Bouger atténuerait le risque de mourir prématurément d’une consommation régulière d’alcool

  • Forum
  • Le 8 septembre 2016

  • Martin LaSalle


Boire plus de 20 consommations par semaine accroît de 20 % le risque de mort prématurée. Or, l’activité physique modérée et régulière (150 minutes par semaine) atténue ce risque.

Boire plus de 20 consommations par semaine accroît de 20 % le risque de mort prématurée. Or, l’activité physique modérée et régulière (150 minutes par semaine) atténue ce risque.

Crédit : Thinkstock

En 5 secondes

Être modérément actif peut permettre d’atténuer les effets néfastes d’une consommation régulière d’alcool, dont le risque de mourir prématurément d’un cancer.

L’activité physique modérée permet d’atténuer certains effets néfastes d’une consommation régulière d’alcool, dont le risque de mourir prématurément d’un cancer ou d’autres causes qui peuvent en découler.

C’est ce que met en lumière la doctorante Karine Perreault, de l’École de santé publique et de l’Institut de recherche en santé publique de l’Université de Montréal, dans une étude épidémiologique qu’elle a menée à partir d’une banque de données de 36 370 personnes de 40 ans et plus vivant en Angleterre et en Écosse. L’étude vient d’être publiée dans le British Journal of Sports Medicine1.

Les résultats obtenus par Mme Perreault indiquent d’abord qu’il existe un risque de mort prématurée même lorsqu’une personne s’en tient aux quantités d’alcool qu’ont recommandées les autorités britanniques en 2015, qui correspondent aux États-Unis et au Canada à moins de 12 consommations standards par semaine pour les hommes et à moins de 8 pour les femmes.

Ainsi, même quand elles respectent ces seuils, le risque de mourir prématurément attribuable à la consommation d’alcool, parmi les personnes sédentaires, est 16 % plus élevé que chez celles n’ayant jamais bu d’alcool. Comparativement à ces dernières, celles qui boivent de façon «hasardeuse» (de 12 à 28 consommations par semaine pour les hommes et de 8 à 20 pour les femmes) affichent un risque accru de 20 %. Au-delà de ces seuils, le risque est supérieur de 58 %.

«Les seuils de consommation utilisés pour l’étude sont légèrement en deçà des seuils de consommation d’alcool à faible risque établis au Québec, précise Mme Perreault2. Les seuils d’Éduc’alcool sont de moins de 15 consommations standards par semaine pour les hommes et de moins de 10 pour les femmes. Si nous avons opté pour les seuils britanniques, c’est que les personnes de notre étude viennent du Royaume-Uni.»

Bouger plus pour vivre mieux plus longtemps

Lorsqu’elle a tenu compte du degré d’activité physique des participants, Karine Perreault a constaté une diminution du risque de décès prématuré chez les gens actifs.

Le risque de mortalité toutes causes confondues est réduit jusqu’au niveau de consommation d’alcool nommé «hasardeux» chez les gens qui suivent les recommandations de 150 minutes d’activité physique d’intensité modérée sur une base hebdomadaire. «Cela signifie que, chez les gens actifs, ceux qui consomment de l’alcool jusqu’à un niveau hasardeux courent un risque analogue de mort prématurée à celui des individus qui n’ont jamais consommé d’alcool de leur vie», explique Mme Perreault.

Le risque de mourir d’un cancer est lui accentué de 47 % chez les sédentaires dont la consommation d’alcool respecte les recommandations. Chez les sédentaires qui boivent de façon hasardeuse, ce risque est accru de 52 %. Pour ceux qui boivent plus de 28 consommations par semaine et ceux qui en prennent plus de 20, le risque de mourir du cancer est supérieur de 87 %!

«Ces résultats montrent qu’il y a une relation dose-réponse, c’est-à-dire que plus on boit d’alcool, plus le risque de mourir prématurément du cancer augmente», dit Karine Perreault.

Par contre, de la même façon que pour la mortalité toutes causes confondues, le risque de mortalité lié au cancer était considérablement atténué chez les gens actifs.

Comment expliquer que l’activité physique diminue les effets néfastes de la consommation régulière d’alcool?

«Nous constatons que l’activité physique et la consommation d’alcool agissent sur les mêmes mécanismes, mais en sens inverse, note la doctorante. Par exemple, on sait que l’alcool peut, en partie du moins, provoquer la mort en raison du stress oxydatif qu’il entraîne et qu’en parallèle l’activité physique abaisse ce stress oxydatif. Il en est de même pour le système immunitaire : l’alcool l’affaiblit tandis que bouger le renforce.»

Effet protecteur limité

Les résultats auxquels est parvenue la doctorante de l’UdeM ne signifient pas qu’on peut boire de l’alcool autant qu’on le désire dans la mesure où l’on est physiquement actif.

«Les données indiquent clairement que l’effet protecteur de l’activité physique contre l’alcool a ses limites, au-delà d’un certain seuil de consommation», avertit l’auteure principale de l’étude.

«On ne suggère pas de boire plus, mais plutôt de bouger davantage, insiste celle qui est récemment revenue d’un séjour d’un an à l’Université de Sidney, en Australie. Il n’y a pas de consommation d’alcool sans risque et, si l’on boit beaucoup, les effets nocifs persistent même si l’on bouge modérément, sans compter le risque de dépendance.»

Cette recherche s’ajoute à un vaste éventail d’études qui démontrent les bienfaits de l’activité physique. «Si notre étude peut encourager les gens à bouger, c’est tant mieux, conclut Karine Perreault. Mais il ne faut pas oublier aussi que, si nous voulons que les gens bougent davantage, il faut leur offrir un environnement qui facilite la pratique régulière de l’activité physique, comme l’aménagement de pistes cyclables sécuritaires ou la revitalisation de parcs.»

Notes

1. K. Perreault, et autres, Does physical activity moderate the association between alcohol drinking and all-cause, cancer and cardiovascular diseases mortality? A pooled analysis of eight British population cohortsBritish Journal of Sports Medicine, vol. 50, no 18, septembre 2016.

2. Les recommandations britanniques en matière de consommation d’alcool ont été révisées en janvier 2016. Il est maintenant conseillé tant aux hommes qu’aux femmes de prendre moins de 8 consommations standards américaines par semaine. Ces modifications ont été motivées en partie par les nouvelles connaissances quant au risque de cancer associé à la consommation d’alcool.