Maîtrise de l’écrit : l’école fait du bon travail!

  • Forum
  • Le 13 mai 2016

  • Mathieu-Robert Sauvé
Les enfants apprennent bien la langue écrite à l'école.

Les enfants apprennent bien la langue écrite à l'école.

En 5 secondes

Au Québec, 8 élèves sur 10 maîtrisent bien la langue écrite à leur sortie de l’école. Les résultats aux tests ministériels d’écriture sont constants au primaire comme au secondaire et au…

Plusieurs centaines de chercheurs de l’Université de Montréal participent au 84e Congrès de l’Acfas, qui se tient jusqu’au 13 mai à l’Université du Québec à Montréal et qui est une célébration de la recherche en français. Forum rend compte des travaux de certains de ces chercheurs, pour qui le congrès est souvent la première expérience de communication publique.

La maîtrise de l’écrit est défaillante chez 49 % des adultes canadiens et 53 % des Québécois. Pourtant, les taux de réussite aux examens à la fin des cycles du primaire, du secondaire et du collégial atteignent les 80 % depuis plus de 30 ans. «À la lumière de ces résultats, je dois conclure que le système scolaire fait bien son travail», a déclaré Pascale Lefrançois, professeure au Département de didactique de la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal, dans une présentation au congrès de l’Acfas le 11 mai.

Pour documenter cette question «très médiatisée» de l’enseignement de la langue, la chercheuse (également vice-doyenne aux études de premier cycle et directrice du Centre de formation initiale des maîtres à l’UdeM) a rassemblé les données des examens de français écrit qui remontent à 1986 dans le cas du primaire et du secondaire et à 1998 pour le collégial. Elle n’a pas caché son étonnement à l’observation de ces données sur une longue période. «Ce qui frappe, c’est la constance des taux de réussite, a noté la conférencière. Même lorsqu’on change des éléments d’évaluation, comme cela a été fait en 2002 et en 2005, et que les courbes baissent soudainement, les écoles s’adaptent aux nouvelles règles et obtiennent un taux comparable après quelques années.»

Au collégial, la courbe de réussite au test, qui inclut une dissertation critique de 900 mots, est horizontale : autour de 84 % entre 1998 et 2015. «Même chose pour le primaire et le secondaire : les résultats sont très analogues aujourd’hui à ceux obtenus dans les années 90.»

Au secondaire, le taux global de 83 % réserve certaines surprises. Les succès en orthographe sont mitigés (57 %), mais la moyenne est plus qu’excellente (99 %) au chapitre de la «cohérence» du texte écrit.

Mme Lefrançois ne nie pas que la forte proportion d’analphabètes fonctionnels dans la population soulève des questions délicates, mais elle estime que les enseignants font un travail plus que convenable en matière de pédagogie. «Pour moi, c’est un paradoxe qui reste difficile à comprendre et qui mérite d’être exploré. Il est vrai que ces chiffres ne tiennent pas compte du phénomène des décrocheurs. Mais on peut dire que la très grande majorité des élèves savent écrire quand ils quittent le système.»

Les comparaisons avec d’autres systèmes scolaires, en France par exemple, ne désavouent pas ce constat. «Bien sûr, un examen sur les connaissances du français écrit est une épreuve unique qui n’assure pas que les élèves demeureront compétents lorsqu’ils auront fini l’école», a-t-elle mentionné en marge de sa présentation. Des jeunes qui ne lisent plus ou qui écrivent peu risquent ainsi de perdre certains de leurs acquis.

Des examens plus exigeants

Le «nivellement par le bas», qu’on évoque parfois pour expliquer les bons résultats aux tests de français, serait un mythe, à son avis. Au contraire, on a augmenté au fil des années les exigences pour l’obtention de la note de passage. Par exemple, au secondaire, ces exigences sont passées d’une erreur tous les 18 mots à une erreur tous les 30 mots en 2002. Si les fautes sont trop nombreuses, le candidat échoue.

Mme Lefrançois se demande si les aides technologiques intégrées dans les logiciels, comme le correcteur Antidote, ne favorisent pas la compétence. Quand on voit un mot se corriger automatiquement sous ses yeux, une certaine forme d’apprentissage se poursuit…

La spécialiste de la didactique du français présentait sa conférence dans le cadre du colloque intitulé «Le rehaussement des compétences en littératie chez les jeunes adultes : quels sont les enjeux actuels de la recherche?» Il réunissait une quinzaine de spécialistes de plusieurs horizons.