Une étudiante veut prévenir les ITS par le jeu vidéo

  • Forum
  • Le 1 avril 2016

  • Mathieu-Robert Sauvé
Dans ses études de doctorat, Sara Mathieu-Chartier souhaite créer un jeu vidéo faisant appel aux connaissances des jeunes en matière sexuelle.

Dans ses études de doctorat, Sara Mathieu-Chartier souhaite créer un jeu vidéo faisant appel aux connaissances des jeunes en matière sexuelle.

Crédit : Benoît Gougeon

En 5 secondes

Dans ses études de doctorat, Sara Mathieu-Chartier souhaite créer un jeu vidéo faisant appel aux connaissances des jeunes en matière sexuelle.

Les jeunes adultes du Québec sont les plus touchés par les infections transmissibles sexuellement (ITS); ce sont aussi des adeptes de jeux sur écran. Dans son doctorat à l’Université de Montréal, une étudiante explore la possibilité de passer par le jeu vidéo pour prévenir les ITS.

«Il semble que, pour certaines personnes, l’apprentissage puisse être facilité par un environnement ludique. La prévention pourrait donc être plus efficace si elle passait par le jeu», explique Sara Mathieu-Chartier, étudiante au Département de psychopédagogie et d’andragogie de la Faculté des sciences de l’éducation.

L’approche scientifique de la jeune femme consiste à analyser une enquête menée auprès de 2500 jeunes du Québec sur leurs pratiques sexuelles. Elle fera ensuite une recension des techniques et stratégies évaluatives sur les procédés ludiques en matière de prévention. Enfin, son projet prévoit la conception d’un modèle de design de jeu.

Selon les dernières données publiées par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), l’infection à chlamydia serait l’ITS à déclaration obligatoire la plus fréquente au Québec avec 23 198 cas rapportés en 2014, dont les deux tiers par des femmes. Les jeunes de 15 à 24 ans représentent 59 % des cas masculins et 71 % des cas féminins. Son incidence dans ce groupe d’âge (1465,8 pour 100 000 habitants) est 12 fois plus élevée que celle observée dans l’ensemble des autres groupes d’âge. Le rapport précédent de l’Institut avait montré que le nombre total de cas a presque triplé entre 1997 et 2011. Les infections à gonocoque ont triplé elles aussi entre 1997 et 2011, passant de 555 à 1883 cas. Quant à la syphilis infectieuse, elle est en rapide progression, toujours selon l’INSPQ, le nombre de cas étant passé de 9 en 1997 à 636 en 2011. Là également, les cas ont triplé chez les jeunes hommes de 15 à 24 ans.

Au début de ses études de troisième cycle, l’étudiante a été nommée coordonnatrice de PIXEL, la première étude auprès des jeunes adultes au Québec combinant une collecte de données par questionnaire et des prélèvements biologiques. «J’ai travaillé à une section du questionnaire portant sur la dernière relation sexuelle du répondant. Cette section nous donnera des renseignements très précieux sur les pratiques des jeunes», précise Mme Mathieu-Chartier, qui analyse actuellement les résultats obtenus.

Diagnostic et modélisation

Effectué sous la direction de Thierry Karsenti, professeur au Département de psychopédagogie et d’andragogie, le projet de Sara Mathieu-Chartier vise, d’une part, à «poser un diagnostic sur la santé sexuelle des jeunes adultes et, d’autre part, à concevoir un modèle de jeu sérieux en promotion de la santé sexuelle». Elle a d’ailleurs suivi un cours en design de jeux vidéos à la Faculté de l’aménagement de l’UdeM.

Peu d’études ont abordé cette question particulière du jeu vidéo comme soutien aux campagnes de prévention, mais l’étudiante soulève l’importance du corpus scientifique sur la question. «Si l’on veut mener des campagnes efficaces, il importe de chercher des moyens originaux pour joindre les jeunes à partir de leurs champs d’intérêt. Pourquoi ne pas tenir compte de l’intégration des nouvelles technologies de l’information et de la communication?»

Sara Mathieu-Chartier

Crédit : Amélie Philibert

En entrevue, l’étudiante (qui est titulaire d’un baccalauréat en sexologie et d’une maîtrise en didactique de l’UQAM) confie qu’elle a beaucoup joué, elle-même, à des jeux vidéos comme Batman, Lara Croft et Prince of Persia avant d’entreprendre son doctorat. «Je pouvais passer jusqu’à cinq ou six heures d’affilée avec ma manette de Xbox», lance-t-elle en riant.

En plus de leur volet scientifique, les études de Sara Mathieu-Chartier ont conduit à la création d’un organisme à but non lucratif «voué à l’organisation de retraites de rédaction», Blitz Paradisio. D’abord spécialisée dans les séjours de retraite pour étudiants des deuxième et troisième cycles baptisés Thèsez-vous, l’entreprise veut étendre ses activités à des publics différents qui cherchent à s’isoler pour quelques jours. «S’isoler pour écrire, c’est un besoin souvent exprimé par des étudiants en rédaction», expliquait la jeune femme à Forum il y a quelques mois.