Quand l'OUM met du jazz dans son classique...

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  • Le 29 mars 2016

  • Hélène Roulot-Ganzmann

En 5 secondes

Une aventure qui a pris naissance dans la tête de Jean-François Rivest. Une programmation jazz pour le moins originale pour cet orchestre plutôt abonné aux grands airs classiques.

Une fois n'est pas coutume, l'Orchestre de l'Université de Montréal (OUM) présente ce printemps un concert jazz. Épaulés sur scène par quatre professeurs virtuoses, les étudiants proposeront une interprétation orchestrale de pièces de quelques-uns des monstres sacrés du genre, à savoir Duke Ellington, George Gershwin, Dave Brubeck et Leonard Bernstein.

Avec Maurice Ravel en ouverture, dans un concerto aux harmonies très jazzy également.

Première répétition sur la scène de la salle Claude-Champagne. Premières directives données par le chef et directeur artistique de l'OUM, Jean-François Rivest. Les étudiants entament le Concerto pour la main gauche, de Ravel.

«À quoi il vous fait penser, ce concerto?»

«Au Sacre?»

«Au Sacre du printemps, oui! On y ressent une violence continue même s'il est très chantant. N'oubliez pas que Ravel l'a composé un an après sonBoléro. Il faut que vous vous serviez des mêmes outils que pour le Boléro. Que vous restiez calmes même lorsque le rythme devient complexe. C'est une pièce difficile, mais c'est le début d'une belle aventure.»

Une aventure qui a pris naissance dans la tête de Jean-François Rivest. Une programmation jazz pour le moins originale pour cet orchestre plutôt abonné aux grands airs classiques.

«C'est un hommage orchestral aux grands jazzmans, explique-t-il. On me demande souvent qui sont les Bach et les Mozart d'aujourd'hui. Qui sont les grands qui savent nous émouvoir? Pour répondre à cette question, il convient de ne jamais oublier les maîtres du jazz. Les Gershwin, Brubeck, Bernstein et autres Ellington, qui sont des géants et qui, au-delà du jazz, ont marqué la musique mondiale du 20e siècle.»

Un concerto qui swingue

Mais alors que vient donc faire Ravel dans ce programme?

«C'est l'époque de Ravel, l'Impressionnisme français, qui a inventé les harmonies qui ont mené au jazz 20 ans plus tard, répond le chef. Parce qu'elle a individualisé la beauté coloriste de chacun des accords en les complexifiant. Ça a mené à des accords, les accords de 11e et de 13e pour ne pas les nommer, qu'on retrouve dans ce concerto de Ravel, et qui sont les mêmes que ceux utilisés par les jazzmans.»

Il s'agit d'un concerto qui a du swing, croit également Mateo Creux, l'étudiant soliste qui interprétera le concerto au piano, accompagné par ses collègues de l'Orchestre.

«Ça peut paraître bizarre de placer une pièce classique dans une programmation jazz, conçoit-il, mais je trouve au contraire que c'est très bien choisi. Parce que ça nous oblige en tant qu'interprète classique à aller voir un peu ailleurs, à sortir de notre routine. Pour jouer cette pièce de Ravel, il faut avoir du swing. Aussi, comme dans les pièces jazz et même si le concerto est entièrement écrit, il y a une très grande place laissée à l'improvisation, confie-t-il. Dans la façon de l'interpréter.»

Quartette de profs virtuoses

Outre le concerto de Ravel, les pièces au programme feront donc partie du répertoire jazz et seront jouées par les étudiants et les professeurs de renommée internationale qui dirigent la section jazz de la Faculté de musique. Ainsi, l'Orchestre et le quartette de profs virtuoses – avec Ron Di Lauro à la trompette, John Roney au piano, Frédéric Alarie à la basse et Paul Brochu à la batterie – se répondront par instruments interposés.

«Comme toute fusion entre différentes sortes de musiques, je trouve ce mélange des genres sur scène avec des solistes jazzmans d'un côté et un orchestre classique de l'autre très intéressant, indique John Roney. Dans le fond, pour moi, un interprète classique, c'est comme un acteur. Il a un scénario et il doit l'interpréter d'une façon ou d'une autre. Je compare en revanche plutôt le jazzman à un comique de stand-up. Il raconte sa vie sur scène et c'est en fonction de la réaction de la salle qu'il décide de ce qu'il va dire ensuite.»

Est-ce qu'on s'attend donc à entendre le public réagir et applaudir à tout vent, ce qui est plutôt rare dans des concerts classiques?

«À la fin des solos, on va encourager les jazzmans!» répond Jean-François Rivest.

«Il le faut, ajoute John Roney. Ce sont les applaudissements qui font en sorte que les solistes donnent le meilleur d'eux-mêmes sur scène. Il y a un dialogue qui s'instaure entre nous. Je n'irais pas jusqu'à parler de compétition. Mais quand même. On va tous aller chercher les applaudissements du public.»

Pour une ambiance électrisante garantie!

Hélène Roulot-Ganzmann, 
collaboration spéciale

Informations

Jazz!

  • Quand: samedi 9 avril 2016 à 19 h 30
  • : à la salle Claude-Champagne de la Faculté de musique de l'Université de Montréal, 220, avenue Vincent-D'Indy à Montréal.
  • Combien:Tarifs : 12 $ pour le grand public, entrée libre pour les étudiants.
  • Billetteriewww.admission.com.

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