Rencontre avec le réalisateur et diplômé Bachir Bensaddek

Bachir Bensaddek.

Bachir Bensaddek.

Crédit : Bruno Girard.

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M. Bensaddek présente au public son tout premier long métrage de fiction, Montréal la blanche, dont la presse a fait l'éloge dès sa sortie.

«Dans mon palmarès des 10 meilleurs films, il y a Les bons débarras, de Francis Mankiewicz, l'un des meilleurs films jamais faits.» C'est l'avis du réalisateur montréalais d'origine algérienne Bachir Bensaddek, titulaire d'une maîtrise en études cinématographiques de l'Université de Montréal. Après plusieurs années consacrées au cinéma documentaire, M. Bensaddek présente au public son tout premier long métrage de fiction, Montréal la blanche, dont la presse a fait l'éloge dès sa sortie.

Comment en êtes-vous venu à vous installer au Québec?

Je n'étais pas l'initiateur de mon départ de l'Algérie, c'était plutôt mon père. Il faut dire que je suis fils de diplomate et que j'ai eu la chance de beaucoup voyager dans mon enfance. J'ai également suivi un cursus scolaire au sein du système français et, après mon baccalauréat en Turquie, j'avais droit à une bourse pour étudier à l'étranger. Mon père préférait que je parte, il ne voyait pas d'avenir assuré pour moi en Algérie et il était d'avis que la situation n'était pas si calme que ça.

C'était pourtant une période de démocratie en Algérie.

Paradoxalement, oui! Il y avait beaucoup de partis politiques, une liberté d'expression sans aucune limite, les gens se vidaient le cœur dans les journaux tellement ils avaient de choses à dire! Mais mon père sentait justement que c'était fragile. C'était un moment très intense sur le plan politique avec la montée de l'intégrisme et les premières confrontations entre les islamistes et les militaires.

Comment se sont déroulés vos premiers mois au Québec?

J'étais très émotionnellement engagé dans ce qui se passait dans mon pays, j'étais inquiet pour mes amis et ma famille. En même temps, j'arrivais ici pendant une période fascinante : il y a eu l'accord de Charlottetown, l'élection de Jean Chrétien sur la scène fédérale et la réélection du Parti québécois, le référendum de 1995. C'était une période extrêmement féconde pour comprendre la société dans laquelle je commençais à m'installer. En réalité, je ne faisais pas qu'observer cette société dans laquelle je faisais mes premiers pas : je la dévorais.

Votre film était à l'origine une pièce de théâtre...

La pièce de théâtre portait sur le drame de ceux qui n'ont pas choisi de partir, le drame des immigrés qui ne parviennent pas à trouver leur place et qui se sentent en marge de la société. Je n'ai assisté à aucune des répétitions de la pièce et, à la générale, je me suis dit «Je ne peux pas m'arrêter là. Il y a du potentiel pour aller plus loin». Avec le film, je voulais davantage exprimer la difficulté pour les immigrants d'arriver dans un nouveau pays tout en portant un drame. Lorsqu'on arrive, il faut tout de suite être fonctionnel : il faut être un bon citoyen, payer ses impôts et sortir son recyclage. Il faut passer par-dessus le bagage incroyable qu'on possède. Combien de temps ça peut durer? C'est ce qu'explore la version cinéma de Montréal la blanche.

Qu'est-ce qui vous a frappé de la communauté algérienne de Montréal en 2003, lors de vos recherches pour votre pièce?

J'ai trouvé une communauté qui était amère vis-à-vis des conditions dans lesquelles elle se trouvait. Le Québec a fait de gros efforts pour faire venir ces Algériens, on les voulait ici parce qu'ils étaient francophones et que c'était des gens de qualité, ils étaient diplômés et compétents. Et ces Algériens, eux, fuyaient parce qu'ils étaient menacés dans leur chair. Mais une fois ici, une fois leur sécurité assurée, qu'est-ce qu'on a fait d'eux? On ne reconnaissait ni leurs diplômes, ni leurs expériences professionnelles, ni leurs compétences. S'ils ont trouvé la paix et la tranquillité au quotidien, en revanche ils ont vécu la dégringolade en ce qui concerne la prospérité et l'estime de soi.

Vous avez mis plusieurs années à sortir ce film...

J'ai commencé à travailler sur la pièce en 2003 et j'en ai fait un film 12 ans plus tard. Douze ans pour faire un film, ça peut paraître un peu maladif ou obsessif, ça peut même ressembler à de l'acharnement thérapeutique! Mais je suis content de l'avoir sauvé, ce film.

Des conseils pour des étudiants qui rêvent de faire du cinéma?

Ne perdez pas de vue ce que vous voulez être. Si vous voulez vraiment faire du cinéma et que c'est là que vous vous sentirez le plus comblé, dites-le à tout le monde. Lorsque j'étais stagiaire et que je roulais des câbles, je disais «Je veux être réalisateur». Quand j'étais le petit assistant qui rangeait le matériel, je répétais à tout le monde «Je veux être réalisateur».

Montréal la blanche : long-métrage d'un diplômé
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