Le recteur félicite les chercheurs : «Vous êtes bons. Bravo!»

L’Université honorait, le 20 avril à l’occasion de la cérémonie «Bravo à nos chercheurs», près de 90 chercheurs s’étant récemment illustrés.

L’Université honorait, le 20 avril à l’occasion de la cérémonie «Bravo à nos chercheurs», près de 90 chercheurs s’étant récemment illustrés.

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

L’Université honorait, le 20 avril à l’occasion de la cérémonie «Bravo à nos chercheurs», près de 90 chercheurs s’étant récemment illustrés. Découvrez le portrait de six d’entre eux.

L’Université soulignait, le 20 avril, les réalisations de près de 90 chercheurs qui se sont illustrés au cours des 12 derniers mois. «Nous sommes fiers de vos réalisations», leur a dit le recteur, Guy Breton, au cours d’une cérémonie tenue en leur honneur.

Quatre groupes de chercheurs ont été applaudis durant cette soirée : ceux ayant obtenu une chaire de recherche du Canada, un renouvellement de chaire de recherche du Canada ou une chaire de l’Université de Montréal; ceux ayant reçu des subventions de recherche; ceux ayant été nommés à la tête d’une chaire philanthropique; et ceux qui se sont vu accorder un prix ou une distinction au Québec ou à l’étranger.

«Vous ne le réalisez peut-être pas toujours dans vos quotidiens très chargés, mais, en faisant progresser les connaissances dans votre domaine, vous faites du même coup progresser l’espèce humaine», a déclaré le recteur devant les nombreux chercheurs présents à l’agora Morris-et-Rosalind-Goodman. Je me réjouis des nouvelles initiatives pour valoriser nos recherches. Comme le système francophone d’indexation des articles en sciences humaines qui sera mis sur pied grâce, entre autres, à l’un de nos professeurs, Vincent Larivière. Nous avons besoin de plus d’innovations comme celle-ci. C’est justement l’un des objectifs de la transformation institutionnelle qui se met en branle : augmenter notre capacité d’innovation à tous les échelons. Mieux servir nos chercheurs. Et mieux servir nos étudiants et toute la société.»

Plusieurs chercheurs se sont exprimés au nom de leurs collègues au cours de la soirée. Nous vous proposons de découvrir les portraits de six d’entre eux, illustrant bien la diversité et le dynamisme de la recherche à l’Université de Montréal.

Vous trouverez la liste complète des chercheurs honorés et les photos de la soirée sur le site Bravo à nos chercheurs.

  • Mario Jacques

    Crédit : Amélie Philibert

Mario Jacques

Professeur à la Faculté de médecine vétérinaire

Vous enseignez à la Faculté de médecine vétérinaire, mais vous n’êtes pas vétérinaire…

Effectivement, je ne suis pas vétérinaire mais microbiologiste. Je m’intéresse aux maladies infectieuses chez les animaux de production. J’ai d’ailleurs fait carrière principalement en production porcine, plus récemment en production laitière. Nous essayons actuellement de trouver des façons de limiter et de traiter ces maladies, de diminuer l’utilisation des antibiotiques pour que nos troupeaux et animaux soient en santé, toujours dans le respect du bien-être animal.

Parlez-nous du projet pour lequel vous avez récemment obtenu un financement du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada.

Il s’agit d’un programme canadien de formation en matière de qualité du lait. L’idée est de mettre sur pied un cours pancanadien sur les infections de la glande mammaire chez la vache laitière et les incidences que cela peut avoir sur la qualité du lait.

Qu’est-ce qui vous passionne dans le métier de chercheur?

Pas une journée n’est identique à une autre! On a toujours des défis à relever et l’on doit souvent faire face à des imprévus. Il faut alors trouver des façons de résoudre ces problèmes. Et il nous arrive de faire des découvertes intéressantes et assez surprenantes. Certaines de ces découvertes sont le fait du hasard, ce sont d’heureuses surprises.

Depuis combien de temps travaillez-vous à l’UdeM?

Depuis 30 ans. C’est même mon alma mater! Après avoir effectué mes études postdoctorales à l’étranger, j’ai obtenu un poste à la Faculté de médecine vétérinaire. Au cours de ces 30 années, j’ai été professeur, chercheur, directeur de centre de recherche, vice-doyen à la recherche et je suis maintenant de retour comme directeur de ce programme canadien que je coordonne avec mon collègue Simon Dufour. Les années ont passé excessivement vite!

  • Véronique Dubé

    Crédit : Amélie Philibert

Véronique Dubé

Professeure à la Faculté des sciences infirmières

Quelles sont vos thématiques de recherche?

Je m’intéresse principalement à l’élaboration et à l’évaluation d’interventions novatrices visant à soutenir des clientèles vulnérables, notamment les gens atteints de la maladie d’Alzheimer et leurs proches aidants.

D’où vous vient cet intérêt?

Les aînés et les personnes présentant des déficits cognitifs sont une clientèle que j’affectionne particulièrement. J’ai commencé ma pratique comme infirmière en centre d’hébergement et de soins de longue durée et je me suis alors rendu compte que, tout comme les familles, les professionnels pouvaient être démunis devant les différents symptômes et comportements d’un patient atteint de la maladie d’Alzheimer.

Quel est l’objectif de la Chaire de recherche Marguerite-d’Youville d’interventions humanistes en sciences infirmières de l’UdeM, dont vous êtes titulaire?

Il s’agit d’analyser les besoins des personnes en situation de vulnérabilité au regard de leurs expériences de santé; de mettre au point des interventions novatrices privilégiant une approche de soins humanistes, centrée sur le patient et la famille; et bien sûr d’évaluer les retombées de ces interventions infirmières sur la qualité des soins et des services dispensés. La Chaire vise aussi à sensibiliser les infirmières à ces différentes interventions et à établir un axe de formation pour promouvoir les résultats de ces travaux de recherche.

Que représente pour vous la création de cette chaire?

C’est un bien grand défi à relever et une occasion unique de soutenir un programme de recherche dans un nouveau créneau. C’est également un pôle d’attraction pour les étudiants des cycles supérieurs qui contribueront à l’enrichissement des connaissances dans le but d’améliorer les pratiques et la qualité des soins.

Vous êtes également une nouvelle professeure…

C’est vrai! J’enseigne à la faculté depuis septembre dernier. Je souhaite concilier l’enseignement et la recherche parce que je crois qu’il est important de susciter rapidement chez les étudiantes infirmières l’idée que la recherche est essentielle à la pratique et qu’elle peut être concrète, pragmatique.

L’UdeM est votre alma mater. Qu’y avez-vous appris?

Mes années à l’UdeM m’ont appris qu’on peut combiner rigueur scientifique et passion. Il y a ici une expertise qu’on ne trouve pas ailleurs. Je suis chaque jour impressionnée par l’engagement, la créativité et la fierté des gens qui travaillent dans cette université. C’est une grande université dans la francophonie qui offre visibilité et attractivité. Et puis, enseigner en français fait partie de mes valeurs. Je souhaite pouvoir rendre à la communauté ce qu’elle m’a donné.

  • Caroline Traube

    Crédit : Amélie Philibert

Caroline Traube

Professeure à la Faculté de musique

Vous avez un profil un peu atypique : vous êtes ingénieure et musicienne…

En effet, j’ai étudié la musique pendant une douzaine d’années avant de m’orienter vers une formation scientifique dans le domaine des télécommunications puis des technologies de la musique. J’ai ensuite été engagée à la Faculté de musique pour enseigner des cours d’acoustique, de psychoacoustique et de traitement de signal.

En quoi consistent vos projets de recherche?

J’ai deux vies à la faculté : je forme scientifiquement les musiciens qui utilisent les technologies pour la création sonore, mais ma recherche concerne principalement les interprètes classiques. Je m’intéresse au timbre instrumental et à la façon dont les interprètes le contrôlent. J’aborde ainsi l’acoustique musicale du point de vue de l’interprète.

Pour lequel de vos projets avez-vous obtenu un financement de la Fondation canadienne pour l’innovation?

Nous souhaitons transformer la salle Claude-Champagne en salle de concert expérimentale. Par l’installation d’un réseau de caméras et de microphones dans la salle, ainsi que d’un laboratoire annexe à la salle d’où l’on pourra observer ce qui s’y passe et effectuer des analyses, on va pouvoir étudier le geste des musiciens sous toutes ses coutures et analyser toute la complexité du son de l’orchestre.

Mais c’est Big Brother!

Exactement [rires], mais les interprètes sont consentants! Ici, il s’agit de collaboration. Ils sont parties prenantes de la recherche. J’aime dire que je fais de la recherche équitable! Les interprètes doivent y trouver leur compte. Je tiens à ce que cette recherche soit pertinente pour eux. Mais je ne suis pas seule dans ce formidable projet qui est soutenu par la FCI. Un autre volet important du projet, porté par mes collègues compositeurs Robert Normandeau et Jean Piché, concerne la diffusion d’œuvres immersives et la spatialisation du son.

Mêler la science à l’art est-il propre à l’UdeM?

C’est assez unique effectivement. Montréal est un terreau incroyable pour la recherche interdisciplinaire en musique. À l’époque où j’ai quitté l’Europe, il était très difficile de faire ce type de recherche. Là-bas, la pratique instrumentale et la composition sont enseignées exclusivement dans les conservatoires alors que la recherche se déploie dans les universités. C’était une révélation quand je suis arrivée au Québec : la pratique musicale s’enseigne à l’Université! Pour moi, ce projet de salle de concert expérimentale est le début d’une nouvelle ère à l’Université de Montréal pour la recherche en musique.

  • Shalini Lal

    Crédit : Amélie Philibert

Shalini Lal

Professeure à l’École de réadaptation

Quels rôles les nouvelles technologies peuvent-elles jouer dans l’accompagnement des personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale?

Les nouvelles technologies ne visent pas à remplacer les services en santé mentale, mais elles sont en mesure d’améliorer l’accès aux services offerts et leur qualité. C’est particulièrement important lorsqu’on parle des jeunes, car la plupart des problèmes de santé mentale commencent à l’adolescence et au début de l’âge adulte, et la plupart de ces jeunes-là n’ont pas accès à ces services. Or, ils sont habitués à utiliser les nouvelles technologies dans leur vie quotidienne. C’est pourquoi il importe de réfléchir au rôle qu’elles peuvent jouer afin de les atteindre.

Les jeunes sont-ils nombreux à souffrir de maladies mentales?

Environ 25 % des jeunes seraient touchés par des maladies mentales. Touefois, 75 % de ces jeunes ne peuvent recourir aux soins qui s’imposent, et cette proportion est plus grande encore chez les jeunes qui sont marginalisés ou qui vivent dans des régions éloignées. C’est le cas notamment des autochtones, des immigrants et des jeunes de la rue.

Pourquoi ce champ d’études vous intéresse-t-il?

J’ai commencé ma carrière comme ergothérapeute. J’ai passé 10 ans en clinique avec les jeunes et leur famille qui avaient leurs premiers contacts avec le système de soins en santé mentale. J’ai constaté plusieurs obstacles sur les plans de l’accessibilité à l’information et du soutien offert. Je me suis donc intéressée au rôle que pouvaient avoir les nouveaux modèles de services et nouvelles technologies afin de permettre à cette clientèle d’avoir un meilleur accès à ces soins.

Vous venez d’obtenir une subvention des Instituts de recherche en santé du Canada. Qu’est-ce que cela représente pour vous?

Cette subvention est l’occasion de mettre l’accent sur l’amélioration des services en santé mentale et leur accès plus rapide et plus facile pour les jeunes. Il faut qu’ils puissent trouver plus facilement et plus rapidement l’aide dont ils ont besoin dans notre système public de santé.

  • Sébastien Jacquemont

    Crédit : Amélie Philibert

Sébastien Jacquemont

Professeur au Département de pédiatrie

Vous êtes un expert de l’autisme…

Je m’intéresse effectivement à l’autisme, aux troubles du développement et aux troubles psychiatriques de l’enfant. J’ai une formation de généticien clinicien. J’essaie de comprendre comment les mutations entraînent des troubles du développement qui vont à leur tour entraîner des manifestations psychiatriques chez l’enfant.

C’est un domaine que les recherches semblent faire avancer.

Il est vrai que la psychiatrie de l’enfant est un domaine où il y avait peu d’avancées tangibles, car il n’y avait quasiment aucun moyen d’explorer la biologie des manifestations psychiatriques de l’enfant. On observait les petits patients, on notait des manifestations et s’ensuivait beaucoup d’interprétation. La génétique et les outils comme l’imagerie par résonance magnétique ont permis d’explorer des mécanismes bien en amont. Il y a donc eu d’énormes avancées en peu de temps, mais on est très loin de comprendre ces conditions!

Vous êtes à l’UdeM depuis peu de temps. Pourquoi avoir fait ce choix?

Je suis arrivé à la rentrée de 2014. Je travaillais auparavant en Suisse. Je suis venu à Montréal pour les neurosciences, car c’est un secteur vraiment fort ici. Mon objectif est clair : constituer avec la communauté scientifique montréalaise une nouvelle cohorte pour l’étude des troubles du développement de l’enfant, une ressource basée sur la mise en commun des outils de recherche et des ressources financières de l’ensemble des spécialistes de la métropole travaillant sur l’autisme et les troubles associés. Cette ressource pourrait être disponible dans cinq ans et serait un atout majeur pour les chercheurs et les intervenants.

Quel est votre constat depuis votre arrivée à Montréal?

La plupart des chercheurs cliniciens ont adhéré rapidement au projet. D’autres chercheurs avaient des projets très similaires et on a trouvé des moyens d’harmoniser et de consolider nos activités de recherche. C’est vrai qu’on n’avance jamais aussi vite qu’on le voudrait, mais il y a ici une impulsion assez forte. Je ne sais pas si cela aurait été aussi rapide en Suisse… Je note une vraie volonté de travailler ensemble. Pour l’instant, je suis très content, je sens une réelle envie d’avancer, ce ne sont pas juste des mots. À ce rythme, on a une vraie chance d’atteindre notre objectif dans quatre ou cinq ans.

  • Tonino Esposito

    Crédit : Amélie Philibert

Tonino Esposito

Professeur à l’École de travail social

En quoi consistent vos projets de recherche?

Au Québec, les taux de signalements pour mauvais traitements, de recours à des mesures de placement et de judiciarisation sont les plus bas du Canada. Mais on connaît peu de chose sur la qualité des services offerts en matière de protection de la jeunesse et leur efficacité à long terme sur le bien-être des enfants et de leur famille. Les informations longitudinales qui nous permettraient de comprendre les trajectoires de services et leurs retombées pour les enfants et les familles ne sont en effet pas disponibles. Mes projets de recherche visent donc à documenter l’effet du placement en milieu substitut sur le bien-être des enfants et l’influence des facteurs relatifs à la vulnérabilité socioéconomique sur les résultats des services de protection de la jeunesse.

Quels sont vos partenaires de recherche?

Je travaille en partenariat avec l’ensemble des centres jeunesse, le Centre de recherche sur l’enfance et la famille de l’Université McGill et l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux. Je travaille également en collaboration étroite avec la Fondation du Dr Julien : nous cherchons à définir quelles sont les communautés à risque.

Vous venez d’être nommé titulaire de la Chaire de recherche du Canada en services sociaux pour les enfants vulnérables. Qu’est-ce que cela représente pour vos projets?

Cette chaire représente beaucoup, notamment la possibilité de concevoir de nouveaux programmes et partenariats de recherche. C’est une occasion unique d’établir une plateforme de recherche qui s’intègre aux besoins des organismes de protection de la jeunesse pour ce qui est de l’information longitudinale, ce qui permettra d’évaluer les services et d’élaborer des stratégies plus cohérentes.

D’où vous vient cet intérêt pour ce champ de recherche?

Il y a des lacunes extraordinaires sur le plan de la maltraitance. La protection de l’enfance est l’un des secteurs où les services se développent le plus rapidement. Cependant, à l’échelle canadienne, nous en savons étonnamment peu sur cette population, qui est parmi les plus vulnérables de la société.

Qu’est-ce qui vous plaît dans le milieu de la recherche québécois?

Il y a une connaissance extrêmement riche ici, au Québec, une effervescence qu’on ne trouve pas ailleurs. De plus, de par la politique sociale de la province et la volonté de réduire l’exclusion sociale, le contexte québécois est particulier. Cela rend mon champ de recherche très intéressant.