L’extension pour prévenir l’exclusion et favoriser la réussite

Une étudiante de l'UdeM offre un soutien orthopédagogique à un élève de l'école Barclay sous la supervision de la directrice de L'extension, Josianne Robert (au centre).

Une étudiante de l'UdeM offre un soutien orthopédagogique à un élève de l'école Barclay sous la supervision de la directrice de L'extension, Josianne Robert (au centre).

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

L'extension vise à contribuer à la réussite scolaire et à la santé des enfants et de leur famille qui résident dans le quartier Parc-Extension.

La cloche annonçant la fin des classes vient à peine de sonner et déjà une dizaine d’enfants de l’école primaire Barclay sont rassemblés dans les locaux de L’extension, un centre interfacultaire de soutien en pédagogie et en santé pour les jeunes et leur famille qui résident dans le quartier Parc-Extension, considéré comme le plus démuni de l’île de Montréal.

«Ces élèves ont été ciblés, car ils éprouvent des difficultés d’apprentissage. On veut les aider en leur offrant un soutien orthopédagogique, mais aussi en leur fournissant des soins oculovisuels et buccodentaires», indique la directrice du centre, Josianne Robert, qui coordonne les activités deL’extension, un projet mis sur pied en octobre 2014 par la Faculté des sciences de l’éducation (FSE), laFaculté de médecine dentaire et l’École d’optométrie de l’Université de Montréal.

Tous les mercredis du calendrier scolaire, les élèves accompagnés d’étudiantes à la maîtrise en orthopédagogie de l’UdeM reçoivent pendant un semestre de l’aide individuelle à raison d’une heure par semaine. À la fin de cette période (15 semaines), chacun d’entre eux est de nouveau évalué afin de déterminer un plan de suivi. Au besoin, les rencontres se poursuivent. «L’objectif est de favoriser la réussite et la persévérance scolaires», signale Mme Robert, aussi professeure adjointe de formation pratique au Département de psychopédagogie et d’andragogie de l’Université.

Les services pédagogiques de L’extension ne s’apparentent en rien à l’aide aux devoirs. «Ils sont adaptés aux besoins particuliers de chaque élève», fait valoir Hélène Éthier. La directrice de l’école Barclay, où est logé temporairement le centre, précise que les activités de soutien et de prévention ne remplacent pas ce qui est fait par l’école, mais le complète. «C’est un projet bénéfique pour le quartier, qui compte beaucoup de personnes défavorisées, souligne-t-elle. L’extension fournit les outils nécessaires aux élèves pour qu’ils puissent réussir.»

Soutien en pédagogie et en santé

À l’origine tourné exclusivement vers le soutien pédagogique des élèves de l’école Barclay, qui doit quotidiennement composer avec les notions d’immigration et d’intégration culturelle, le centre a vite réorienté sa mission et offre désormais sous un même toit des soins oculovisuels et buccodentaires. Les services et les soins sont assurés par des étudiants de l’UdeM sous la supervision de professeurs de la FSE, de la Faculté de médecine dentaire et de l’École d’optométrie. Tous travaillent en collaboration auprès des enfants et de leur famille.

«Les parents du quartier n’ont pas les moyens de payer les interventions d’un orthopédagogue ou de supporter les coûts pour des verres correcteurs», explique Louise Poirier, doyenne de la FSE et instigatrice du projet. Elle rappelle que 80 % de l’apprentissage passe par notre système visuel. «Grâce à L’extension, leurs enfants peuvent recevoir gratuitement les services et les soins dont ils ont besoin pour développer leur plein potentiel», dit-elle.

Pour les étudiants de l’UdeM, le centre est un lieu de stage qui leur permet de se familiariser avec les réalités d’un milieu défavorisé. Mona St-Germain, enseignante de deuxième année à l’école Barclay, ne voit que des avantages au programme. «C’est un excellent soutien pour les jeunes et une expérience enrichissante pour les étudiants et les enseignants, qui bénéficient mutuellement des échanges. Tout le monde est gagnant, estime-t-elle. Le centre favorise la réussite scolaire et la santé des élèves, et contribue à la formation des futurs professionnels de l’enseignement et de la santé.»

Ce centre de pédagogie sociale est en fait unique en son genre. Aucune autre clinique universitaire au Québec n’offre des services intégrant pédagogie et santé, selon la doyenne de la FSE qui a reçu en 2014 le Prix du recteur dans la catégorie Engagement dans la communauté pour son projet du centre L’extension.

Louise Poirier est fière du chemin parcouru, mais elle voit encore plus grand. «On vise à avoir d’ici deux ans nos propres locaux afin d’élargir la gamme de services et de les offrir à un plus grand nombre d’élèves», signale Mme Poirier. Elle espère que L’extension pourra ainsi accueillir des jeunes des différents établissements scolaires du quartier, autant ceux du primaire et du secondaire que les collégiens de Parc-Extension aux prises avec des difficultés d’apprentissage. Elle évoque divers autres services en pédagogie et en santé pour l’élève et sa famille, par exemple des interventions en orthophonie, en audiologie, en nutrition, en ergothérapie et même des traitements d’orthodontie gratuits.

La doyenne de la FSE imagine aussi un camp de jour d’été «pour faire l’école autrement», affirme-t-elle. «La Faculté de musique et le Département de kinésiologie de l’Université de Montréal veulent participer à ce projet. En fait, tous les gens à qui je parle de L’extension sont enthousiastes et désirent y collaborer.»

Pour Louise Poirier, doyenne de la Faculté des sciences de l'éducation, L'extension est le projet de toute une communauté.

Crédit : Amélie Philibert
  • Hélène Éthier, directrice de l'école Barclay, en compagnie d'une enseignante, Mona St-Germain, dans les locaux de L'extension.

    Crédit : Amélie Philibert

Un soutien apprécié

Louise Poirier évalue approximativement à 400 le nombre d’écoliers qui ont profité des services et des soins offerts par le centre. «Outre le suivi hebdomadaire en orthopédagogie, plus de 270 jeunes ont reçu à ce jour des soins buccodentaires, note-t-elle. En optométrie, les intervenants ont évalué la vision de 200 enfants et une soixantaine avait besoin de verres correcteurs. Les lunettes ont été fournies gratuitement, car les parents n’ont pas l’argent pour les acheter.»

S’il est encore tôt pour chiffrer les retombées des activés du centre, L’extension a acquis rapidement une excellente réputation. À tel point que plusieurs organismes du coin prennent part au projet. Cela permet notamment à l’équipe de L’extensionde diriger les familles vers les ressources communautaires complémentaires, selon les besoins.

À sa deuxième année d’existence, L’extension gère un budget de 327 500 $, dont 184 900 $ proviennent de dons, notamment de la Fondation du Grand Montréal, de la congrégation des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie et de la Fondation Simple Plan. Le restant, soit environ 5000 $, a été amassé grâce à la vente de chaussettes et de mitaines tricotées par les membres du club de tricot de la doyenne.

«Le financement récurrent est l’obstacle majeur au maintien des services du centre, déclare Louise Poirier. Vous savez, c’est toujours à recommencer; il y a chaque année de nouveaux enfants. Nous avons les savoir-faire, mais un tel projet dépasse nos capacités et nous avons besoin du soutien de la communauté des affaires.»

Dans le quartier Parc-Extension, où l’on compte une cinquantaine de nationalités et presque autant de langues, le défi interculturel est grand. D’autant plus que la pauvreté y est omniprésente. Pas moins de 41 % de la population de ce secteur vit sous le seuil de faible revenu et 35 % des jeunes n’obtiennent aucun diplôme. «Les besoins sont immenses, mentionne Mme Poirier. Heureusement, la confiance que les gens du quartier nous manifestent et les témoignages des parents, des enseignants et des jeunes nous encouragent à poursuivre notre mission. Nous savons que notre travail sert à quelque chose.»