Les femmes sont-elles plus frileuses que les hommes?

  • Forum
  • Le 5 avril 2016

  • Dominique Nancy

En 5 secondes

Divers facteurs contribuent à la thermorégulation, mais des données scientifiques confirment que les femmes sont plus sensibles au froid.

Les femmes sont-elles plus frileuses que les hommes? «Tout porte à croire que oui. Des données scientifiques ont révélé que les femmes étaient plus sensibles au froid. D’où l’hypothèse d’une différence de thermorégulation liée au sexe», affirme Jonathan Tremblay, professeur au Département de kinésiologie de l’Université de Montréal.

Une étude américaine réalisée en 1998 l’a démontré : la température des organes vitaux féminins est plus élevée que celle des hommes (36,5 °C contre 36,3 °C) alors que leurs extrémités sont en moyenne 1,5 °C plus froides (30,6 °C contre 32,2 °C). Autrement dit, les femmes semblent mieux retenir la chaleur au niveau de leurs organes internes au détriment de leurs mains et leurs pieds.

Sur la peau se trouvent plusieurs récepteurs qui transmettent les renseignements thermiques. Dès que la température baisse, ils indiquent au cerveau de ramener un maximum de sang vers les organes vitaux. «Mais le seuil de température à partir duquel le frisson parcourt le corps est plus haut chez les femmes, mentionne Jonathan Tremblay. C’est peut-être pourquoi elles perçoivent davantage le froid.» Le chercheur précise que les frissons sont un système de défense de l’organisme mis en place pour augmenter ou préserver la température corporelle.

Cela dit, tous ne sont pas prêts à déclarer que les femmes sont plus frileuses! En 2000, une étude canadienne menée auprès de six femmes et cinq hommes avec une masse adipeuse et une corpulence similaires est venue contredire l’hypothèse de la thermorégulation associée au sexe. Les chercheurs ont plongé les sujets pendant une heure dans un bain à 18 °C. De quoi faire claquer les dents! Leurs données ont montré que le taux de refroidissement était le même chez les hommes et chez les femmes. À leur avis, si les femmes sont plus sensibles aux variations climatiques, c’est qu’elles sont généralement plus petites.

«Par unité de masse corporelle, le métabolisme de base étant plus lent chez la femme, celle-ci produit donc moins de chaleur. Ayant une masse musculaire d’habitude plus importante, l’homme a un métabolisme plus élevé et une production de chaleur plus grande, ce qui lui permet d’être plus à l’aise dans un environnement un peu plus froid, résume le professeur Tremblay. Cette différence entre le métabolisme des hommes et celui des femmes pourrait, du moins en partie, aussi expliquer pourquoi les femmes frissonnent plus souvent quand les températures sont fraîches.»

Précisons que le système de régulation de la température du corps est analogue à celui de la régulation thermostatique de la température d’une maison, avec une fonction de chauffage et une de refroidissement. Lorsque la température du corps s’élève au-dessus d’un certain seuil, les réponses physiologiques (transpiration, accroissement de l’irrigation cutanée) sont activées. Si la température du corps descend au-dessous du point d’isotherme, les réactions au froid (diminution de l’irrigation cutanée, frissons) sont déclenchées. Chez l’être humain, la régulation thermique ne fonctionne cependant pas selon un modèle marche/arrêt. Divers facteurs sont en cause. Par exemple, chez la personne âgée, une diminution du débit sanguin entraîne des lacunes dans la régulation de la chaleur corporelle.

«Les hormones participent aussi à la régulation thermique de l’organisme», signale Jonathan Tremblay. Pour preuve, chez la femme, on observe un pic de la température corporelle au moment de l’ovulation. De plus, il n’est pas exclu que la masse graisseuse ‒ supérieure chez les femmes à volume égal ‒, joue également un rôle. Bref, la question n’est pas aussi simple qu’on pourrait le croire…