Une découverte pourrait mener au traitement de la dégénérescence maculaire

  • Forum
  • Le 12 juillet 2016

  • Martin LaSalle
Quand il y a une inflammation chronique, il y a une accumulation des macrophages qui alimentent l’inflammation et suscitent la production d’autres macrophages. C’est une réaction en chaîne.

Quand il y a une inflammation chronique, il y a une accumulation des macrophages qui alimentent l’inflammation et suscitent la production d’autres macrophages. C’est une réaction en chaîne.

Crédit : Thinkstock.

En 5 secondes

Huy Ong, de la Faculté de pharmacie de l’UdeM, a découvert de nouvelles molécules qui pourraient permettre de traiter la dégénérescence maculaire liée à l’âge ainsi que l’athérosclérose.

Le professeur Huy Ong, de la Faculté de pharmacie de l’Université de Montréal, a découvert une nouvelle classe de molécules qui pourrait permettre de traiter la dégénérescence maculaire liée à l’âge ainsi que l’athérosclérose.

Les molécules sont à ce point prometteuses qu’une entreprise, pour laquelle l’UdeM possède les droits de propriété intellectuelle, a récemment été créée afin de poursuivre les études précliniques et cliniques en vue de leur commercialisation dans le traitement de ces deux maladies, une première dans le monde universitaire!

La dégénérescence maculaire sèche liée à l’âge et l’athérosclérose sont deux affections ayant une composante d’inflammation chronique, l’une dans la rétine et l’autre dans les vaisseaux sanguins.

Comme c’est parfois le cas de certaines grandes découvertes, c’est par hasard que M. Ong a abouti sur cette piste vierge et inattendue. En effet, depuis la fin des années 90, il se consacrait à l’étude d’une classe de peptides synthétiques aptes à stimuler la sécrétion de l’hormone de croissance. Chemin faisant, il a observé que les molécules étudiées étaient dotées d’autres propriétés conduisant à la réduction des lésions athérosclérotiques.

Quinze années de recherche

Le chercheur insiste pour dire que plusieurs conditions sont nécessaires à l’aboutissement d’une telle découverte, à commencer par l’interdisciplinarité de l’équipe de recherche. Il loue le travail de ses collègues de l’UdeM William Lubell, du Département de chimie, Sylvain Chemtob, professeur à la Faculté de médecine et aussi rattaché au Centre de recherche du CHU Sainte-Justine et à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, et Sylvie Marleau, professeure à la Faculté de pharmacie.

«Le défi est d’aller chercher les bons collaborateurs et de les convaincre de l’intérêt des travaux», indique M. Ong en ajoutant, heureux, qu’il a noué une belle amitié avec MM. Chemtob et Lubell au fil du temps.

Deuxième condition : avoir du temps. «L’innovation, ça ne se fait pas en six mois», rappelle M. Ong.

La troisième est l’aide des organismes publics. «Sans le soutien indispensable des agences de financement public en recherche fondamentale, nous n’aurions jamais pu arriver à cette découverte.»

Huy Ong a tenu à souligner l’apport des Instituts de recherche en santé du Canada, de la Fondation des maladies du cœur et de l’AVC et du ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation du Québec, qui ont contribué à financer ses travaux depuis près de deux décennies.

Les travaux du professeur Ong et de ses collègues ont intéressé le fonds de capital de risque AmorChem dès 2012. Celui-ci a alors conclu une entente de recherche avec Univalor visant la mise au point d’un médicament contre la forme sèche de la dégénérescence maculaire liée à l’âge et son état avancé, l’atrophie géographique, lesquelles mènent à la perte de la vision centrale et à la cécité.

En juin dernier, une entreprise a donc été constituée par AmorChem. La société a été baptisée Mperia, «M» pour «macrophages» et «Peria» pour peripherial action.

«C’est une première à la Faculté de pharmacie de l’UdeM, se réjouit Huy Ong, qui assume la direction scientifique de la nouvelle entité. Il s’agit d’un partenariat commercial grâce auquel une partie des retombées éventuelles de la commercialisation d’un traitement thérapeutique reviendra à l’Université de Montréal.»

Effet inhibiteur sur la réponse inflammatoire

Plus précisément, M. Ong a découvert que le récepteur cellulaire (le CD36) présent dans différents tissus, notamment dans les cellules macrophages, joue un rôle de modulateur de l’activité antiathérosclérotique.

Lorsqu’il y a inflammation locale, le système immunitaire est activé par la migration des monocytes vers les sites de l’inflammation : ces monocytes se transforment ensuite en macrophages et amplifient la réponse inflammatoire. Quand il y a une inflammation chronique, il y a une accumulation des macrophages qui alimentent l’inflammation et suscitent la production d’autres macrophages. C’est une réaction en chaîne.

«La particularité des molécules que nous avons synthétisées, les azapeptides, réside dans le fait qu’elles agissent comme des molécules sélectives du récepteur CD36 exprimé dans les macrophages, mentionne M. Ong. Les azapeptides inhibent la réponse inflammatoire tant au niveau sous-rétinien, dans le cas de la dégénérescence maculaire, qu’au niveau de la paroi interne des vaisseaux sanguins, dans le cas de l’athérosclérose. Il s’ensuit une réduction de l’accumulation des macrophages aux sites mentionnés et une modulation de la polarisation de ces macrophages vers un phénotype anti-inflammatoire», explique M. Ong.

Des appels de patients américains!

Il n’existe actuellement aucun traitement pour la dégénérescence maculaire liée à l’âge : l’accumulation de macrophages cause la destruction des photorécepteurs et mène à la perte de la vue.

«Je reçois fréquemment des appels de gens qui souffrent de dégénérescence maculaire, confie Huy Ong. Souvent, ce sont des Américains qui ont découvert mes travaux je ne sais de quelle manière, sans doute par Internet. Ils sont désespérés et ils sont prêts à participer à des études cliniques : nous n’en sommes pas rendus à cette étape, mais j’espère pouvoir contribuer un jour à trouver le remède.»