Martin Carli, le génie de Génial!

Biochimie, génie, nanotechnologie, spectacles de magie : Martin Carli ne recule devant rien... sauf peut-être un rat.

Biochimie, génie, nanotechnologie, spectacles de magie : Martin Carli ne recule devant rien... sauf peut-être un rat.

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

Animateur, enseignant, biochimiste, communicateur, vulgarisateur, Martin Carli a plus d’une corde à son arc. S’il est surtout connu du grand public pour son rôle de coanimateur de l’émission Génial!

Animateur, enseignant, biochimiste, communicateur, vulgarisateur, Martin Carli a plus d’une corde à son arc.

S’il est surtout connu du grand public pour son rôle de coanimateur de l’émission Génial! à Télé-Québec, sa formation en surprendra plusieurs : le populaire animateur de télé et de radio est en effet titulaire d’un doctorat en sciences neurologiques (1997) de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal. Et il est aussi magicien professionnel!

Martin Carli semble être tombé dans la science quand il était petit.

Après un baccalauréat en biochimie, il a entrepris des travaux de doctorat qui portaient sur l’effet du lithium sur les récepteurs de dopamine et de sérotonine. Travaux qu’il a poursuivis au postdoctorat à l’Université McGill, où il s’est penché sur les liens entre ces mêmes récepteurs et la schizophrénie.

Allergique aux rats

Ce profil explique son aisance à traiter de sujets complexes en santé et en biochimie. Mais comment passe-t-on d’une telle formation en science à une carrière d’animateur à la télé? «J’avais développé une allergie aux rats, répond-il avec une certaine ironie, bien que la chose soit réelle. Et j’ai réalisé que la communication m’intéressait plus que la recherche trop centrée sur un sujet pointu.»

En 2000, alors qu’il se consacre à ses travaux sur les récepteurs neuronaux, le Centre des sciences de Montréal, qui succède à Expotec, ouvre ses portes et souhaite recruter des éducateurs scientifiques. Martin Carli, qui a déjà occupé pendant trois ans des postes semblables à Expotec durant ses études, soumet sa candidature, cette fois pour un emploi permanent. Non seulement il est engagé, mais il est rapidement promu à un poste de concepteur des contenus d’expositions, puis il devient chef des programmes éducatifs.

«Ces fonctions me permettaient de toucher à une variété de disciplines scientifiques et d’acquérir des connaissances sur une multitude de sujets, que ce soit l’ingénierie, la santé, la physique, l’électricité ou le sport, le tout combiné avec la vulgarisation et la transmission de ces connaissances. C’était passionnant!» lance-t-il.

Le mentaliste

Parallèlement à ses activités de chercheur puis de communicateur, Martin Carli s’intéresse à la magie. «J’ai d’abord fait de la magie comme passe-temps, pour décrocher de la recherche biomédicale», précise-t-il. D’une activité de loisir, il en fait une pratique professionnelle. En 2000, il remporte un concours de magie avec un numéro d’illusionniste dans une mise en scène médiévale où il fait apparaître et disparaître des balles de liège dans des gobelets.

Mais c’est davantage l’art du mentaliste (simulation de phénomènes paranormaux) qui l’intéressera par la suite. Il peut ainsi, sans trucage mais non sans risque, arriver à deviner le mot que vous avez choisi au hasard d’une page dans un livre. On fait appel à ses talents pour donner des spectacles de magie dans les écoles, à des mariages ou des soirées grand public. En tout, il compte quelque 1200 spectacles à son actif.

La magie n’est pas très loin de la science; que ce soit comme illusionniste ou mentaliste, il faut connaître de quelle façon fonctionnent nos sens et savoir les déjouer. «Mon intérêt pour la magie vient de ma fascination pour le cerveau et le cerveau est aussi mon thème de prédilection pour l’animation et la vulgarisation. La magie permet d’illustrer certains fonctionnements du cerveau et de montrer comment il est vulnérable et peut facilement se laisser tromper.»

Du Centre des sciences, il passe à l’enseignement des sciences au secondaire, devient chroniqueur scientifique à TQS, rédacteur pour Les Débrouillards avant d’assumer, en 2010, ses fonctions actuelles à Génial! On peut aussi l’entendre à Dutrizac, à la station radiophonique 98,5 FM ainsi qu’à l’émission Ménage à trois, à V, où il présente des revues de l’actualité scientifique.

«C’est un emploi du temps propice au burnout, avoue-t-il. Ce qui m’en protège, c’est que j’aime beaucoup ce que je fais. J’ai le goût que ma vie soit remplie et même compliquée!»

Émission phare de Télé-Québec

Chaque semaine, les trois diffusions de Génial!, ce jeu-questionnaire devant public «où l’on s’amuse avec la science», rassemblent plus de 500 000 téléspectateurs de tous âges, ce qui en fait l’émission la plus écoutée de Télé-Québec.

Avec son coéquipier Stéphane Bellavance, l’animateur pose des questions pièges, tirées de la vie quotidienne et à saveur scientifique, et propose trois choix de réponses aux invités. S’ensuit une démonstration expérimentale du principe scientifique concerné. Une équipe d’étudiants de Polytechnique Montréal et de l’Université de Sherbrooke participe à la mise en scène de la démonstration.

Il s’agit de l’adaptation d’une émission allemande reprise dans plusieurs pays. «La télévision allemande a produit 79 épisodes. Nous, nous en sommes à 149! Aucune autre télévision dans le monde n’en a fait autant que nous», affirme Martin Carli, fier de cette réussite.

Le magicien des sciences ne fait pas qu’animer l’émission, tâche qu’il remplit avec brio et qui l’occupe pendant 11 mois chaque année. Il doit trouver les expériences, concevoir et réaliser les tests, écrire les textes de vulgarisation, faire réviser le tout par des spécialistes et, parfois, recommencer. Les sujets sont à la fois puisés dans sa formation et suggérés par ses collègues.

L’émission a déjà gagné sept prix Gémeaux (meilleur jeu télévisé et meilleure téléréalité) et les deux animateurs ont remporté deux fois conjointement le Gémeaux de la meilleure animation.

Martin Carli peut également s’enorgueillir d’avoir reçu le prix Hommage de l’Ordre des ingénieurs du Québec, qui est un partenaire de l’émission.

Scepticisme scientifique

Même s’il ne se reconnaît pas dans le qualificatif de «sceptique», Martin Carli a tout du sceptique scientifique. «Je regarde les choses avec un œil scientifique et je demande à être convaincu», mentionne-t-il. Pour ce qu’il ne connaît pas, il s’en remet au consensus scientifique afin «de ne pas dire n’importe quoi».

Mais la remise en question de faits reconnus et démontrés, comme l’efficacité des vaccins ou l’inefficacité de l’homéopathie, le fait sortir de sa bonne humeur habituelle.

Ces thèmes seront abordés dans ce qu’il qualifie de «manuel de science déjanté», un ouvrage de vulgarisation qu’il publiera à l’automne prochain aux Éditions Cardinal et qui s’adressera à un large public. D’ici là, il travaille à la réalisation d’une trousse numérique pour l’enseignement des mathématiques au primaire, qui vient s’ajouter à un outil de même nature pour l’enseignement des sciences.

À travers toutes ses occupations et ses projets, Martin Carli trouve encore le temps de s’occuper de sa famille, qui compte trois enfants de 4, 6 et 15 ans. «Je teste mes trucs de magie et de science avec eux; ils sont mon premier et mon meilleur public.»

Trois enfants tombés dans la marmite de la science et qui emboîtent déjà le pas à leur père.