Pierrette Rayle donne au suivant

Un programme de bourses porte désormais son nom.

Un programme de bourses porte désormais son nom.

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

Donner confère un sens à l’existence, estime la juge à la retraite Pierrette Rayle, qui vient de créer un fonds de bourses à son nom. «En donnant, j’appartiens, d’une certaine façon,…

Née en 1946 au sein d’une famille modeste de la rive sud de Montréal, Pierrette Rayle prévoyait terminer sa onzième année, puis choisir un métier alors traditionnellement réservé aux femmes, secrétaire par exemple. Mais la vie allait en décider autrement.

«Les parents de mon amie Arlette ont décidé d’envoyer leur fille faire son cours classique à Montréal. Mais Arlette était trop timide pour y aller seule. Son père a alors proposé de nous transporter toutes les deux pour que je le suive moi aussi», se souvient Mme Rayle.

C’est ainsi que la jeune Pierrette étudia le grec et le latin au lieu d’apprendre la dactylographie… Un tournant marquant dans la vie de cette future avocate, puis juge qui a pris sa retraite en 2008 après une carrière bien remplie. «J’ai de la gratitude pour mes parents, qui ont consenti les sacrifices financiers nécessaires pour que j’aille au collège, car nous n’étions pas riches», dit la juriste qui a grandi à l’ombre du pont Jacques-Cartier.

Le cours classique – qui durait huit ans – était à l’époque la seule voie possible vers des études universitaires. Inscrite en droit à l’Université de Montréal, Pierrette Rayle obtient sa licence en 1969 avec grande distinction. «Mes parents étaient très fiers. J’étais la première diplômée universitaire de la famille», souligne Mme Rayle. À la fin de ses études, elle se voit décerner une médaille d’or du Gouverneur général pour les meilleurs résultats en droit.

Seule femme parmi six stagiaires au cabinet Martineau Walker (devenu Fasken Martineau), elle estime que ses chances sont faibles d’être engagée comme avocate au terme de son stage. Le droit est alors une discipline essentiellement masculine. «Pour plaider ma cause auprès du grand patron, j’ai fait valoir qu’embaucher une femme était un “risque calculé” dans ce bureau qui ne comptait que des hommes…», se rappelle Mme Rayle.

Elle obtient gain de cause et ne s’arrête pas là. Première «associée» de l’histoire du grand bureau montréalais, elle y dirige le service du droit de la famille, qu’elle contribue à mettre sur pied. Elle sera, en 1992, la première bâtonnière du barreau de Montréal. Nommée juge à la Cour supérieure en 1995, elle y travaille pendant sept ans avant de passer à la Cour d’appel. Lorsqu’elle prend sa retraite de la magistrature, en 2008, Mme Rayle s’oriente vers l’arbitrage et la médiation, qu’elle pratique depuis à temps partiel.

Un cadeau de 100 000 $

Pour ses 70 ans, Pierrette Rayle s’est «offert un cadeau d’anniversaire», comme elle le dit : un fonds de bourses portant son nom dans lequel elle a versé environ 75 000 $, et son mari, le juge à la retraite John H. Gomery, près de 25 000 $. Les rendements de cette somme administrée par le Fonds de dotation de l’Université de Montréal permettront de remettre chaque année une bourse d’admission à un étudiant. Le montant alloué correspondra aux droits de scolarité pour la première année d’études à temps plein au baccalauréat en droit. «J’ai été choyée par la vie. J’ai eu des parents extraordinaires et une belle carrière d’avocate. Puis, mon rêve de devenir juge s’est réalisé et aujourd’hui je poursuis des activités professionnelles que j’adore. C’est le temps pour moi de redonner», confie-t-elle.

Pour être admissible à la bourse Pierrette-Rayle, le candidat devra habiter en Montérégie. Pourquoi cette condition? «Pour financer une partie des frais cachés que paient les étudiants de la Rive-Sud, répond-elle. Pour eux, aller étudier à Montréal signifie voyager matin et soir ou bien louer un appartement, acheter des meubles, etc. Quand on doit, en outre, payer les droits de scolarité, la facture monte vite!» indique-t-elle.

Mme Rayle souhaite également que le lauréat prenne l’engagement moral de faire lui aussi un don à l’Université de Montréal au moment où il le pourra. «Je veux semer dès à présent la graine de la philanthropie. Car on apprend à donner, cela n’est pas douloureux et on en tire même un grand plaisir!» assure cette femme à l’énergie et à la générosité contagieuses.

Donner, précise-t-elle, confère un sens à l’existence. «En donnant, je ne fais plus partie du passé, j’appartiens, d’une certaine façon, à l’avenir.»