Des gravures historiques sont présentées au pavillon Samuel-Bronfman

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  • Le 26 septembre 2016

  • Mathieu-Robert Sauvé
La Chasse au sanglier (détail), J. Zaal, d'après Frans Snyders (1579-1657). Cette gravure sur cuivre est représentative de la production de Snyders, empreintes d'une théâtralité baroque.

La Chasse au sanglier (détail), J. Zaal, d'après Frans Snyders (1579-1657). Cette gravure sur cuivre est représentative de la production de Snyders, empreintes d'une théâtralité baroque.

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

Des gravures récemment données à l’Université de Montréal font l’objet d’une exposition à la Bibliothèque des livres rares et collections spéciales.

Une partie d’un don récent de 93 gravures représentant le château de Versailles et l’art européen du 17e siècle, et des tableaux faisant partie du cabinet du roi de France, est exposée au quatrième étage du pavillon Samuel-Bronfman, où se trouve la Bibliothèque des livres rares et collections spéciales de l’Université de Montréal. Les estampes grand format présentées illustrent des scènes de genre comme ce Paysage avec Polyphène, des «souvenirs de voyage» telle la remarquable Forêt vierge du Brésil, des allégories mythologiques, une scène de chasse au sanglier et un portrait de Jean-Baptiste Colbert. On pourra voir la deuxième partie de cette exposition, organisée en deux volets distincts, à l’hiver 2017.

Même si les matrices ayant servi à la reproduction de ces tableaux datent d’il y a trois siècles et demi, les tirages montrés sont d’une parfaite netteté et sur un papier très peu altéré par le temps. «En plus de la valeur esthétique intrinsèque de ces gravures, leur histoire est aussi des plus intéressantes», commente le bibliothécaire spécialisé Normand Trudel, qui se réjouit de l’acquisition de cette collection inusitée, rendue possible grâce aux actions de son collègue Éric Bouchard.

Généreusement offert à l’Université de Montréal l’année dernière par le mécène montréalais Charles Parent, l’ensemble est tout ce qui reste d’un don de 4653 œuvres (gravures et photographies) à l’Institut canadien de Montréal par Napoléon-Jérôme Bonaparte (1822-1891), dit prince Napoléon, cousin germain de l’empereur Napoléon III. Geste politique, pourrait-on dire, puisque Napoléon-Jérôme Bonaparte s’était ouvertement opposé au clergé en exprimant des idées libérales. Quand il a visité Montréal en 1861, il a trouvé des oreilles attentives à l’Institut canadien, qui s’inscrivait en faux contre l’idéologie dominante. D’où l’idée du prince de lui faire cadeau de 12 volumes d’estampes en provenance de la chalcographie du Louvre. Le tout est arrivé par bateau l’automne suivant. L’Institut considérait ces œuvres comme un véritable trésor et les exposait régulièrement à Montréal.

En 1885, l’Institut canadien a fait don de l’ensemble de ces gravures à l’Institut Fraser, devenu la bibliothèque montréalaise Fraser-Hickson, qui existe encore de nos jours. Perdus de vue au milieu du 20e siècle, deux volumes d’une centaine d’estampes sont retrouvés par une libraire montréalaise qui s’en départira au bénéfice de la bibliothèque universitaire.

Une exposition… pédagogique

Qu’est-il arrivé aux milliers d’œuvres constituant le don initial? «Notre hypothèse est que les volumes de gravures furent probablement “cassés” au cours des décennies et les gravures dispersées, peut-on lire dans un des cartels explicatifs rédigés par les commissaires Cindy Olohou et Juliette Parmentier-Courreau, deux étudiantes de l’École du Louvre, à Paris, de passage à l’Université de Montréal l’été dernier. Il semble bien que les deux volumes offerts ici soient les seuls éléments survivants de cette donation qui ont été localisés jusqu’à maintenant.»

Ce qui s’est révélé le plus difficile pour les étudiantes, c’est de documenter le segment relatif à l'Institut canadien, dont elles ne connaissaient rien. «Nous avons dû dépouiller des articles et des ouvrages à son propos, notamment à Bibliothèque et Archives nationales du Québec, pour bien en comprendre toutes les implications, explique Mme Parmentier-Courreau au cours d’un échange par courriel. Comme nous n’étions pas du tout familiarisées avec l'histoire du Québec et l’histoire du Canada, cela nous a demandé plus de temps et de travail de recherche.»

Quant à la sélection des œuvres, elle s'est faite plus facilement, car les gravures provenant de la chalcographie du Louvre leur étaient familières. C’était le premier séjour au Québec des deux jeunes femmes et elles l’ont trouvé très formateur. «Se voir confier la conception d'une exposition du début à la fin, alors que nous sommes toujours étudiantes, ce n'est pas rien. Cela nous a aussi permis de découvrir d'autres façons de travailler, qui diffèrent tout de même assez des nôtres», confie-t-elle.

Les commissaires invitées faisaient partie d’une délégation de 20 étudiants venus de l’École du Louvre réaliser un projet de mise en valeur des collections muséales québécoises. Initiative du programme de maîtrise en muséologie dirigé par Colette Dufresne-Tassé, l’entente avec l’École du Louvre a été signée en 1997 et permet des échanges de part et d’autre de l’Atlantique. Le 9 septembre, les étudiants présentaient leur rapport durant une journée d’échange à la Bibliothèque des livres rares et collections spéciales.

  • Quos Ego ou Neptune arrêtant la tempête est une gravure sur cuivre de Bernard Picart (1673-1733), d'après Antoine Coypel (1661-1722). « Quos Ego » sont les mots latins prononcés par Neptune aux vents qui agitent les océans sans qu’il en eût donné l’ordre.

    Crédit : Amélie Philibert.
  • Dans Quos Ego ou Neptune arrêtant la tempête (détail), le tumulte des flots est rendu par les vagues mousseuses où se débattent les chevaux de Neptune, que des nymphes de la mer tentent de retenir.

    Crédit : Amélie Philibert.
  • La Vue intérieure de la grotte de Téthys est une gravure sur cuivre de Jean Lepautre (1618-1682) réalisée en 1676.

    Crédit : Amélie Philibert.
  • Ministre de Louis XIV, Jean-Baptiste Colbert (1619-1683) est représenté sous une forme allégorique par Robert Nanteuil (1623-1678). L’artiste symbolise ici la fidélité au royaume par un chien. Un autre animal, le coq, incarne la "veille permanente" du ministre.

    Crédit : Amélie Philibert.
  • Dans Le Roi gouverne par lui-même (détail), le graveur Nicolas Gabriel Dupuis (1698-1771), d'après Charles Le Brun (1619-1690), illustre la prise du pouvoir de Louis XIV sur Mazarin en 1661. Sous le roi Soleil, même les enfants jouent et composent.

    Crédit : Amélie Philibert.