Transférer ses connaissances avant la retraite : une affaire de plaisir!

  • Forum
  • Le 20 mai 2016

  • Martin LaSalle
Crédit : Thinkstock

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C’est le plaisir de partager qui incite les employés en fin de carrière à transférer leur savoir-faire aux plus jeunes, selon Tania Saba, professeure de relations industrielles à l’UdeM.

Plusieurs centaines de chercheurs de l’Université de Montréal participent au 84e Congrès de l’Acfas, qui se tient jusqu’au 13 mai à l’Université du Québec à Montréal et qui est une célébration de la recherche en français. Forum rend compte des travaux de certains de ces chercheurs, pour qui le congrès est souvent la première expérience de communication publique.

Qu’est-ce qui motive un employé à partager ses connaissances avec la relève, lorsque l’heure de la retraite approche? Une prime ou encore la possibilité d’obtenir un statut particulier? Non! Le principal motif, c’est le plaisir de partager!

C’est ce qui ressort d’une étude menée par Tania Saba, professeure à l’École de relations industrielles de l’Université de Montréal, en collaboration avec Marie-Ève Dufour, de l’Université Laval, auprès de 1068 employés travaillant au sein de filiales d’une multinationale au Québec et dans trois autres provinces canadiennes et cumulant, en moyenne, plus de 26 ans d’expérience de travail.

«Contrairement à ce qu’on peut croire, transférer son savoir-faire aux plus jeunes n’est pas considéré comme un fardeau, mais bien comme un plaisir, dans la mesure où la culture organisationnelle favorise ce partage non seulement vers la fin de la carrière d’un employé, mais de façon continue grâce à des mécanismes tels que des équipes interdisciplinaires ou des communautés d’expertises», a indiqué Mme Saba au cours d’une conférence prononcée à l’occasion du congrès de l’Acfas.

Des employés qui partent trop vite

L’un des principaux défis auxquels les organisations font face avec le vieillissement de la population est de maintenir leur personnel âgé en poste le plus longtemps possible pour bénéficier de son «capital connaissance».

Depuis 2010, l’âge moyen de la retraite au pays augmente peu et se situe autour de 63,4 ans, comparativement à 62 ans au Québec. Toutefois, le taux d’activité des hommes et des femmes est en hausse tant parmi les 55 à 64 ans que chez les 65 ans et plus.

En fait, les chercheuses ont observé qu’un nombre important d’employés partis à la retraite reviennent sur le marché du travail, souvent dans les fonctions qu’ils occupaient au sein de la même entreprise.

«Ce phénomène du retour ne touche pas seulement ceux qui ont mal planifié leurs finances ou leur occupation du temps après la retraite, mais surtout les retraités les plus scolarisés et les mieux nantis qui choisissent d’occuper un emploi de transition», indique Mme Saba, qui est aussi doyenne intérimaire de la Faculté des arts et des sciences de l’UdeM.

Un défi pour les organisations

Ce nouveau marché du travail qui se développe constitue un défi pour les grandes organisations : en laissant partir leurs employés les plus anciens, elles doivent souvent les rappeler pour bénéficier de leurs compétences, en payant à la fois une partie de leur rente de retraite ainsi que leur salaire de contractuels.

Selon Tania Saba, les attentes vers les départs précoces sont encore ancrées dans les mentalités, notamment dans les organisations qui offrent des conditions avantageuses en termes de fonds de pension.

«Sans culture de transfert de connaissances, les organisations envoient le message que les employés qui partent à la retraite pourront revenir, soutient-elle. Elles créent une attente de transition chez les futurs retraités qui s’en servent comme monnaie d’échange par la suite.»

Or, les motivations à transmettre ses connaissances sont importantes à considérer – certaines étant personnelles et d’autres susceptibles d’être encouragées par les organisations.

Outre le plaisir de partager qui constitue la motivation première que les chercheuses ont recensée auprès des répondants, la reconnaissance et le mérite qui accompagnent le transfert de connaissances constituent aussi un moteur important, tout comme le fait d’avoir confiance en sa capacité à partager.

Les employés sondés qui se disent les plus motivés à transférer leurs connaissances à la relève sont aussi ceux qui souhaitent partir à la retraite plus tardivement.

«De fait, ceux qui comptaient partir à la retraite à l’âge de 57 ans le font généralement quatre ans plus tard, soit à 61 ans, lorsque les organisations offrent un cadre favorable au transfert de connaissances, conclut Mme Saba. C’est là la preuve que les organisations ont tout intérêt à réfléchir à cette problématique.»