Tache blanche dans la bouche : et si c’était un cancer buccal?

  • Forum
  • Le 26 avril 2016

  • Martin LaSalle
Plus de 90 % des cancers buccaux se manifestent sous la forme d'un carcinome épidermoïde, comme c'est le cas sur cette image fournie par le Dr Kauzman.

Plus de 90 % des cancers buccaux se manifestent sous la forme d'un carcinome épidermoïde, comme c'est le cas sur cette image fournie par le Dr Kauzman.

En 5 secondes

Le laboratoire de pathologie de la Faculté de médecine dentaire de l'UdeM effectue 500 analyses de biopsies par année. Un diagnostic est rendu en moins de deux semaines.

Myreille Guillemette avait quelques dents à faire réparer lorsqu’elle s’est présentée à la Clinique dentaire de l’Université de Montréal à la fin janvier. Elle était loin de se douter que sa vie allait basculer…

Ce jour-là, la jeune femme de 31 ans a été reçue par l’étudiante Gabrielle Gingras qui, en plus de procéder aux obturations, lui a examiné la bouche et les ganglions. Elle a aperçu une petite tache blanche sous la langue de la patiente.

Cette tache a inquiété Adel Kauzman, professeur agrégé et spécialiste en médecine buccale et pathologie buccale et maxillo-faciale, qui a ausculté la bouche de la patiente à la fin de la séance clinique. À la recommandation du professeur, Mme Guillemette a subi une biopsie quelques jours plus tard, qu’a pratiquée Mary-Jane Chadi, étudiante de quatrième année.

L’analyse de la biopsie, réalisée par la professeure adjointe Gisèle Mainville, a confirmé qu’il s’agissait d’une tumeur maligne – découverte heureusement à un stade précoce.

Plus mortel que les cancers les plus fréquents

Bon an, mal an au Canada, on compte environ 4000 cas de cancer de la bouche. Le quart d’entre eux (1100) sont détectés au Québec.

Ce cancer arrive au 9e rang parmi les formes de la maladie les plus fréquentes chez les Canadiens et au 14e rang chez les Canadiennes, mais c’est l’un des plus sournois. «L’espérance de vie du patient dépasse légèrement 60 % cinq ans après le diagnostic; c’est un cancer dont le taux de survie global est parmi les plus bas dans les cancers les plus répandus, indique le Dr Kauzman. Il est plus mortel que les cancers de la thyroïde, de la prostate, du sein, de l’utérus et du rein, que le mélanome, le cancer colorectal et les lymphomes non hodgkiniens.»

(Il faut voir les images que le Dr Kauzman conserve dans les archives de la Clinique pour se convaincre des ravages que peuvent causer les cancers buccaux qui sont traités tardivement : bouches déformées, langues rognées, mâchoires rongées au point de devoir être remplacées par une orthèse…)

Les principales causes de ce type de cancer sont le tabagisme et la consommation d’alcool, souvent une combinaison des deux. «Les deux tiers des personnes touchées par les cancers buccaux sont des fumeurs et des buveurs, ajoute la Dre Mainville, spécialiste en pathologie buccale et maxillo-faciale. Le virus du papillome humain n’est responsable que d’environ cinq pour cent des cas.»

Plus de 90 % des cancers de la cavité buccale se manifestent sous la forme d’un carcinome épidermoïde. Ce cancer touche généralement les hommes dans la soixantaine, mais il ne fait pas de discrimination, comme en fait foi l’histoire du diagnostic de Mme Guillemette. Il se manifeste un peu plus chez l’homme, dans un rapport de 12 hommes pour 7 femmes.

Diagnostic rapide à l’UdeM

En service depuis près de 12 ans, le laboratoire de pathologie buccale de la Faculté de médecine dentaire effectue annuellement quelque 500 analyses de biopsies. Ces fragments de muqueuses proviennent des patients de la Clinique dentaire de l’UdeM ainsi que des cliniques dentaires privées du Grand Montréal.

L’an dernier, les pathologistes du laboratoire ont dépisté 10 cas de cancer et 78 lésions précancéreuses, sur un total de 500 biopsies analysées.

«Nous sommes en mesure de confirmer un diagnostic de cancer en moins de deux semaines suivant la biopsie, assure la Dre Mainville. Cela permet la prise en charge rapide du patient dans les différents centres oncologiques.»

Elle ajoute que les personnes dont le cancer a été dépisté à temps, comme Mme Guillemette, n’ont pratiquement aucune séquelle après avoir été opérées, en plus d’avoir un pronostic de survie de plus de 80 % cinq ans après le diagnostic lorsqu’elles éliminent les facteurs de risque, par exemple en arrêtant de fumer.

Un examen buccal une fois l’an

Myreille Guillemette s’estime chanceuse malgré tout. «J’ai eu un diagnostic rapide et, une fois passé le choc d’apprendre que j’avais un cancer, j’ai su que c’était une petite tumeur très localisée et que je n’aurais pas à être traitée par radiothérapie ou chimiothérapie», dit-elle, soulagée. Elle doit subir une intervention mineure le 29 avril, après quoi le cancer aura disparu.

Se disant très satisfaite des services de la Clinique dentaire et du laboratoire de pathologie de la Faculté de médecine dentaire de l’UdeM, elle tient à rappeler l’importance de se prêter à un examen buccal au moins une fois l’an.

«J’ai eu de la chance parce que ce cancer aurait pu passer inaperçu, comme c’est le cas pour les gens qui ne vont pas souvent chez le dentiste», convient-elle.

La Dre Mainville signale d’ailleurs que même les personnes édentées devraient passer un examen des tissus mous de la bouche une fois l’an.

«L’histoire de Myreille Guillemette fait aussi ressortir, pour les dentistes, l’importance de faire un examen complet des tissus mous de la bouche de leurs patients, conclut Adel Kauzman. Ça fait partie de la formation qui est offerte ici, à l’UdeM, et partout dans les facultés canadiennes et américaines de médecine dentaire.»

Pour joindre la Clinique dentaire de l’UdeM : 514 343-6750.

Saviez-vous que...?

Environ 75 % des cancers buccaux apparaissent sur les surfaces latérales et intérieures de la langue, sur le plancher buccal et sur le palais mou qui, ensemble, ne représentent que 20 % de la surface totale de la bouche.