Immigrer n’est pas bon pour la santé!

  • Forum
  • Le 11 mai 2016

  • Dominique Nancy
Les immigrants adoptent les mœurs du pays d’accueil, et cela vaut pour les mauvaises habitudes puisque leur santé se détériore après quelques années.

Les immigrants adoptent les mœurs du pays d’accueil, et cela vaut pour les mauvaises habitudes puisque leur santé se détériore après quelques années.

Crédit : Thinkstock

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Les immigrants adoptent les mœurs du pays d’accueil, et cela vaut pour les mauvaises habitudes puisque leur santé se détériore après quelques années.

Maria Victoria Zunzunegui, professeure au Département de médecine sociale et préventive de l’Université de Montréal, a étudié les liens entre pauvreté et santé des immigrants. «Les immigrants sont en meilleure santé que les Canadiens au moment de leur arrivée au pays, dit-elle, mais leur santé périclite rapidement après quelques années au Canada. J’ai voulu savoir pourquoi.»

En collaboration avec des chercheuses du Centre de recherche du CHU Sainte-Justine et de l’Institut de recherche en santé publique de l’UdeM, elle s’est intéressée aux enfants nés au Québec de familles immigrantes. «Un enfant sur quatre né dans l’agglomération montréalaise en 2006 avait au moins un parent immigrant», signale-t-elle. L’analyse des données montre un lien significatif entre l’insuffisance des revenus et l’état de santé des enfants immigrés de deuxième génération. Les enfants issus de familles immigrantes sont en meilleure santé que ceux des familles québécoises lorsque les conditions sont favorables. Par contre, en l’absence de soutien social et de revenus adéquats, la santé de ces enfants est bien moins bonne que celle des jeunes Québécois.

«Les emplois précaires, le chômage, l’insuffisance des revenus ainsi que le manque de soutien social et la discrimination ont des conséquences néfastes sur la santé mentale et physique des immigrants de même que sur celle de leurs enfants», résume la chercheuse d’origine espagnole qui a immigré au Québec en 1999, à l’âge de 48 ans.

Si elle est parvenue sans difficulté à trouver du travail dans son domaine, la majorité des immigrants ne sont pas aussi chanceux. «Choisis pour leurs compétences, ils peinent, une fois installés dans la province, à trouver un emploi correspondant à leurs champs d’intérêt et à leur niveau de scolarité», affirme Mme Zunzunegui. À son avis, la difficulté pour les immigrants de faire reconnaître leurs diplômes, entre autres pour ce qui est des professions régies par des ordres professionnels, n’est pas étrangère à la détérioration de leur santé.

Les connaissances acquises par la chercheuse et son expérience personnelle l’amènent à réitérer l’importance de mettre en place des programmes pour favoriser le soutien social et améliorer l’intégration des immigrants. «À cause des problèmes de pauvreté et d’intégration, on est en train de créer une sous-classe de résidants qui se compose d’immigrants, déplore-t-elle. Il faut réagir avant que cela divise le Québec.»