Des oiseaux volages

En 5 secondes

Vie de couple, partage des tâches, divorce et infidélité marquent le quotidien des oiseaux au printemps. La biologiste Frédérique Dubois nous dévoile leurs secrets.

Grâce au petit écosystème de quelque 70 diamants mandarins (Taeniopygia guttata) qu’elle a créé dans son laboratoire du pavillon Marie-Victorin, Frédérique Dubois, professeure au Département de sciences biologiques de l’Université de Montréal, fait progresser nos connaissances en biologie évolutive.

Ce champ de recherche en émergence révèle que la coopération, l’altruisme, l’apprentissage, l’imitation, l’innovation et l’intelligence s’appliquent très bien aux volatiles.

Les diamants mandarins sont de petits oiseaux colorés originaires d’Australie et qu’on peut acheter dans les animaleries d’ici. «Comme 90 % des espèces d’oiseaux, ils sont monogames, c’est-à-dire que les individus forment des couples pour la période de reproduction, parfois pour la vie», indique la professeure, qui a consacré son doctorat aux comportements reproducteurs chez les oiseaux.

La «vie de couple» est en quelque sorte imposée par la nature, la mère seule ne pouvant suffire à nourrir la couvée. Mâles et femelles participent à la construction du nid, à l’alimentation et à la protection des oisillons. Dans des cas extrêmes, comme chez le manchot empereur, les partenaires se relaient pour couver l’œuf, chacun à son tour partant se nourrir au cours d’une expédition de plusieurs semaines. À l’autre bout du spectre, jeunes goélands et canetons sont capables de marcher dès l’éclosion. L’apport du mâle pour assurer la survie de la couvée n’est pas nécessaire et les couples ne durent généralement pas au-delà de la période de reproduction.

Monogamie ne rime pas nécessairement avec fidélité. Chez les passereaux – famille regroupant plusieurs dizaines d’espèces dont le merle, l’hirondelle, le bruant, la corneille et la mésange –, 30 % des couvées comprennent un petit issu d’une «aventure extraconjugale», souligne Frédérique Dubois. «Chez certaines espèces monogames, ce sont 50 % des couvées qui comptent au moins un jeune provenant d’une relation d’infidélité, c’est-à-dire d’une copulation n’entraînant pas d’engagement de la part du mâle», ajoute-t-elle.

Et les divorces sont fréquents. «On parle de divorce dans le cas d’ex-partenaires qui demeurent dans la même colonie, mais qui choisissent un autre partenaire à la saison suivante», explique Frédérique Dubois.

Corneille sur un toboggan

On sait que le coloris plus marqué et le chant plus développé des mâles sont des attributs servant notamment à séduire les femelles. «Chez le mâle, le coloris est un indice de qualité génétique et d’accès à des ressources alimentaires de qualité, poursuit la professeure. C’est pourquoi il représente un critère de sélection sexuelle pour les femelles. Chez les diamants mandarins par exemple, plus le bec est rouge, meilleur est le système immunitaire. Un coloris très voyant démontre par ailleurs que le mâle sait déjouer les prédateurs ou qu’il peut accéder à un territoire offrant des protections adéquates.»

La même chose vaut pour le chant qui, du moins chez les passereaux, comporte une part d’acquis. «Le chant est appris et fixé au cours d’une période critique pendant laquelle les oisillons le répètent selon ce qu’ils ont entendu. Si le chant est bien appris, il annonce de bonnes habiletés cognitives et de bonnes capacités d’adaptation.»

Ce qu’on sait moins, c’est que l’intelligence peut aussi être un critère de sélection sexuelle. Ce facteur commence à peine à être pris en considération dans l’étude du comportement des oiseaux. Des oiseaux qui façonnent des outils, ça existe ! En témoignent ces vidéos virales sur YouTube : une corneille fabrique un hameçon pour atteindre de la nourriture au fond d’un vase; un petit héron vert pêche ses poissons à l’aide d’un appât de pain déposé sur l’eau; un corvidé utilise un couvercle en plastique pour glisser sur un toit enneigé. Au Japon, on a vu des corbeaux ouvrir des noix en les laissant tomber sous les roues des voitures et comprendre la signification des feux de circulation. En Angleterre, des mésanges charbonnières ont appris à ouvrir des bouteilles de lait pour se nourrir de la crème à la surface.

Après un doctorat obtenu à l’Université de Lyon en biomathématique et des recherches postdoctorales à l’UQAM, Frédérique Dubois a élaboré à l’UdeM un programme de recherche en biologie évolutive portant notamment sur la coopération et l’utilisation d’informations sociales chez les diamants mandarins.

Crédit : Amélie Philibert

Cervelle d’oiseau?

Pour la chercheuse, ces comportements innovateurs sont sans contredit des signes d’intelligence : «Ces oiseaux comprennent le lien de cause à effet, sont en mesure d’imiter ce qu’ils ont observé chez d’autres espèces animales et de comprendre que ça fonctionnera aussi pour eux.»

Elle-même a collaboré à une expérience qui a établi un lien entre de telles capacités cognitives et le succès reproducteur. Sous les yeux des chercheurs, des mésanges charbonnières ont trouvé le truc pour ouvrir la porte obstruée de leur nichoir en tirant sur une ficelle, ce qui leur a permis de mieux nourrir leur couvée que leurs concurrentes.

D’autres travaux de Frédérique Dubois ont montré que les diamants mandarins, à l’instar des geais bleus, pouvaient adopter des comportements alimentaires coopératifs en situation expérimentale. On peut donc parler d’altruisme chez les oiseaux. «L’importance de la cognition a largement été sous-estimée dans l’étude des habiletés adaptatives des oiseaux, estime la chercheuse. Reste à savoir si des différences entre les sexes existent dans ces capacités et dans les structures cérébrales qui les produisent, et comment elles interviennent dans le choix de partenaires sexuels.»

Si vous voulez insulter quelqu’un, ne le traitez pas de cervelle d’oiseau…