La perte de l’identité: un dénominateur commun chez les jeunes suicidaires

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  • Le 23 septembre 2016

  • Martin LaSalle
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Selon un doctorant de l’UdeM, le sentiment de non-existence habite tous les jeunes adultes qui songent ou ont pensé au suicide, qu’ils soient de sexe féminin ou de sexe masculin.

Selon de récentes statistiques compilées en 2013, les cas de suicide chez les jeunes hommes au Canada sont trois fois plus fréquents que chez les jeunes femmes. S’il est connu qu’il existe des différences de genre quant aux motifs poussant les jeunes à commettre l’irréparable, il en est un qui serait commun à tous, selon l’approche des neurosciences : la perte de l’identité ou le sentiment de non-existence.

C’est ce qu’a soutenu Robert Louis, étudiant au doctorat en sciences humaines appliquées à la Faculté des arts et des sciences de l’Université de Montréal, qui a présenté ses travaux de recherche au 3e Congrès mondial sur la résilience, tenu à Trois-Rivières au mois d’août.

«Les neurosciences, qui s’intéressent au système nerveux sous toutes ses formes, nous permettent de mieux voir ce qui se passe dans le cerveau : nous commençons à mieux expliquer pourquoi le cerveau produit des pensées qu’on ne peut prévenir, et le sentiment de non-existence est une piste qui apparaît comme dénominateur commun, peu importe le genre», spécifie M. Louis.

Des études ont déjà mis en lumière que, chez les hommes de 18 à 25 ans, les idées suicidaires découlaient souvent de problèmes d’ordre psychiatrique, dont la dépression majeure diagnostiquée et la schizophrénie.

Chez les femmes de la même tranche d’âge qui ont connu des épisodes suicidaires, 75 % avaient été victimes d’agressions sexuelles dans l’enfance.

«Mais ce qu’il y a de central chez tout suicidaire, à travers le passage à l’acte, c’est une forte impression que son identité n’est pas reconnue par les gens de son entourage, indique Robert Louis. Chez le jeune homme dépressif, cela se traduit par la perception de ne compter pour personne, tandis que la jeune femme qui a été agressée sexuellement tôt dans la vie éprouve une sensation profonde de perte de sa corporéité, c’est-à-dire de son existence corporelle.»

Le sentiment de non-existence serait aussi commun aux jeunes qui sont incarcérés pour différents délits. «Scientifiquement, nous savons que les tentatives de suicide surviennent majoritairement soit au début, soit à la fin de l’incarcération parce que ce sont des moments où la perte de l’identité est la plus forte», ajoute-t-il.

Dans la tête de ces jeunes, qui à tort ou à raison ont l’impression de ne compter pour personne, «il y a cet espoir terrible d’exister davantage morts que vivants, comme une sorte de fantôme qui veut à tout prix occuper la mémoire de son entourage», laisse tomber Robert Louis.

Pour une approche globale de prévention

Dans son doctorat, qui met l’accent sur la mise en commun des savoirs issus de plusieurs disciplines, M. Louis a observé que les organismes de prévention du suicide travaillent davantage en collaboration afin d’optimiser leurs efforts communs.

«On voit de plus en plus de partage entre les agences d’aide à l’enfance, les organismes de prévention, les écoles et les centres de recherche interdisciplinaire, illustre-t-il. L’idée qu’une approche globale et interdisciplinaire est nécessaire fait son chemin et c’est ce vers quoi tendent, entre autres, les neurosciences.»

Et, selon ses observations, le sentiment de non-existence est un facteur clé. «Il faut tenter de repérer ce sentiment chez les jeunes en détresse et leur faire sentir qu’ils ont leur place dans la communauté sans ignorer ni banaliser ce qu’ils vivent», avance Robert Louis.

Il faut bien sûr les prendre au sérieux et être conscient qu’à travers le suicide qu’ils peuvent envisager les jeunes veulent surtout passer un message.

«Ils ne diront pas qu’ils veulent en finir, mais qu’ils souffrent trop de ne pas exister; il faut alors les aider à restaurer le sentiment qu’ils existent, d’abord en allant vers eux, puis potentiellement vers les services de soutien spécialisés», conclut le doctorant qui mène ses travaux sous la direction d’Yves Couturier, professeur à l’École de travail social de l’Université de Sherbrooke et aussi rattaché au programme de doctorat en sciences humaines appliquées de l’Université de Montréal.