler d'arrache-pied sur ce projet, on réalise qu'on a réussi à honorer notre mission en tant que professeurs, et les départements et la faculté de l'éducation peuvent en dire autant. Ce que nos étudiants font me remplit de joie et de satisfaction.»

L'intégration est l'affaire de toute la société

C'est en novembre 2015 qu'Ahlem Ammar a mis sur pied ce projet d'entraide avec Myriam St-Georges. «L'idée est née dans mon bureau, mais les étudiants l'ont grandement bonifiée», fait valoir Mme Ammar.

«Comme tout le monde, nous étions bouleversés par les évènements qui se produisaient en Syrie et par les images et récits des réfugiés. On ne pouvait rester sans rien faire. Combien faudrait-il de cadavres d'enfants venant s'échouer sur les plages avant qu'on réagisse? J'ai lancé un appel sur ma page Facebook. En moins d'une semaine, une trentaine d'étudiants du programme avaient répondu avec enthousiasme. Ils étaient disposés à faire quelque chose.»

Depuis, un mouvement de solidarité est en train de se développer à l'Université de Montréal pour favoriser l'intégration des réfugiés syriens de Montréal. Près d'une centaine d'étudiants et de professeurs de la Faculté des sciences de l'éducation (FSE) et de l'École de psychoéducation se mobilisent pour venir en aide à ces arrivants.

Le PAIRS-UdeM s'est fixé comme objectif de former quelques classes d'apprentissage pour les réfugiés adultes en fonction de leur niveau de compréhension de la langue française. «Une cinquantaine d'entre eux se sont inscrits à ces cours et plusieurs les ont commencés le 12 mars», indique Myriam St-Georges. Le regroupement est d'ailleurs à la recherche d'interprètes parlant l'arabe prêts à donner un peu de leur temps pour faciliter le dialogue.

Au-delà des cours de français, le PAIRS-UdeM souhaite aussi offrir des activités sociales, sportives et culturelles aux nouveaux arrivants. «Nous aimerions partager avec eux des activités typiquement québécoises, comme le patin et la raquette», illustre Myriam St-Georges, qui précise que ce volet sera pris en charge par les étudiants de l'École de psychoéducation.

Selon la doyenne de la FSE, Louise Poirier, l'Université a tout à gagner à multiplier ce type d'initiative. Le PAIRS-UdeM correspond parfaitement à la mission de la faculté, «qui se veut ouverte sur le monde», dit-elle. «En plus de former des enseignants et des chercheurs de grande qualité, on tient à être partenaire dans les enjeux sociaux et à mieux répondre aux défis de l'école», affirme pour sa part Ahlem Ammar. À son avis, en accueillant des milliers de réfugiés, le Canada a fait un premier pas pour changer leur sort, mais ce qui reste à accomplir est énorme. «Toute la société doit participer à leur intégration. La responsabilité de l'université est considérable, car elle peut être le meilleur agent de changement et c'est sur cette base qu'on a jugé nécessaire d'intervenir.»

Les réfugiés syriens en chiffres

Selon les statistiques du ministère de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion du Québec, en 2015-2016 :

  • 877 réfugiés ont été pris en charge par l'État;
  • 4430 réfugiés ont été parrainés par un proche ou par des organismes communautaires;
  • 5307 personnes réfugiées sont arrivées à ce jour dans la province.