S’imprégner de culture dans sa jeunesse, voilà l’idéal

  • Forum
  • Le 7 juin 2016

  • Paule Des Rivières
Ressentir le plaisir de s’exprimer à travers l’art, c’est bien. Que ce plaisir vienne à un jeune âge et qu’il soit encouragé, c’est encore mieux.

Ressentir le plaisir de s’exprimer à travers l’art, c’est bien. Que ce plaisir vienne à un jeune âge et qu’il soit encouragé, c’est encore mieux.

Crédit : Thinkstock

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Les avis sont unanimes : S’intéresser à la culture est une bonne habitude qui commence tôt dans la vie.

«Fréquenter les lieux d’art visuel ou conceptuel, aller voir par curiosité, feuilleter des livres, voir des expositions, sortir de sa zone de confort. Et y aller avec des enfants afin de les habituer à cet environnement.» Voilà ce que propose Suzanne Paquet, professeure au Département d’histoire de l’art et d’études cinématographiques de l’Université de Montréal.

Elle voit bien que les étudiants qui sont passionnés d’art l’ont souvent découvert à un jeune âge. C’est aussi ce que constate Myriam Lemonchois, professeure de didactique des arts plastiques à la Faculté des sciences de l’éducation de l’UdeM, qui combat un désintérêt généralisé de ses étudiants vis-à-vis des arts. Cela l’inquiète, puisque ses étudiants sont de futurs titulaires de classe qui auront, pour la plupart, à enseigner… les arts.

«C’est ma mission. Mon rôle est de faire de mes étudiants des passeurs de culture et je tente de les outiller, de leur suggérer des démarches, des manières d’établir des liens entre un peintre et un film populaire par exemple, d’entamer une discussion autour d’une œuvre», dit-elle.

Les questions de culture font rarement l’unanimité, à commencer par ce qu’on entend par «culture». Tous les experts conviennent en revanche que l’accès à la culture se joue dès l’enfance.

Pour sa part, Renaud Legoux, professeur à HEC Montréal, a également remarqué au fil de sa carrière le poids des jeunes années. «Si vous me demandez qui sont les consommateurs d’arts, je vous poserai à mon tour deux questions : qui a été familiarisé avec les arts dans sa jeunesse? Qui les a pratiqués? Il y a des éléments sur lesquels on peut travailler à long terme. Les gens parlent souvent de barrière économique, mais tout aussi importante est la barrière culturelle. Il faut déployer des efforts marketing destinés à ceux qui n’ont pas ce bagage culturel.»

À son avis, l’Opéra de Montréal, l’OSM, le Musée des beaux-arts de Montréal, les bibliothèques publiques ont su tendre la main aux clientèles non traditionnelles, sans pour autant dénaturer leur mission.

«Il faut continuer à soutenir les producteurs, explique Renaud Legoux. C’est un choix qu’on a fait collectivement. S’il n’y avait pas la SODEC, où serait notre cinéma? Et, s’il n’y avait pas de mesures incitatives pour produire des émissions de télé ici, où serions-nous? Notre culture nous fait voir qui nous sommes et qui nous voulons devenir. C’est essentiel.»

Son collègue André Courchesne, qui est professeur associé à la Chaire de gestion des arts Carmelle et Rémi-Marcoux de HEC Montréal, souligne cependant que l’augmentation de l’offre n’entraîne pas une augmentation de la demande de la même ampleur.

Et, posant son regard ailleurs, il note, dans une revue de la littérature sur le sujet, «que plusieurs décennies de politiques culturelles en France n’auront pas permis de convertir le peuple à l’amour de l’art, puisqu’il n’y a pas eu démocratisation culturelle au sens où Malraux l’entendait (rendre accessibles les œuvres capitales de l’humanité au plus grand nombre) ni de progrès dans la démocratie culturelle, au sens de Lang (le développement culturel du plus grand nombre par le recours à une médiation généralisée)».

Pour les chercheurs américains, poursuit André Courchesne, «il existe un parallèle entre la baisse de fréquentation des lieux d’art et la baisse du tiers de l’éducation musicale chez les jeunes et de presque la moitié de l’apprentissage des arts visuels entre 1982 et 2008. Qui plus est, ces chercheurs croient que l’apprentissage artistique est un véritable facteur de mobilité sociale, car il permet aux enfants de manier des symboles et donc de maîtriser des codes sociaux, ce qui favorise leur succès social».

M. Courchesne a lui-même fait sa thèse de doctorat sur les publics du théâtre jeunesse de la Maison Théâtre à Montréal. Il a découvert que plus de 90 % des abonnés étaient des mères ou des grands-mères. Cependant, dans la salle, de nombreux hommes accompagnent leurs enfants ou petits-enfants. «C’est important que la culture ne soit pas seulement l’affaire des femmes. Il s’effectue une magnifique transmission père-fils ou père-fille dans de telles sorties, dont l’assise est le plaisir et le partage.»

Myriam Lemonchois s’enthousiasme de son côté pour les activités culturelles qui permettent à un artiste, un auteur ou un organisme culturel de monter un projet avec les élèves dans les classes. De telles initiatives peuvent s’échelonner dans le temps et allient la rencontre avec l’artiste et une réalisation artistique. C’est l’idéal.

«À l’école primaire, les enfants sont souvent très motivés. Il faut veiller à ce que cette curiosité ne se dissipe pas, en la nourrissant», plaide Mme Lemonchois.

Article paru dans Le Devoir du 5 juin 2016.