Révolution de l'intelligence artificielle : une conférence courue et appréciée!

  • Forum
  • Le 23 septembre 2016

  • Martin LaSalle
La conférence intitulée «La révolution de l’intelligence artificielle» a attiré plus de 1300 personnes à l'amphithéâtre Ernest-Cormier, ainsi que 14 000 personnes sur le compte Facebook de l’UdeM qui transmettait l'événement en direct.

La conférence intitulée «La révolution de l’intelligence artificielle» a attiré plus de 1300 personnes à l'amphithéâtre Ernest-Cormier, ainsi que 14 000 personnes sur le compte Facebook de l’UdeM qui transmettait l'événement en direct.

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

La 2e conférence de la montagne de l’UdeM mettait en vedette les professeurs Yoshua Bengio, Yann LeCun et Joëlle Pineau, trois sommités mondialement reconnues en matière d’intelligence artificielle.

L’amphithéâtre Ernest-Cormier a fait salle comble, le mercredi 21 septembre, et pour cause : la deuxième grande conférence de la montagne portait sur une sujet de l'heure - la révolution de l’intelligence artificielle - et accueillait des sommités de renommée internationale!

Pas moins de 1300 personnes se sont présentées à la salle K-500 du pavillon Roger-Gaudry – et plus de 14 000 personnes se sont branchées en direct sur le compte Facebook de l’Université de Montréal – pour voir et entendre Yann LeCun, de l’Université de New York, Joëlle Pineau, de l’École d’informatique de l’Université McGill, et Yoshua Bengio, du Département d’informatique et de recherche opérationnelle de l’UdeM.

Voici un aperçu des sujets qui ont été abordés.

Une révolution amorcée il y a longtemps

M. Bengio a rappelé que les récentes avancées en intelligence artificielle ont été rendues possibles grâce «à des travaux menés patiemment et sur lesquels d’autres recherches se sont appuyées pour conduire à des zones de rupture qui ont donné des percées plus significatives».

«Nous vivons une autre révolution industrielle, qui permet de pousser plus loin la puissance cognitive de l'humain : il s’agit d’une révolution du savoir qui change déjà notre quotidien et qui modifiera notre rapport à la connaissance», a soutenu celui qui, avec ses collègues de l’Institut de valorisation des données, s’est vu accorder une subvention record de plus de 93 M$ par le Fonds d’excellence en recherche Apogée Canada pour le financement de trois projets visant à développer l’intelligence artificielle.

Amorcée il y a 10 ans, la recherche en intelligence artificielle combinant des principes mathématiques et informatiques a permis de construire des ordinateurs qui forgent eux-mêmes des connaissances par l’entremise de ce qu’on appelle l’«apprentissage profond» (ou deep learning) – le champ de recherche de prédilection de Yoshua Bengio.

«Au départ, il a fallu aider l’ordinateur à acquérir des connaissances par lui-même, mentionne le professeur. Mais, depuis quatre ans, nous assistons à une avancée majeure dans le domaine de l'apprentissage automatique grâce au développement de la capacité de la machine à se représenter des choses – des mots, des phrases, puis des concepts abstraits –, ainsi qu’à une amélioration spectaculaire de sa compréhension de l'image et du langage naturel.»

Des progrès marqués

Pour Yann LeCun, qui est aussi directeur de la recherche en intelligence artificielle chez Facebook depuis 2013, ces progrès en apprentissage automatique mèneront dans un avenir très rapproché à une présence graduelle puis incontournable de véhicules qui se déplaceront sans conducteur dans les grandes villes.

«Nous sommes à étiqueter, par photo ou vidéo, tout ce qui est visible sur les routes et, à l’aide de l’architecture de réseaux convolutionnels, l’ordinateur est en mesure de détecter des milliers, voire des millions d’informations en temps réel puis de prendre des décisions appropriées, a-t-il illustré. D'ici cinq ans, nous verrons apparaître les premiers véhicules qui fonctionneront par pilotage automatique, d’abord au sein de flottes spécialisées, ensuite dans le parc automobile lui-même.»

Et, tant pour lui que pour M. Bengio et Mme Pineau, il n’y a pas lieu de craindre que les ordinateurs prennent le contrôle de nos vies comme le laissent croire certains films de science-fiction.

«Les machines sont encore très bêtes! a-t-il lancé. Elles ne sont guère plus intelligentes qu'un rat, car elles ont encore besoin d’être supervisées et qu’elles demeurent surspécialisées : elles ne sont pas dotées d'une intelligence générale.»

Néanmoins, l’ordinateur a moins besoin de supervision pour acquérir des connaissances et améliorer son niveau de compréhension : l’ordinateur apprend désormais lui-même de façon «instinctive», et même de façon prédictive. «Nous lui montrons des scènes de la vie de tous les jours, puis nous les interrompons : le système tente alors d’imaginer la suite à partir du contexte, de ce qui devrait arriver. Et les résultats sont prometteurs», a ajouté Yann LeCun.

L’apprentissage par renforcement : une voie nouvelle

Si la présence de robots en milieu industriel est fréquente, l’intelligence artificielle est sur le point d’en créer qui auront la capacité de comprendre leur environnement et de se mouvoir dans la nature et parmi les êtres humains grâce à la combinaison de l’apprentissage profond et de l’apprentissage par renforcement.

«Avec l’apprentissage par renforcement, qui est inspiré de la psychologie, l’ordinateur apprend par essais et erreurs en temps réel et finit par effectuer des choix qui maximisent l'accumulation de connaissances qui, dans son cas, constituent en quelque sorte des récompenses – comme le chien de Pavlov!» indique Joëlle Pineau.

Un bel exemple de ce couplage des apprentissages est AlphaGo, un logiciel conçu par des chercheurs de Google DeepMind, qui a récemment battu le champion européen du jeu de go – un jeu asiatique de stratégie où deux adversaires s'affrontent pour conquérir le maximum de territoire sur un plateau de 361 cases.

De son côté, Mme Pineau a réalisé des tests avec un fauteuil roulant qui est parvenu à se déplacer à l’intérieur du complexe Alexis-Nihon, à Montréal, sans l’intervention de la personne qui y était assise.

«L’ordinateur qui contrôle le fauteuil a développé son autonomie grâce à la compréhension qu’il a acquise de ce qui se passe dans la foule, un environnement réel et incontrôlé, lors d’essais effectués antérieurement», a expliqué Joëlle Pineau.

Des enjeux de société à surveiller

La présence accrue des technologies issues de l’intelligence artificielle soulève son lot de questions. À qui profitera-t-elle? Accentuera-t-elle la concentration de la richesse? Quels types et combien d’emplois risquent de disparaître? La confidentialité des données est-elle menacée?

Ces questions – et bien d’autres – sont préoccupantes et méritent d’être abordées, de l’avis des trois conférenciers.

«J’ai assisté à différents débats avec des philosophes, des éthiciens, des juristes et il est important que les chercheurs en intelligence artificielle aient des discussions avec des spécialistes d’autres disciplines pour s’assurer qu’on choisira démocratiquement une utilisation socialement positive de cette intelligence, a conclu Yoshua Bengio. Pour ce faire, il faut que la population et les politiciens s’y intéressent et cherchent à comprendre les enjeux qui en découlent.»

  • De gauche à droite, Vincent Gautrais, professeur à la Faculté de droit de l'UdeM et modérateur de la soirée, Yoshua Bengio, Yann LeCun et Joëlle Pineau.

    Crédit : Amélie Philibert
  • Selon Yoshua Bengio, les chercheurs en intelligence artificielle, les spécialistes d’autres disciplines, les politiciens et les citoyens doivent échanger entre eux pour s’assurer d'une utilisation socialement positive de cette intelligence.

    Crédit : Amélie Philibert
  • Crédit : Amélie Philibert

Vers une «vallée de l’intelligence artificielle» à Montréal?

l'Université de Montréal et l’Université McGill regroupent 150 chercheurs, surtout des doctorants, en apprentissage automatique et en apprentissage profond. Il s’agit de la plus imposante concentration de chercheurs universitaires du monde dans ce domaine.

«Avec l’obtention de la subvention Apogée de plus de 93 M$ et des investissements privés s’élevant à 110 M$, il y a un potentiel pour créer une véritable “vallée de l’intelligence artificielle” à Montréal, ce qui permettra d’attirer et de garder les meilleurs chercheurs de la planète», estime Yoshua Bengio.