Maladie d’Alzheimer : pourquoi la personne ne reconnaît plus ses proches

En 5 secondes

Une étude vient de démontrer que la maladie d’Alzheimer, au-delà des troubles de la mémoire, touche également la perception visuelle des visages.

Souffrir de la maladie d’Alzheimer, ce n’est pas seulement oublier des faits, c’est aussi ne plus reconnaître les personnes qui nous sont chères. Cette situation accroît le fossé séparant la personne atteinte de ses proches.

Une étude vient de démontrer que la maladie d’Alzheimer, au-delà des troubles de la mémoire, touche également la perception visuelle des visages. Cette explication aide les proches à mieux comprendre ce moment douloureux et pourrait aboutir à de nouvelles méthodes pour le retarder. Les travaux de l’équipe du Dr Sven Joubert, chercheur au Centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal et professeur au Département de psychologie de l’Université de Montréal, seront publiés demain dans le Journal of Alzheimer’s Disease.

La perception des visages joue un rôle fondamental dans la communication humaine. C’est pourquoi l’homme a développé une expertise spécifique pour détecter et reconnaître très rapidement un visage. Cette faculté reposerait sur la capacité de percevoir un visage comme un tout. Cette perception globale se différencie d’une analyse locale et détaillée qui permet de discerner les éléments individuels d’un visage (yeux, nez, bouche, etc.). La présente étude a montré que la capacité de percevoir un visage de manière globale serait altérée par la maladie d’Alzheimer.

L’équipe de Montréal a étudié la capacité de percevoir des photographies de visages et de voitures à l’endroit et à l’envers chez des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer et chez des gens âgés en bonne santé. Le Dr Joubert explique les résultats : «Les personnes qui souffrent de la maladie d’Alzheimer ont obtenu des résultats semblables à ceux du groupe témoin en ce qui concerne l’exactitude des réponses et la vitesse de traitement des visages et des voitures à l’envers. Pour ces tâches, le cerveau doit traiter les informations perçues par l’œil de façon détaillée et locale, en analysant les différentes composantes de l’image. Par contre, les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer étaient beaucoup plus lentes et commettaient plus d’erreurs que les sujets en bonne santé pour les visages à l’endroit. Cela nous porte à croire que c’est précisément la reconnaissance globale du visage qui est altérée. Par ailleurs, les personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer avaient des performances normales en ce qui a trait à la reconnaissance des voitures à l’endroit et à l’envers, ce qui indique que les difficultés de perception visuelle concernent spécifiquement les visages dans la maladie.» Cet effet est d’autant plus surprenant qu‘il est observé à un stade précoce de la maladie.

L’étude du Dr Joubert permet de mieux expliquer pourquoi il devient difficile pour les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer de reconnaître des gens familiers (personnes proches, personnalités connues, etc.). En mettant en évidence que la difficulté à reconnaître les visages pourrait provenir d’une difficulté de perception globale, et non pas seulement d’un trouble de la mémoire, l’étude ouvre la voie à la mise en place d’autres types de stratégies pour que les patients reconnaissent leurs proches plus longtemps, comme travailler sur la reconnaissance des particularités des visages ou s’appuyer sur d’autres sens (distinguer la voix), etc.

Référence

“A qualitative impairment in face perception in Alzheimer’s disease: Evidence from a reduced face inversion effect”, Journal of Alzheimer’s Disease, vol. 51, no 4, 12 avril 2016. doi : 10.3233/JAD-151027.

Financement

Sven Joubert est chercheur boursier sénior du Fonds de recherche du Québec – Santé (FRQS). Le Dr Joubert et Isabelle Rouleau sont soutenus par la Société Alzheimer du Canada. Delphine Gandini a reçu une bourse postdoctorale des Instituts de recherche en santé du Canada et Guillaume Vallet a obtenu une bourse postdoctorale du FRQS. Bruno Rossion est appuyé par le Fonds national de la recherche scientifique de la Belgique et s’est vu accorder une subvention du BELSPO.

Ressources pour les médias