Mitig en fête!

Pour la Semaine autochtone de l'UdeM, des Innus de l'Institut Tshakapesh ont installé leur grande tente, un shaputuan en langue innue, au-dessus du stationnement Louis-Colin.

Pour la Semaine autochtone de l'UdeM, des Innus de l'Institut Tshakapesh ont installé leur grande tente, un shaputuan en langue innue, au-dessus du stationnement Louis-Colin.

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

Des festivités autochtones ont lieu à l’Université à l’occasion de la 2e édition de la Semaine autochtone.

Après une rentrée sous le tipi et un pow-wow, les festivités autochtones se poursuivent à l’Université de Montréal avec la tenue de la 2e édition de la Semaine autochtone.

Nommé Mitig, qui signifie «arbre» en algonquin, cet évènement vise à célébrer le patrimoine, la culture et la contribution uniques des Premières Nations. «La métaphore, trouvée par une étudiante algonquine, symbolise à la fois l’enracinement des étudiants autochtones à l’Université et la volonté de voir grandir la présence autochtone au sein de notre établissement», mentionne Marie-Pierre Bousquet, professeure au Département d’anthropologie de l’UdeM et instigatrice de la Semaine autochtone.

La cérémonie d’ouverture aura lieu le 19 septembre, à 9 h 30, en présence d’Évelyne St-Onge, une des fondatrices de Femmes autochtones du Québec et coordonnatrice de la Rencontre Québécois-Autochtones «Sous le shaputuan» de l’Institut Tshakapesh, de l’artiste Paul Blacksmith, qui jouera pour l’occasion du tambour, de Mélodie Jourdain-Michel, agente de liaison innue du Salon Uatik, du recteur de l’UdeM, Guy Breton, ainsi que de plusieurs autres représentants de communautés autochtones et membres de la communauté universitaire. Les discours seront suivis d’une dégustation de baniques, des pains sans levure qui font encore partie de l’alimentation quotidienne des autochtones, et de chicoutés, aussi appelées «plaquebières», des petits fruits riches en vitamine C qui poussent sur la Côte-Nord.

Pour l’occasion, des Innus de l’Institut Tshakapesh ont installé leur grande tente, un shaputuan en langue innue, au-dessus du stationnement Louis-Colin, situé en face du pavillon Roger-Gaudry. C’est sous cet abri amérindien qu’auront lieu, du 19 au 22 septembre, la majorité des activités culturelles et d’enseignement mises sur pied afin de sensibiliser la communauté universitaire et les Montréalais des quartiers environnants aux cultures, aux traditions et à la réalité actuelle des autochtones.

Au programme, entre autres, des danses et des chants traditionnels, des ateliers sur la langue innue, la spiritualité, les traditions et la culture des Innus. Figurent également au menu des conférences, un souper traditionnel et des témoignages d’étudiants qui ont participé au projet des miniécoles de la santé dans des communautés innues de la Côte-Nord. Un spectacle de l’artiste, compositeur et interprète Shauit, qui fera vibrer le campus au rythme de sa musique à saveur reggae, pop et dancehall, conclura ce deuxième Mitig.

Ces activités de l’Institut Tshakapesh sont organisées en collaboration avec les membres du groupe d’intérêts Ok8APi (cercle autochtone de l’UdeM), du Salon Uatik des étudiants autochtones et la direction du programme en études autochtones.

Marie-Pierre Bousquet, professeure au Département d’anthropologie et instigatrice de la Semaine autochtone de l’UdeM.

Crédit : Amélie Philibert

Les autochtones, une priorité institutionnelle

«Il y a actuellement une grande effervescence à l’Université pour tout ce qui concerne les autochtones. C’est une priorité institutionnelle et beaucoup d’efforts sont déployés afin de favoriser le rapprochement», se réjouit Marie-Pierre Bousquet, qui travaille depuis près de deux décennies avec des communautés autochtones dans le cadre de ses travaux de recherche. Mme Bousquet veille aujourd’hui à favoriser le transfert des connaissances de la recherche et l’échange de savoirs avec différents groupes algonquiens pour que cela puisse bénéficier aux jeunes générations, tant amérindiennes que québécoises.

«C’est exceptionnel! Jusqu’à tout récemment, on avait l’impression que les questions autochtones n’avaient pas un grand intérêt pour la communauté universitaire – ce qui n’est pas forcément vrai, puisqu’il y avait beaucoup de professeurs qui s’y intéressaient –, mais on n’avait pas de regroupement visible ni de semaine autochtone à l’UdeM», raconte la chercheuse.

Mme Bousquet a conçu un programme de premier cycle en études autochtones. Lancé l’année dernière, il met à contribution les savoirs et l’expertise des autochtones. Par exemple, les professeurs invitent dans leurs cours des conférenciers amérindiens, inuits et métis; ils projettent des films pour faire entendre la voix de ceux et celles dont il est question. «L’idée est d’éviter à tout prix de se poser en détenteurs des vérités sur les autochtones en étant plutôt des courroies de transmission des savoirs partagés par les autochtones», indique Marie-Pierre Bousquet, qui souligne avoir reçu un soutien considérable pour la mise en œuvre du programme.

«Tout était à faire, mais tout le monde, autant du côté de l’administration et des professeurs que des étudiants, y compris les étudiants autochtones, a mis la main à la pâte. L’élan a été collectif, dit-elle. Ainsi, un groupe d’étudiants a mis sur pied le cercle autochtone Ok8APi, qui signifie “être assis ensemble” en algonquin; des professeurs qui donnaient des cours plus généraux ont créé de nouveaux cours et l’administration a instauré une option d’auto-identification des étudiants autochtones dans les demandes d’admission.»

On ne connaît pas le nombre exact d’étudiants autochtones inscrits à l’Université, puisque l’identification se fait sur une base volontaire, mais on estime qu’ils sont actuellement une vingtaine. L’UdeM peut en tout cas se vanter de compter parmi ses diplômés autochtones le Dr Edward Cree, le Dr Stanley Vollant et l’anthropologue et muséologue Nicole O’Bomsawin. «Le défi reste d’atteindre les communautés autochtones pour les informer de l’offre de services culturellement adaptés qui sont mis en place à l’Université», conclut Marie-Pierre Bousquet.

Soirée de partage sur les miniécoles de la santé

«Le projet de miniécoles fut pour moi l'occasion de participer au processus de changement d'attitude des Canadiens et des Québécois envers les communautés autochtones.» Ce commentaire d’une étudiante de l’École de travail social témoigne que les réalités autochtones sont encore trop souvent méconnues.

Les miniécoles de la santé, mises sur pied en 2011 par le Dr Stanley Vollant et soutenues par le Groupe d’intérêt en santé autochtone (GISA), visent à changer la donne. Des activités sont ainsi organisées dans les écoles primaires et secondaires de différentes communautés autochtones du Québec, où les étudiants de l’UdeM inscrits dans les programmes de santé et de services sociaux peuvent aller rencontrer les élèves. À ce jour, des centaines d’étudiants et de professeurs ont vécu cette expérience enrichissante.

À l’occasion d’une soirée de partage préparée par le GISA, des étudiants qui ont participé en juin dernier à une miniécole raconteront leur séjour d’une semaine au sein de communautés innues de la Côte-Nord.

Soulignons que la mission des miniécoles est de promouvoir la persévérance scolaire et les saines habitudes de vie chez les jeunes autochtones du Québec et de leur faire connaître les professions de la santé. Le projet vise également à soutenir le développement de la compétence culturelle des étudiants en sciences de la santé et à leur permettre de découvrir les réalités autochtones.

La soirée de partage du GISA aura lieu le mardi 20 septembre de 18h à 20h sous le shaputuan.

Un salon pour les étudiants autochtones

Le local B-2363 du 3200, rue Jean-Brillant est un lieu chaleureux, mais méconnu de la communauté universitaire. C’est là que se trouve le Salon Uatik (terme qui signifie «tanière» en innu) des étudiants autochtones de l’Université de Montréal. Les étudiants non autochtones sont chaleureusement accueillis, mais, par respect, ils doivent attendre d’y être invités.

«C’est un espace de rencontres, d’activités, de détente et de travail qui se veut un lieu d’accueil favorisant la socialisation, le réseautage et une insertion réussie au sein de la communauté de l’UdeM. Les étudiants autochtones peuvent par exemple y prendre leurs repas, s’y reposer, se recueillir, discuter, recevoir du mentorat linguistique et scolaire et tenir des activités culturelles», explique la directrice du programme d’études autochtones, Marie-Pierre Bousquet.

C’est à la demande de la professeure du Département d’anthropologie que la Faculté des arts et des sciences a mis sur pied ce salon. Grâce à une subvention du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, il a ainsi été possible de proposer des services culturels adaptés aux besoins des étudiants des Premières Nations, des Inuits et des Métis. Inauguré en septembre 2015, le Salon Uatik compte désormais une personne-ressource chargée de faire le pont entre les multiples services offerts à l’Université et les responsables de ces services. Mélodie Jourdain-Michel, une diplômée innue, agit à titre d'agente de liaison et de soutien à la réussite auprès des étudiants autochtones à l'UdeM. Anna Mapachee et Jimmy Simeon, étudiants issus des communautés respectivement de Pikogan et de Mashteuiatsh, en sont les animateurs culturels à temps partiel.

Le saviez-vous?

• La Constitution canadienne reconnaît trois peuples autochtones : les Amérindiens ou Premières Nations, les Inuits et les Métis, qui représentent en tout environ de 4 à 5 % de la population du pays.

• Au Québec, il y a 11 peuples autochtones, soit 10 nations amérindiennes et la nation innuite au Nunavik. Ils comptent officiellement pour 1,5 % de la population.

• Sur le plan international, on estime que 350 millions de personnes, qui forment 5000 peuples, peuvent être considérées comme autochtones, et ce, sur tous les continents.

 

Source : document de Marie-Pierre Bousquet, Pour que les Autochtones prennent leur place à l’UdeM.