David Saint-Jacques ira dans l’espace!

Surdoué en sciences et technologies et multilingue, David Saint-Jacques semble avoir été conçu en laboratoire. Il n'en est rien.

Surdoué en sciences et technologies et multilingue, David Saint-Jacques semble avoir été conçu en laboratoire. Il n'en est rien.

Crédit : Pat Beaudry

En 5 secondes

Le diplômé de Polytechnique Montréal ira dans l’espace en novembre 2018 à bord d’une fusée Soyouz à destination de la Station spatiale internationale.

Ça y est! Le grand rêve du diplômé de l’École polytechnique de Montréal, l’astronaute canadien David Saint-Jacques, deviendra réalité sous peu. L’astronaute de 46 ans vient d’apprendre qu’il ira en orbite en novembre 2018 à bord d’une fusée Soyouz. Cette première mission avec l’équipage de la Station spatiale internationale durera six mois. M. Saint-Jacques, qui possède une formation en médecine, en génie et en astrophysique, procédera, pendant cette mission, à une série d’expériences scientifiques; il effectuera également des tâches en robotique très complexes. En prévision de cette affectation, David Saint-Jacques amorcera dès cet été un entraînement spécialisé de deux ans en Russie, au Japon, aux États Unis et au Canada.

Voici un portrait de David St-Jacques, publié il y a un an dans la revue Les Diplômés de l’Université de Montréal. Dans cet entretien, l’astronaute explique à quel point il prend soin de sa santé, au cas où il serait appelé. Et voilà, l’appel est venu!

«Cinq, quatre, trois, deux, un, décollage.» David Saint-Jacques rêve du jour où une fusée le propulsera dans l’espace pour gagner la Station spatiale internationale, qui file en orbite autour de la Terre à la vitesse de 27 700 kilomètres à l’heure.

Ce sera alors l’aboutissement du parcours scolaire et professionnel exceptionnel qu’a effectué celui qui est à la fois ingénieur en physique, astrophysicien et médecin — un bagage qui lui a permis en 2009 d’être choisi parmi 5300 personnes ayant soumis leur candidature à l’Agence spatiale canadienne!

Lorsqu’il était enfant, David Saint-Jacques ne rêvait pas de devenir astronaute. «C’était plus un fantasme qu’un rêve, je ne croyais pas que c’était possible», se rappelle-t-il. Mais son fantasme, il le nourrissait en collectionnant des articles et des livres sur les missions du programme spatial Apollo. «J’étais fasciné par les images de la Terre vue de la Lune!»

Et très jeune, sa famille lui a inculqué la valeur de l’effort. «Ma mère enseignait l’histoire au secondaire et mon père et mon grand-père étaient tous deux ingénieurs diplômés de Polytechnique, dit-il. Ils m’ont tous appris que, pour parvenir à ses fins, il fallait travailler fort.»

C’est ce qu’il a fait en manifestant une affection particulière pour la science. «J’ai toujours été attiré par la physique et par les sciences en général ; pour moi, c’est l’une des plus belles créations de l’humanité.»

Plus tard, lorsque vient l’âge de fréquenter l’université, il lui paraît naturel de devenir ingénieur et c’est à Polytechnique Montréal qu’il s’inscrit, en génie physique. «Poly est une véritable ruche où tout le monde a un examen ou un travail à remettre pour le lendemain, lance David Saint- Jacques. C’est là qu’on apprend à devenir responsable et à respecter ses engagements… sans se plaindre!»

Il ne déçoit pas. Dès sa troisième année, il obtient une bourse qui lui permet d’étudier en France. C’est le début de sa vie de globe-trotteur. «David excellait dans tous ses cours et il obtenait toutes les bourses qu’il demandait, se souvient André Bazergui, professeur émérite et ancien directeur général de Polytechnique Montréal. Je n’ai d’ailleurs pas hésité à le recommander pour la prestigieuse bourse Rhodes, qu’il s’est vu accorder pour aller faire son doctorat en astrophysique à l’Université de Cambridge.»

Du génie à la médecine

Au Royaume-Uni, David Saint-Jacques rédige une thèse en astrophysique, plus précisément sur l’observation astronomique ainsi que la conception, la fabrication et la mise en service d’instruments télescopiques.

Animé par un besoin de comprendre le monde, «surtout lorsque c’est compliqué», il n’en reste pas là : il poursuit ses recherches postdoctorales sur le développement de l’interféromètre infrarouge Mitaka, au Japon, et sur le système d’optique adaptative du télescope Subaru, à Hawaii. Après quoi il se joint au groupe d’astrophysique de l’Université de Montréal.

David Saint-Jacques en 2010, lorsque Polytechnique Montréal lui a décerné un doctorat honoris causa. Il est entouré de Roland Doré (à gauche) et d'André Bazergui (à droite), tous deux anciens directeurs généraux de Polytechnique.

Crédit : André Bazergui

«Mes recherches m’ont permis d’explorer la discipline plus à fond et je suis fier d’avoir enrichi ce champ de la connaissance, explique David Saint-Jacques. Toutefois, je n’avais pas le désir d’entamer une carrière universitaire.»

À son retour au Québec, il ressent le besoin de rétablir le contact avec les gens et, surtout, d’aider son prochain. «J’avais 30 ans et je voulais utiliser mon talent pour redonner à la communauté, pour réaliser quelque chose de concret qui aurait une influence sur la vie des gens : la possibilité d’aider les autres est un puissant élément générateur de motivation chez moi.»

Il retourne sur les bancs d’école, cette fois pour étudier la médecine à l’Université Laval. Cinq ans plus tard, il est reçu médecin et effectue sa résidence à Montréal, où il se spécialise dans les soins de première ligne en région éloignée. Sa formation le mène au Liban et au Guatemala, mais c’est à Puvirnituq, un village inuit sur la baie d’Hudson, au Nunavik, qu’il décide de pratiquer. Il devient cochef du département de médecine du Centre de santé Inuulitsivik.

Puis, en 2008, une collègue l’informe que l’Agence spatiale canadienne (ASC) est en campagne de recrutement à l’échelle du pays pour trouver deux astronautes. «J’ai entendu la voix du petit garçon en moi qui m’a dit : “Il faut que tu essaies !”» relate-il.

Il postule et l’Agence retient sa candidature. S’ensuit une série de tests et d’épreuves qui s’étalent sur une année. En mai 2009, l’Agence confirme son embauche, avec l’Ontarien Jeremy Hansen.

Une capacité d’adaptation hors du commun

L’astronaute canadien Chris Hadfield se souvient très bien de sa première rencontre avec David Saint-Jacques. «C’était à Halifax et David a posé des questions très pertinentes et logiques, on sentait chez lui une inlassable curiosité», confie-t-il au cours d’un entretien téléphonique avec Les diplômés.

Avant de prendre sa décision, David Saint-Jacques  a appelé M. Hadfield pour s’informer des implications de l’offre de l’ASC sur le cours d’une vie, ajoute-t-il. «Sa conjointe, Véronique, qui était aussi médecin dans le Grand Nord, m’a également demandé conseil. Leur décision était commune, et ils ont dit oui.»

Le couple déménage dès 2009 à Houston, au Texas, où David Saint-Jacques suit sa formation d’astronaute au Johnson Space Center. Il apprend à piloter des avions de chasse et se familiarise avec le fonctionnement de la capsule Soyouz et de la Station spatiale internationale. En plus d’apprivoiser le mouvement avec la combinaison d’astronaute, «qui est une véritable armure», selon  M. Saint-Jacques.

«Un astronaute doit avoir des connaissances multiples et être capable de se débrouiller en toute situation, souligne-t-il. Mais ma spécialité est la robotique, domaine pour lequel le Canada est grandement réputé, notamment avec le bras canadien, dont le fonctionnement et la manipulation sont très complexes.»

Sa formation lui a aussi permis d’apprendre le russe, sa cinquième langue après le français, l’anglais, l’espagnol et le japonais.

«Ce qu’il y a d’extraordinaire avec David, c’est sa grande capacité à s’adapter à toutes les situations et à toutes sortes de personnes, indique Chris Hadfield. La vie d’astronaute est de tradition militaire et il s’est intégré dans l’organisation avec aisance, tout en faisant accepter ses idées novatrices.»

Actuellement, le travail de David Saint-Jacques est orienté vers la planification des voyages qu’effectuent des vaisseaux qui ravitaillent régulièrement la Station spatiale internationale en nourriture, vêtements et matériel scientifique.

L’astronaute philosophe

S’il est bien préparé pour faire partie d’une prochaine mission de six mois à bord de la Station spatiale, David Saint-Jacques demeure prêt à toute éventualité, même celle de ne jamais quitter l’attraction terrestre. «En raison de la participation modeste du Canada au programme spatial, un astronaute canadien ne prend part aux missions que tous les six à huit ans, signale-t-il. Si vous êtes appelé, il faut que votre santé soit optimale.»

Âgé de 45 ans, l’astronaute s’emploie donc à garder la forme et l’espoir. «Je m’entraîne quotidiennement et, sans être un athlète de niveau olympique, je suis en bonne santé», note humblement celui qui a déjà couru un marathon au Texas «avec moins d’une semaine de préparation», déclare un Chris Hadfield ébahi.

Marié et père de deux enfants, David Saint-Jacques s’accroche au rêve de contribuer à l’avancement de la science, mais surtout il s’active à ce «que la vie serve une fin plus grande que soi et, pour moi, le programme spatial représente ce qui rassemble le plus l’humanité».

Il faut dire que la vie dans un milieu fermé et exigu comme la Station spatiale internationale requiert une collaboration sans faille de la part des astronautes, peu importe leur nationalité. On y recycle presque tout (de l’air jusqu’à l’urine!) et l’on prend bien soin d’économiser l’énergie. On y mène des expériences scientifiques d’avant-garde, entre autres en matière de prévention du cancer, puisque dans la Station spatiale l’homme est exposé à des radiations cosmiques plus fortes que sur Terre.

«En somme, les missions spatiales permettent de trouver des solutions pour relever les quatre grands défis auxquels nous faisons et ferons face dans l’avenir : la diplomatie, le recyclage, l’économie des ressources et l’avancement de la médecine, fait-il observer.»

Et si le sort voulait qu’il ne parte jamais en orbite? «L’important dans la vie n’est pas nécessairement de réaliser ses rêves, mais d’en avoir au moins un et de s’y accrocher», conclut avec philosophie celui qui affirme avoir «la phobie des regrets».