Schizophrénie et violence seraient liées à un dysfonctionnement du cerveau

«Dans les faits, un faible pourcentage de personnes qui souffrent de schizophrénie peuvent présenter des comportements violents envers leur environnement. Nous avons cherché à savoir si ces manifestations de violence sont causées par un dysfonctionnement de certaines fonctions cérébrales liées à la gestion des émotions.»

«Dans les faits, un faible pourcentage de personnes qui souffrent de schizophrénie peuvent présenter des comportements violents envers leur environnement. Nous avons cherché à savoir si ces manifestations de violence sont causées par un dysfonctionnement de certaines fonctions cérébrales liées à la gestion des émotions.»

Crédit : IStock.

En 5 secondes

Une étude révèle que les personnes atteintes de schizophrénie qui ont des antécédents de violence présentent un dysfonctionnement des fonctions cérébrales liées aux émotions négatives.

Les personnes atteintes de schizophrénie qui ont des antécédents de violence présentent un dysfonctionnement des fonctions cérébrales liées aux émotions négatives qui n’est pas observé chez la majorité des gens souffrant de cette maladie. Ces constats découlent d’une étude réalisée par des chercheurs de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal (CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal) et de l’Université de Montréal dont les résultats viennent d’être publiés dans Neuropsychiatric Disease and Treatment.

«Il est faux d’associer schizophrénie et violence, rappelle le Dr Alexandre Dumais, psychiatre à l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal et à l’Institut Philippe-Pinel de Montréal et l’un des auteurs principaux de l’article. Dans les faits, un faible pourcentage de personnes qui souffrent de schizophrénie peuvent présenter des comportements violents envers leur environnement. Nous avons cherché à savoir si ces manifestations de violence sont causées par un dysfonctionnement de certaines fonctions cérébrales liées à la gestion des émotions.»

L’objectif de cette étude était de trouver les régions du cerveau qui présentent des altérations (détectées par l'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle) lors d'une tâche associée à une émotion chez des hommes atteints de schizophrénie. «Bien que les personnes violentes en général aient des problèmes de gestion des émotions négatives, il n'y a que peu d'études de neuro-imagerie fonctionnelle qui ont examiné le traitement des émotions chez les hommes souffrant de schizophrénie ayant des antécédents de violence», affirme Stéphane Potvin, coauteur de l’étude, chercheur à l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal et professeur agrégé au Département de psychiatrie de l’Université de Montréal.

L’équipe de recherche a présenté à 60 hommes des images émotionnelles à connotation positive, négative et neutre. L’échantillon était composé de 20 participants atteints de schizophrénie avec des antécédents de violence grave (meurtre, tentative de meurtre, voie de fait avec lésions, menaces de mort avec une arme, etc.), de 19 hommes atteints de schizophrénie sans antécédents de violence et de 21 individus qui ne souffraient d’aucune maladie mentale.

Résultats

Les chercheurs ont observé un dysfonctionnement au sein de plusieurs régions du cerveau impliquées dans le traitement des émotions chez les participants qui avaient des comportements violents. Concrètement, ils ont constaté, chez ces participants, une augmentation spécifique du cortex cingulaire antérieur, des gyrus lingual et précentral gauche en réponse à des images négatives. Puisque ces régions du cerveau sont impliquées dans la gestion des émotions, ces résultats indiquent un dysfonctionnement spécifique dans le traitement des émotions négatives et, possiblement, un indice de risque de comportement violent.

«Pour conclure officiellement que l’activation du cortex cingulaire antérieur explique les comportements violents des gens atteints de schizophrénie, il faudrait également étudier les personnes qui ont des antécédents de violence et qui n’ont pas de maladie mentale», explique le Dr Dumais. «Néanmoins, cette étude pousse à se demander si les manifestations de violence chez une minorité de personnes atteintes de schizophrénie ne sont pas dues à des facteurs extérieurs à la maladie mentale comme telle», conclut Stéphane Potvin.

À propos de cette étude

Source : Tikàsz, A., S. Potvin, O. Lungu, C. C. Joyal, S. Hodgins, A. Mendrek et A. Dumais. «Anterior cingulate hyperactivations during negative emotion processing among men with schizophrenia and a history of violent behavior», Neuropsychiatric Disease and Treatment, vol. 12, juin 2016. doi : dx.doi.org/10.2147/NDT.S107545.

Alexandre Dumais est chercheur et psychiatre à l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal (CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal) et à l’Institut Philippe-Pinel de Montréal.

Stéphane Potvin est chercheur à l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal (CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal) et titulaire de la Chaire Eli Lilly Canada de recherche en schizophrénie. Il est également professeur sous octroi agrégé au Département de psychiatrie de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal.

À propos du CIUSSS de l'Est-de-l'Île-de-Montréal

Le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de l'Est-de-l'Île-de-Montréal (CIUSSS-Est) regroupe l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont, l'Hôpital Santa Cabrini, l'Institut Canadien-Polonais du Bien-Être et l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal, de même que les centres de santé et de services sociaux de Saint-Léonard et de Saint-Michel, de la Pointe-de-l'Île et Lucille-Teasdale. Affilié à l'Université de Montréal, le CIUSSS-Est conjugue les missions d'enseignement, d'évaluation et de recherche avec la formation de médecins et professionnels de la santé.

Ressources pour les médias

  • Catherine Dion
    Institut universitaire en santé mentale de Montréal
    Tél: 514 251-4000 p. 2986
  • Julie Gazaille
    Université de Montréal
    Tél: 514 343-6796