Le déclenchement de l’asthme chez les enfants est associé à la pollution de l’air

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  • Le 27 septembre 2016

  • Martin LaSalle
Crédit : Thinkstock

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Au Québec, lorsqu’un enfant est exposé à une augmentation de la pollution de l’air équivalant à 10 micromètres par mètre cube d’air, le risque qu’il ait une crise d’asthme augmente jusqu’à 20 %.

Tant au Québec qu’à Montréal, il existe bel et bien un lien entre la présence de polluants dans l’air et le déclenchement de l’asthme chez les enfants.

C’est ce qui ressort d’une étude menée par Louis-François Tétreault, étudiant au doctorat sous la direction de la professeure Audrey Smargiassi, de l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

Réalisée dans le cadre d’un projet de développement de la surveillance entrepris en collaboration avec l’Institut national de santé publique du Québec, l’étude – qui a été élaborée à partir du Système intégré de surveillance des maladies chroniques du Québec – porte sur près de 1,2 million d’enfants nés au Québec sur une période de 15 ans, soit de 1996 à 2011.

Trois polluants associés à l’asthme

Dans l’ensemble de la population observée pendant cette période, plus de 162 000 enfants ont été cliniquement diagnostiqués comme asthmatiques, soit 13 % des enfants de l’échantillon âgés de 0 à 13 ans. Pour être considéré comme asthmatique, un enfant devait soit avoir déjà été hospitalisé en raison d’une crise d’asthme, soit avoir été vu par un médecin à deux reprises en autant d’années pour des problèmes liés à cette affection.

L’étude de Louis-François Tétreault examine l’effet sur l’apparition de l’asthme infantile de trois principaux polluants de l’air, soit le dioxyde d’azote (NO2), surtout produit par les véhicules routiers, l’ozone (O3) et les particules fines en suspension dont le diamètre est inférieur à 2,5 micromètres (PM2,5).

Pour parvenir à tirer des conclusions, le doctorant a couplé les cas d’asthme infantile à la concentration estimée de ces trois polluants sur l’île de Montréal et ailleurs au Québec, selon les codes postaux associés aux lieux de naissance des enfants ou à d’autres lieux où ils ont vécu par la suite.

Ainsi, en fonction de l’adresse de naissance, l’analyse des données révèle que, quand un enfant est exposé à une augmentation équivalant à 10 micromètres par mètre cube d’air pour chacun des polluants, il y a un accroissement de 2 % du risque de déclenchement de l’asthme pour le NO2, de 7 % pour l’O3 et de 20 % pour les PM2,5.

Le risque est demeuré semblable lorsque les enfants ont déménagé au cours de la période ciblée.

Pollution : une cause principale?

Si du dioxyde d’azote, de l’ozone et des particules fines en suspension sont présents dans l’air extérieur quand un enfant devient asthmatique, est-ce à dire que la manifestation de la maladie leur est attribuable?

«L’étude permet de croire que leur présence a vraisemblablement un effet sur le déclenchement de l’asthme, mais il est difficile de l’isoler des autres causes potentielles, comme la présence d’un parent fumeur ou d’autres substances néfastes dans la maison où les enfants habitent», convient M. Tétreault.

«Néanmoins, le lien entre la présence de ces polluants et l’apparition de l’asthme est fort et devrait inciter les pouvoirs publics à s’y intéresser davantage, conclut le chercheur. On sait que les enfants sont plus souvent dehors que les adultes, qu’ils respirent davantage par la bouche lorsqu’ils jouent dehors et que leurs poumons sont plus sensibles et fragiles que ceux des adultes. De même, l’air extérieur contribue à la qualité de l’air intérieur.»

L’étude de Louis-François Tétreault a été publiée récemment dans la revue scientifique Environmental Health Perspectives1.

 

1. L.-F. Tétreault et autres, Childhood Exposure to Ambient Air Pollution and the Onset of Asthma: An Administrative Cohort Study in Québec, Environmental Health Perspectives, vol. 124, no 8, août 2016.