Pour éviter que les aigles perdent leurs plumes

  • Forum
  • Le 26 mai 2016

  • Dominique Nancy
«Ces rapaces, désignés comme espèces vulnérables, effectuent des migrations à l’automne, durant la saison de piégeage, ce qui les rend susceptibles d’être capturés», explique Guy Fitzgerald.

«Ces rapaces, désignés comme espèces vulnérables, effectuent des migrations à l’automne, durant la saison de piégeage, ce qui les rend susceptibles d’être capturés», explique Guy Fitzgerald.

En 5 secondes

Le trappage est une menace pour les aigles royaux et les pygargues à tête blanche.

Entre 1986 et 2012, quelque 300 pygargues à tête blanche (Haliaeetus leucocephalus) et aigles royaux (Aquila chrysaetos) ont été attrapés accidentellement par des trappeurs d’animaux à fourrure au Québec. «Ces rapaces, désignés comme espèces vulnérables, effectuent des migrations à l’automne, durant la saison de piégeage, ce qui les rend susceptibles d’être capturés», explique Guy Fitzgerald, fondateur de la Clinique des oiseaux de proie de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal et président de l’Union québécoise de réhabilitation des oiseaux de proie (UQROP).

Une récente étude menée par le vétérinaire en collaboration avec des agents de protection de la faune du ministère québécois des Forêts, de la Faune et des Parcs, ainsi que l’équipe de réhabilitation des oiseaux de proie révèle que les captures fortuites sont une cause de mortalité importante parmi ces espèces, tout particulièrement chez l’aigle royal. Ce sont surtout les grands prédateurs qui risquent d’être pris dans les pièges. «Ces incidents peuvent nuire au rétablissement de ces populations de rapaces en raison de leurs faibles effectifs au Québec», affirme M. Fitzgerald. L’étude a également mis au jour que la saison de trappage coïncidait avec la migration automnale des oiseaux adultes. Le lieu de passage des aigles pendant leur migration dans le sud de la province est risqué pour les oiseaux de proie, alors plus susceptibles d’être attirés par les appâts des trappeurs. Seulement 33,5 % des trappeurs avaient cependant déclaré leurs prises inopinées de peur d’être blâmés, même si aucune sanction n’est imposée à celui ou celle qui fait une telle déclaration.

Selon les résultats du sondage réalisé auprès des trappeurs, plusieurs aigles saisis vivants ont été remis en liberté, comme la loi le prescrit. Toutefois, d’après les spécialistes dont les travaux sont parus dans Le naturaliste canadien, «les trappeurs devraient toujours rapporter à la Protection de la faune les oiseaux capturés, même si l’animal ne présente aucune blessure apparente». Avec son équipe, Guy Fitzgerald a élaboré des mesures préventives afin de préserver ces populations vulnérables.

Réduire les risques de captures

Depuis une dizaine d’années, des efforts considérables sont déployés dans le but d’éviter au maximum l’incidence de prises accidentelles. La participation de l’UQROP à trois salons du trappeur (en 2008, 2009 et 2013) a notamment permis de sensibiliser directement les gens du milieu. «Les trappeurs peuvent contribuer au rétablissement des populations d’aigles en adaptant leurs approches de piégeage», estime le vétérinaire.

Les oiseaux de proie chassent et trouvent leur nourriture grâce à leur excellente vision, mentionne-t-il. Les appâts utilisés pour attirer les canidés ne doivent donc en aucun cas être visibles du haut des airs. Ne pas employer d’appâts à découvert pour trapper les canidés figure parmi les mesures préconisées, puisque la presque totalité des captures d’aigles et de pygargues ont été faites dans de telles conditions. «Il est très important d’enterrer complètement les appâts, note M. Fitzgerald. La présence de corvidés près des appâts indique que le camouflage n’est pas adéquat. L’utilisation de petits appâts est recommandée, car il est ainsi plus facile de les dissimuler. En procédant de cette façon, les trappeurs diminuent grandement les risques d’une capture accidentelle.»

Si un oiseau de proie est pris dans un piège, qu’il soit mort ou vivant, il devrait être rapidement déclaré à un agent de protection de la faune. On peut communiquer avec S.O.S. Braconnage par téléphone au 1 800 463-2191 ou par courriel à l’adresse suivante : centralesos(at)mffp.gouv.qc.ca. L’agent s’occupera de le remettre à l’UQROP.

Beaucoup d’efforts sont faits depuis une dizaine d’années par Guy Fitzgerald et l’équipe de réhabilitation des oiseaux de proie dans le but d’éviter au maximum l’incidence de prises accidentelles.

Crédit : Richard Bourassa