Simon Harel plonge dans les «ruines de l’université de demain»

Vue de l’entrée du projet d’aménagement sur le site du futur pavillon des sciences à Outremont.

Vue de l’entrée du projet d’aménagement sur le site du futur pavillon des sciences à Outremont.

En 5 secondes

Des universitaires pénètrent sur le site du futur complexe des sciences, sur le site de l’ancienne gare de triage d’Outremont, pour étudier «les ruines de l’université de demain».

Un café, un atelier d’artistes, un espace polyvalent et une agora sont actuellement en construction sur le site du futur pavillon des sciences, à Outremont. Ils intègrent huit conteneurs de bateau recyclés dont un sera installé de façon verticale afin de servir de «phare» aux installations qui accueilleront leurs premiers visiteurs dans quelques semaines. «L’objectif est de rassembler les communautés voisines pour brasser et faire tourner les idées», dit le résumé du projet «Le virage dans la cour», qui a gagné le concours architectural lancé le printemps dernier par le collectif Catalyseur d’imaginaires urbains.

C’est le projet des étudiants de la Faculté de l’aménagement Andrée-Anne Caron-Boisvert, Cloë A. Cousineau, Florence Goulet-Pelletier, Simone Dalla Rosa et Nelly Chriswell Manana qui a séduit le jury présidé par l’urbaniste Jonathan Cha. Inspiré de la «rotonde ferroviaire, infrastructure tournante servant au remisage des locomotives entre deux voyages», le projet des finissants est de forme circulaire pour s’ouvrir sur les «quatre arrondissements dynamiques et distinctifs de la ville de Montréal». On y assistera à des séances de cinéma en plein air; on pourra y danser, s’y entraîner et y fureter les jours de marché public. Les citoyens des environs seront invités à «enrichir le paysage végétal du site» dans le cadre d’une activité de jardinage collectif.

«Nous sommes à pied d’œuvre pour que tout soit prêt pour l’inauguration officielle dans la semaine du 19 septembre», commente le professeur Simon Harel, qui est au centre de cette initiative atypique avec Bruno Jobin, directeur de Montréal/Ville en mouvement. «Nous avons réussi tout un tour de force en bouclant ce projet en huit mois, recherche de financement et concours d’architecture inclus», mentionne le co-directeur Jobin.

Avec le fondateur du Laboratoire sur les récits du soi mobile et professeur au Département de littératures et de langues du monde, il s’est assuré de la présence de partenaires communautaires (Vrac Environnement, Singa Québec, Techno Culture Club, Eastern Bloc et la Maison de l’architecture du Québec) pour permettre aux universitaires de s'approcher du quartier où sera érigé son futur complexe des sciences. «L’Université de Montréal doit humaniser son insertion dans l’environnement habité; sinon elle participera passivement à la gentrification, indique Simon Harel. C’est pourquoi nous avons pensé à un projet permettant à des artistes, des universitaires et des citoyens de se côtoyer dès maintenant dans un site inspirant.»

Le «catalyseur d’imaginaires urbains» est une façon de plonger dans «les ruines de l’université de demain», comme M. Harel l’explique dans une vidéo réalisée avec Cynthia Noury, étudiante à la maîtrise à l’UQAM. On y a tourné de saisissantes images du futur campus universitaire et les deux intellectuels partagent leurs idées en voix off.

Artistes en résidence

C’est par la rue Atlantic que le public découvrira les installations qui, s’inscrivant dans la suite des projets éphémères, seront là pour au moins cinq ans. La ville de Montréal a subventionné ce projet à raison de 80 000 $; l’Université de Montréal apporte également un soutien matériel. M. Jobin ajoute que de nombreux partenaires ont accepté de participer à ce projet de façon bénévole. C’est le cas de la firme d’architectes Provencher/Roy, qui supervise les travaux d’étudiants.

En incluant les bénévoles, étudiants et partenaires, de 30 à 50 personnes participent actuellement à la mise en place du «Catalyseur d’imaginaires urbains». Des demandes pour du financement supplémentaire ont été acheminées auprès d’organismes subventionnaires fédéraux. Avec son laboratoire roulant qui sillonne les rues de Montréal à la recherche de récits de vie en voie de disparition, Simon Harel sera évidemment présent dans la rotonde dès la rentrée. Un des conteneurs est même conçu pour être déplacé avec la camionnette-studio. On prévoit y tenir des séminaires de cycles supérieurs dans le quartier Parc-Extension.

Mais à court terme, un élément du projet enthousiasme particulièrement M. Harel : l’arrivée prochaine de quatre  artistes en résidence qui seront sur place afin de produire des œuvres d’art liés aux imaginaires des quartiers entourant le site du Complexe Outremont. Le concours est  sous la responsabilité d’Erwan Geffroy, doctorant au  Département de littérature et de langues du monde. 47 artistes ont proposé leur candidature et le processus de sélection est en cours.