Brexit : l’Union européenne doit aller de l’avant

  • Forum
  • Le 22 juin 2016

  • Martin LaSalle
Ex-ambassadrice du Canada en Allemagne et diplômée en science politique de l’UdeM, Marie Bernard-Meunier a animé les échanges entre Pierre Moscovici (au centre) et Enrico Letta (à droite).

Ex-ambassadrice du Canada en Allemagne et diplômée en science politique de l’UdeM, Marie Bernard-Meunier a animé les échanges entre Pierre Moscovici (au centre) et Enrico Letta (à droite).

Crédit : Isabelle Fexa

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Brexit : quel que soit le résultat du référendum, l’Union européenne doit aller de l’avant, selon Enrico Letta et Pierre Moscovici, qui participaient à une conférence organisée par le CERIUM.

Quel que soit le résultat du référendum en Grande-Bretagne quant à son alliance avec l’Union européenne, il faut aller de l’avant afin qu’elle continue à jouer son rôle dans l’ordre mondial.

C’est l’essence du message qu’a livré Enrico Letta, doyen de l'École des affaires internationales de Sciences Po (campus de Paris) et ancien premier ministre italien, au cours d’une conférence sur l’avenir de l’Europe où il partageait la tribune avec Pierre Moscovici, commissaire européen et ancien ministre de l’Économie, des Finances et du Commerce extérieur de la France.

Tenue le 14 juin à l’occasion de la 22e Conférence de Montréal, la rencontre était conjointement organisée par Sciences Po Paris, le Centre d’études et de recherches internationales de l’UdeM (CERIUM) et le Centre d’excellence sur l’Union européenne – qui est piloté par l’Université de Montréal et l’Université McGill.

Les deux conférenciers ont plaidé pour «plus de leadership en Europe» en soutenant que le problème de l’Union européenne n’est «pas lié aux dirigeants actuellement au pouvoir, mais à leur capacité à croire en l’Europe».

Pierre Moscovici et Enrico Letta estiment que les fondations de l’Union européenne «ont été ébranlées» par la crise financière et la crise des réfugiés, qui sont, selon eux, «les deux pires crises que l’Europe ait connues depuis la Seconde Guerre mondiale».

Or, c’est dans la gestion de ces crises que l’Europe a prouvé sa nécessité, puisque «aucun État n’aurait pu surmonter ces crises tout seul : les gouvernements européens se sont dotés d’outils permettant de faire face à la crise financière et ils sont en train de faire la même chose pour affronter la crise des réfugiés, a affirmé Enrico Letta. C’est la vitesse à laquelle ces deux crises se sont succédé qui a rendu les choses particulièrement compliquées, mais l’Europe est en train d’en tirer des enseignements».

Cette conférence se déroulait quelques jours avant le référendum sur le maintien de la Grande-Bretagne dans l’Union européenne. Exprimant le souhait que le pays demeure au sein de l’Union, MM. Moscovici et Letta considèrent que si les tenants du retrait devaient gagner, «ce serait un terrible revers pour l’Union européenne, mais cela n’entraînerait pas d’effet domino en Europe».

«Quoi qu’il arrive concernant le Brexit, il n’y a qu’une solution : aller de l’avant. Si nous n’allons pas de l’avant, nous deviendrons insignifiants dans le nouvel ordre mondial», a conclu Enrico Letta.

 

Le monde entre chaos et éclatement

Deux jours après cette conférence, le Centre d’études et de recherches internationales (CERI) Sciences Po et le CERIUM ont organisé une table ronde à l’UdeM sur le thème «Entre chaos et éclatement : le monde en 2016». Celle-ci a permis d’avoir un aperçu de ce qui, à brève échéance, se produira dans trois importantes régions du monde, à savoir le Proche-Orient, l’Afrique et l’Occident.

Essentiellement, Alain Dieckhoff, du CERI Sciences Po, s’est dit peu optimiste quant à l’évolution globale du système international au Proche-Orient. Selon lui «le désordre profond qui y règne depuis le printemps 2011 ne va pas s’estomper sous peu».

En effet, le retrait des Américains du territoire a provoqué une «anarchie déstabilisatrice» qui se poursuivra encore longtemps. M. Dieckhoff juge qu’il est «impérieux de reconstruire les États» qui ont été disloqués, car «ils sont un facteur de stabilisation : on s’est bercé d’illusions avec l’ère postnationaliste, mais il faut réaffirmer les logiques étatiques».

Pour sa part, le professeur Lee Seymour, du Département de science politique de l’UdeM, a dit observer une diminution des violences politiques sur le continent africain. «Les crises djihadistes font écran au déclin remarquable de la violence politique depuis deux ou trois ans», a-t-il affirmé.

Après l’année 2006, «qui a été terrible pour plusieurs pays africains, dont la République démocratique du Congo et le Soudan, les conflits dans leur ensemble se sont amoindris, possiblement en raison de l’efficacité des opérations de maintien de la paix», a avancé M. Seymour.

Affiliée au CERIUM, Valérie Amiraux a pour sa part indiqué que l’Occident allait demeurer un terrain fertile pour les chercheurs en science politique, particulièrement avec le phénomène de la radicalisation.

Elle s’est dite préoccupée par «la difficulté de plus en plus grande d’avoir des discussions publiques civilisées», déplorant l’assassinat de la députée britannique proeuropéenne Jo Cox survenu le jour même.

«La violence est une expression physique et émotionnelle qui empêche d’avoir des discussions sereines, a fait valoir Mme Amiraux. Et nous manquons de réflexivité, car les récits qu’on nous présente sur les tueries d’Orlando, de Paris ou en Angleterre ont pour effet d’alimenter la radicalisation.»

Coopération accrue entre Sciences Po Paris et l’UdeM

Enfin, ces deux activités visaient à souligner la création de la Chaire CERI-CERIUM en études internationales, grâce à laquelle des chercheurs pourront réaliser un projet d’étude.

«Cette chaire franco-québécoise sera axée sur la recherche et sur la formation d’une relève scientifique aux cycles supérieurs, a mentionné Tania Saba, doyenne par intérim de la Faculté des arts et des sciences de l’Université de Montréal. Cette initiative s’inscrit dans le prolongement des relations qui existent déjà entre le Département de science politique de l’UdeM et Sciences Po Paris, notamment par le biais d’échanges entre collègues et l’accueil de chercheurs de part et d’autre.»

La nouvelle chaire sera dirigée par des cotitulaires issus des deux établissements et permettra d’accroître la mobilité étudiante, d’encadrer des doctorants, d’intensifier le rayonnement de la recherche ainsi que la collaboration en matière de stage de recherche en études internationales.