Trois étudiants ont une histoire à raconter au CRSH

  • Forum
  • Le 7 avril 2016

  • Mathieu-Robert Sauvé

En 5 secondes

Emanuelle Dufour a réalisé une bande dessinée sur la sécurité culturelle des étudiants autochtones au postsecondaire pour le concours du CRSH J'ai une histoire à raconter.

En 15 planches dessinées de sa main, Emanuelle Dufour a résumé son mémoire de maîtrise déposé en août dernier au Département d’anthropologie de l’Université de Montréal, ce qui lui a valu d’être retenue parmi les 25 finalistes du concours J’ai une histoire à raconter, du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH).

En plus de recevoir une bourse de 3000 $, elle verra ses droits d’inscription au congrès des sciences humaines 2016 du Conseil à l’Université de Calgary, au mois de mai, être payés par l’organisme fédéral. Le grand gagnant sera connu en octobre prochain. Deux autres étudiants du campus, Élodie Bouchard (sociologie) et William Sanger (Polytechnique Montréal), figurent parmi les finalistes.

Emanuelle Dufour

Crédit : Amélie Philibert

«La plupart des participants relatent leur histoire sous la forme d’une vidéo, mais j’ai choisi deprésenter ma recherche sous forme graphique», dit Mme Dufour, qui poursuit ses études à l’Université Concordia mais qui demeure liée de près à l’UdeM, puisqu’elle était encore en début de semaine chargée de projet intérimaire du salon Uatik des étudiants autochtones.

Réalisée sous la codirection de Marie-Pierre Bousquet et Bob White, professeurs au Département d’anthropologie de l’UdeM, la recherche d’Emanuelle Dufour porte sur la sécurité culturelle des étudiants autochtones du Québec. Mme Dufour a recruté une centaine de sujets qui ont répondu à des questionnaires et participé à des entrevues semi-dirigées et de groupe relativement à leur parcours et elle a recueilli des témoignages collectifs. Le concept de sécurité culturelle, bien admis chez les spécialistes en soins de santé, consiste en une attention particulière accordée aux spécificités culturelles des minorités dans les milieux hospitaliers. En éducation, cela signifie la prise en compte des langues et traditions des étudiants selon leurs origines. Mme Dufour définit ce concept dans son mémoire comme «une offre de services et de programmes développée dans le respect et la reconnaissance des déterminants historiques, culturels, socioéconomiques, politiques et épistémologiques des populations ciblées».

Dans son album, l’auteure revient sur les lacunes de l’enseignement de l’histoire au Canada. Celle-ci a longtemps escamoté l’existence des Premières Nations; quand elle en faisait mention, c’était en fonction de leurs conflits avec les colons ou dans une perspective ethnocentrique. En quelques cases, Emanuelle Dufour évoque les pensionnats autochtones, où 150 000 enfants canadiens ont été coupés de leur culture d’origine. Ce processus est décrit comme «un projet assimilationniste de sédentarisation forcée et de dépossession territoriale», un «génocide culturel», selon la juge en chef de la Cour suprême du Canada, Beverley McLachlin.

Récrire l’histoire

De nouveaux chapitres de l’histoire canadienne et de l’histoire autochtone s’écrivent actuellement, mentionne l’étudiante dans son document. Des établissements et programmes d’éducation respectueux des cultures autochtones voient le jour. Mme Dufour ajoute en entrevue que l’Université de Montréal tente actuellement de combler son retard quant à la promotion des études autochtones et à l’intégration des étudiants autochtones. «Le défi reste encore de les atteindre pour les informer de l’offre de services culturellement adaptés qui sont mis en place au salon Uatik.» Une nouvelle agente de liaison innue, Mélodie Jourdain-Michel, s’est d’ailleurs jointe cette semaine à l’équipe d’animateurs culturels composée d’Anna Mapachee et de Jimmy Simeon, étudiants respectivement anichinabée et innu.

L’étudiante a choisi de présenter son sujet de maîtrise sous forme d’album illustré.

Le concours J’ai une histoire à raconter veut faire connaître les travaux financés par le CRSH d’une façon originale. Les participants doivent résumer leur contribution en moins de trois minutes ou, dans le cas d’une production écrite, en un texte d’un maximum de 300 mots.

L’an dernier, Émilie Dufour (HEC Montréal) et Alexandre Harvey (science politique) s’étaient classés parmi les finalistes du concours.

Avec 3 des 25 finalistes en 2016, l’UdeM et Polytechnique Montréal arrivent en seconde place au Canada, après l’Université de la Colombie-Britannique (ex æquo avec l’Université de Toronto). Dans sa vidéo, Élodie Bouchard explique pourquoi elle s’intéresse aux banques de gamètes et à la sélection génétique des embryons dans les cliniques de fertilité. L’étudiant au doctorat William Sanger présente quant à lui une suite de messages Twitter portant sur son sujet de thèse : l’influence des données massives (big data) sur la démocratie. À la lumière de l’utilisation des données massives dans l’espace politique au 21e siècle, il «analyse les élections à travers le monde, l’activisme citoyen et la montée de l’extrémisme politique».