Comment préparer un athlète pour les Jeux olympiques? La recette de Wayne Halliwell

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  • Le 8 août 2016

  • Martin LaSalle
Au cours de sa fructueuse carrière, Wayne Halliwell a aidé de nombreux olympiens canadiens à mieux performer.

Au cours de sa fructueuse carrière, Wayne Halliwell a aidé de nombreux olympiens canadiens à mieux performer.

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

Le professeur Wayne Halliwell, de l’UdeM, est un pionnier de la psychologie sportive. Au cours de sa fructueuse carrière, il a aidé de nombreux olympiens canadiens à mieux performer.

Wayne Halliwell connaît la recette pour qu’un athlète de haut niveau performe à son meilleur lorsqu’il participe à une compétition aussi prestigieuse que les Jeux olympiques. Non seulement il la connaît, mais c’est lui qui – au cours des trois dernières décennies – l’a mise au point et raffinée pour des dizaines d’athlètes canadiens!

Professeur au Département de kinésiologie de l’Université de Montréal depuis 1976 – année où la Métropole accueillait la 21e Olympiade –, Wayne Halliwell est un pionnier de la psychologie sportive et de la préparation mentale et émotionnelle des athlètes de pointe.

«Lorsque j’ai pris part à mes premiers jeux en tant qu’accompagnateur, en 1984 à Los Angeles, un athlète ne consultait un psychologue que lorsqu’il éprouvait un problème de performance, tandis qu’aujourd’hui, la préparation mentale et émotionnelle est une pratique inhérente au développement de la performance», explique l’homme de 72 ans.

De fait, le rôle de ce qu’il convient désormais de nommer conseiller en performance mentale et émotionnelle est maintenant reconnu par les entraîneurs, qui font appel à eux pour accompagner leurs protégés tout au long de leur préparation.

Le triangle de la préparation

Pour chaque athlète qu’il accompagne, M. Halliwell conçoit la préparation en fonction de trois aspects «comme les trois côtés d’un triangle» : le physique, le mental et l’émotionnel.

À la base, un athlète de pointe doit posséder des aptitudes physiques et techniques «mais même en étant très doué, un athlète qui ne possède que ces aptitudes ne pourra pas se hisser parmi l’élite», explique-t-il.

L’athlète doit aussi se préoccuper de l’aspect mental de sa performance. Celui-ci est axé sur le contrôle du discours intérieur de l’olympien, sur les processus de visualisation, de concentration et de persévérance qui lui permettent d’atteindre ses objectifs.

Le côté émotionnel de l’entraînement repose, quant à lui, sur la fierté de l’athlète et sur l’amour qu’il voue à son sport.

Avant, pendant et après la compétition

Ainsi, avant une compétition, le conseiller en performance mentale et émotionnelle veille à aider à la fois l’entraîneur et l’athlète d’élite, afin que ce dernier aborde l’épreuve à venir avec un degré de confiance optimal.

«Nous l’aidons à se forger la certitude et l’assurance qu’il est prêt afin d’éliminer les tensions qui pourraient le distraire lorsqu’il concourra», précise le professeur Halliwell. On cherche à modifier le dialogue interne qui peut le perturber – je dois être bon, j’espère réussir, il faut que je gagne – par un dialogue de confiance en soi, par une liste de «je sais» - je sais que je suis prêt, que je suis en pleine forme, bien entraîné et que je peux profiter du moment présent.» Les techniques de respiration profonde font aussi partie de l’arsenal des outils visant à réduire le stress.

De sorte que lorsqu’arrive le jour de l’épreuve, l’athlète est autonome. «Il n’a plus besoin de nous, car il est conscient de son état d’esprit et il est en mesure de bien gérer sa performance, poursuit le spécialiste. Il est complètement absorbé, connecté avec lui-même et imprégné du moment présent : il n’anticipe pas le résultat, il ne vise qu’à donner le meilleur de lui-même car il est prêt!»

Puis, après la compétition, le conseiller en performance mentale et émotionnelle accompagne l’athlète dans l’analyse de sa performance. «Il doit ne ressentir aucun regret, car il a tout fait pour se rendre là où il est. Une compétition comme les Jeux olympiques est une occasion d’exprimer et de montrer son talent, qui va au-delà de la compétition sportive, car le sport n’est qu’un aspect de la personnalité d’une personne et il y a plusieurs ouvertures de carrière qui s’offrent à lui par la suite», explique Wayne Halliwell.

La satisfaction du coach

Wayne Halliwell se rappelle, entre autres, des années passées avec Bruni Surin. «Aux Jeux de Barcelone en 1992, il avait terminé au quatrième rang à l’épreuve du 100 mètres, échouant à cinq centièmes de seconde de la médaille de bronze, se remémore-t-il. Il était premier jusqu’à 40 mètres de l’arrivée, mais en se disant qu’il pouvait gagner, il s’est crispé…»

Le médecin de l’équipe a alors suggéré à Surin de faire appel à M. Halliwell pour l’aider à mieux gérer son stress. «En visionnant la vidéo de Barcelone, il a remarqué que contrairement à lui, le gagnant de la course, le Britannique Linford Christie, avait le visage détendu. Il a appris à se détendre et c’est ce qui lui a permis de gagner l’or aux JO d’Atlanta au relais 4X100 mètres.»

De même, il a conseillé le champion de ski acrobatique Alexandre Bilodeau. «Lorsqu’il est arrivé à Sotchi, les médias lui demandaient s’il pourrait répéter l’exploit de Vancouver et défendre son titre, se rappelle le professeur-coach. Moi je lui ai dit que là n’était pas la question : je lui ai rappelé qu’il allait tout simplement performer au bon moment. Alexandre a focalisé sur son processus de préparation mentale et émotionnelle et il a gagné : il n’a pas pensé à défendre son titre!»

Wayne Halliwell se dit fier de ce qu’il a accompli au cours des 40 dernières années. «Ma satisfaction ne vient pas des médailles qu’ont remportées les olympiens que j’ai conseillés, mais de la grande reconnaissance qu’ils m’ont tous témoignée au fil des ans», précise-t-il.

Le septuagénaire prendra sa retraite le 1er septembre prochain et demeurera professeur associé pour «assurer, au cours des prochaines années, la transition et la pérennité de l’excellence que nous avons établie dans notre programme de psychologie sportive : ce n’est pas un travail pour moi, c’est une passion!»

Et il ne s’arrête pas là : il conseille actuellement les sœurs Justine et Chloé Dufour-Lapointe, en vue des Jeux de Corée de 2018, lui qui les avait accompagnées avant qu’elles remportent respectivement l’or et l’argent à Sotchi, en ski acrobatique.

Comme quoi derrière tout champion, il y a sa famille, ses amis, son entraîneur et… son conseiller en performance mentale et émotionnelle!

Quelques olympiens qui ont bénéficié des conseils de Wayne Halliwell

  • Justine Dufour-Lapointe - Sotchi 2014 - or (ski acrobatique)
  • Chloé Dufour-Lapointe - Sotchi 2014 - argent (ski acrobatique)
  • Alexandre Bilodeau – Sotchi 2014 - or; Vancouver 2010 - or (ski acrobatique)
  • Antoine Valois-Fortier - Londres 2012 - bronze (judo)
  • Joannie Rochette - Vancouver 2010 - bronze (patinage artistique)
  • Jennifer Heil - Vancouver 2010 - argent; Turin 2006 - or (ski acrobatique)
  • Bruny Surin - Atlanta 1996 - or (athlétisme)