Découverte d'un lien inédit entre les diabètes de type I et de type II

Sylvie Lesage, chercheuse à l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont et professeure agrégée à l'Université de Montréal.

Sylvie Lesage, chercheuse à l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont et professeure agrégée à l'Université de Montréal.

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Une nouvelle étude révèle qu’un défaut génétique commun dans les cellules bêta pourrait être à l’origine des deux formes courantes du diabète.

Une nouvelle étude effectuée par la Dre Sylvie Lesage, chercheuse à l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont (CIUSSS de l'Est-de-l'Île-de-Montréal) et professeure agrégée à l'Université de Montréal, révèle qu'un défaut génétique commun dans les cellules bêta pourrait être à l'origine des deux formes courantes du diabète. Cette étude vient d'être publiée dans la prestigieuse revue scientifiqueNature Genetics.

De par le monde, 400 millions de personnes souffrent de diabète, et ce nombre devrait augmenter rapidement. Les patients sont généralement atteints de l'une des deux formes de la maladie : le diabète de type I, déclenché par l'auto-immunité dès l'enfance, ou le diabète de type II, causé par des troubles du métabolisme du foie. Bien que le diabète soit une maladie associée habituellement au mode de vie, il a des fondements génétiques importants.

«Notre étude démontre que la génétique est essentielle à la survie des cellules bêta, qui fabriquent l'insuline, dit Sylvie Lesage, aussi membre du Centre de recherche du diabète de Montréal. Grâce à notre patrimoine génétique, certains d'entre nous ont des cellules bêta robustes et solides, tandis que d'autres ont des cellules bêta fragiles qui ne supportent pas le stress. Ce sont ces personnes-là qui souffrent de diabète, qu'il soit de type I ou de type II, tandis que les autres, qui possèdent des cellules bêta plus costaudes, resteront en bonne santé, même si elles souffrent d'auto-immunité ou de troubles du métabolisme du foie.»

Les différents processus d'apparition du diabète

Le diabète est un tueur silencieux. Un adulte sur 11 est atteint de la maladie, la moitié des malades n'ayant même pas encore reçu de diagnostic. Le diabète est causé par l'incapacité de l'organisme à baisser le taux de glucose dans le sang, processus régulé par l'insuline. Chez les patients qui souffrent d'un diabète de type I (DT1), c'est le système immunitaire qui tue les cellules bêta productrices d'insuline. Chez les patients atteints d'un diabète de type II (DT2), un dysfonctionnement du métabolisme empêche l'insuline d'agir sur le foie. Dans les deux cas, si le surplus de glucose dans le sang n'est pas traité, il peut entraîner la cécité, des maladies cardiovasculaires, la néphropathie diabétique, la neuropathie diabétique et même la mort.

Dans cette étude menée sous la direction du Dr Adrian Liston, une équipe internationale de chercheurs s'est penchée sur la manière dont les variations génétiques influent sur l'apparition du diabète. Alors que la plupart des études précédentes s'étaient concentrées sur l'effet des facteurs génétiques sur la modification du système immunitaire (dans le DT1) et sur les dysfonctionnements du métabolisme du foie (dans le DT2), cette recherche a permis de constater que les facteurs génétiques altéraient les cellules bêta qui produisent l'insuline. Des souris possédant des cellules bêta fragiles incapables de réparer les dommages de l'ADN ont rapidement souffert de diabète dès que ces cellules bêta ont été soumises à un stress cellulaire. D'autres souris possédant des cellules bêta robustes qui parvenaient à bien réparer les dommages de l'ADN étaient capables de rester non diabétiques toute leur vie, même si les îlots subissaient un stress cellulaire important. Une altération de ces mêmes processus de survie des cellules bêta et de réparation des dommages de l'ADN a également été constatée dans les échantillons prélevés sur les patients diabétiques, ce qui indique qu'une prédisposition génétique à avoir des cellules bêta fragiles pourrait permettre de dire si la maladie se manifestera.

Un nouveau modèle pour tester les traitements du diabète de type II

Les traitements actuels du DT2 reposent sur l'amélioration de la réponse métabolique du foie à l'insuline. Ces médicaments antidiabétiques, combinés avec des interventions axées sur le mode de vie, peuvent freiner les premiers stades du DT2 en permettant à l'insuline d'agir de nouveau sur le foie. Toutefois, dans les stades avancés du DT2, la mort des cellules bêta signifie qu'il n'y a plus aucune production d'insuline. À ce stade, les médicaments antidiabétiques et les interventions quant au mode de vie sont peu efficaces, et des complications surgissent.

La Dre Lydia Makaroff, de la Fédération internationale du diabète, a commenté ces travaux novateurs : «Le coût direct du diabète sur les régimes d'assurance maladie dans le monde dépasse actuellement 600 G$. Il représente 12 % du budget mondial de la santé et il augmentera tant que le diabète progressera. Une grande partie de ce fardeau des soins de santé vient des stades avancés des diabètes de type II, pour lesquels il n'y a pas de traitements efficaces. Nous avons donc désespérément besoin de nouvelles recherches pour trouver de nouvelles méthodes thérapeutiques. Cette découverte améliore considérablement notre compréhension du diabète de type II et permettra d'élaborer de meilleures stratégies et de meilleurs traitements pour le diabète.»

Le Dr Liston, chef de la section belge de la recherche, considère que ces résultats sont prometteurs, surtout en utilisant de nouveaux modèles animaux, qui permettront pour la première fois aux chercheurs de tester des médicaments antidiabétiques ciblant la préservation des cellules bêta.

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