La force des mots : un concert-évènement de l’OUM

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  • Le 30 septembre 2016

  • Hélène Roulot-Ganzmann
«Toutes les pièces choisies sont réputées difficiles à jouer», admet Paolo Bellomia.

«Toutes les pièces choisies sont réputées difficiles à jouer», admet Paolo Bellomia.

Crédit : Amélie Philibert.

En 5 secondes

La force des mots, premier concert de la saison de l’OUM, sous la direction du chef invité Paolo Bellomia, c’est un peu la rencontre de toutes ses passions musicales et littéraires.

Le chef Paolo Bellomia ne boude pas son plaisir. La force des mots, le premier concert de la saison de l’Orchestre de l’Université de Montréal (OUM), c’est un peu la rencontre de toutes ses passions musicales et littéraires. Cet amoureux de Baudelaire, dont il a dévoré l’œuvre lorsqu’il avait 15 ans, dirigera en effet les étudiants dans un grand air de concert du compositeur Alban Berg basé sur trois poèmes des Fleurs du mal, de l’illustre poète maudit du 19e siècle.

J'allumerai les yeux de ta femme ravie;
À ton fils je rendrai sa force et ses couleurs
Et serai pour ce frêle athlète de la vie
L'huile qui raffermit les muscles des lutteurs.

Ces vers seront récités par un autre grand, contemporain celui-là, soit Albert Millaire. Un comédien que le jeune Paolo Bellomia allait voir jouer au théâtre il y a quelques décennies de cela, rêvant en secret de monter un jour, lui aussi, sur les planches.

À l’église Saint-Jean-Baptiste, où le concert sera donné, Victor Hugo, un autre auteur figurant en bonne place dans la bibliothèque du chef, a également été invité. Son poème «Ce qu’on entend sur la montagne», tiré du recueil Les feuilles d’automne et mis en musique par Franz Liszt quelques années après sa parution, est au programme de cette soirée pour le moins littéraire.

Et puis, il y a cette belle complicité entre le chef et la soprano Julie Daoust, professeure invitée à la Faculté de musique de l’UdeM. Deux virtuoses qui se connaissent bien et qui cherchaient depuis plusieurs années à se retrouver ensemble sur scène. Mais pas pour y présenter n’importe quel répertoire.

«Quand Paolo m’a proposé le grand air de Berg, je n’ai pas hésité une seconde, raconte-t-elle. De par mes études, de par mon parcours, je suis prédisposée à cette musique. De plus, c’est un véritable défi vocal. Le registre est large. Les aigus doivent être en place mais, en même temps, il faut aller chercher les graves avec la voix de poitrine. Il faut que tout ça parvienne à prendre son envol. Ça demande une grande maturité vocale.»

Répertoire délicat

Un défi aussi du point de vue de l’orchestre tant le répertoire choisi est délicat. Outre Liszt et Berg, Richard Wagner et Arnold Schoenberg seront de la partie.

«Toutes les pièces choisies sont réputées difficiles à jouer, admet Paolo Bellomia. Il y a énormément de subtilités et toutes sont essentielles. Vous enlevez une roche et c’est tout l’édifice qui s’écroule.»

Mme Daoust évoque la finesse de la dentelle pour qualifier sa partition. Quant à Albert Millaire, qui récitera les poèmes de Baudelaire et d’Hugo, il se voit comme un soliste.

«Je participe au récital, explique-t-il. Et, lorsque j’entre en scène, je suis comme un soliste qui s’avance pour chanter son texte ou un premier violon qui joue la partie qui lui est attribuée. Ce n’est pas la première fois que je fais ça. Ce n’est pas non plus la première fois que je récite des poèmes de Baudelaire et d’Hugo, mais c’est toujours un privilège de pouvoir le faire.»

Avant-garde

Paolo Bellomia est particulièrement fier de pouvoir offrir de telles pièces au public parce qu’elles sortent du répertoire très classique qu’on entend habituellement en concert.

«C’est une de nos missions de faire découvrir aux gens toute la beauté de ces œuvres, estime-t-il. De défier la tradition. Elles sont très intéressantes, notamment parce qu’elles étirent les limites de la tonalité.»

La force des mots et donc, également, la force des sons. Des sons qui s’envoleront dans le chœur de l’église Saint-Jean-Baptiste. On semble avoir choisi un lieu sacré pour faire ressortir toute la spiritualité de certaines des pièces interprétées. Comme celle de la compositrice Evelin Ramón, lauréate du Concours de composition 2016 de l’OUM et qui, à ce titre, présentera une œuvre qu’elle a créée pour l’occasion : And we die there, without waking.

«Je me suis inspirée du poème Requiem à une amie, de Rainer Maria Rilke, dévoile-t-elle. Depuis quelque temps, le thème de la mort revient d’une façon ou d'une autre dans ma vie. Dans cette œuvre, j’ai voulu représenter ce que j’en comprends, le passage à une autre dimension, la résignation, la paix, la douceur, la tendresse et aussi la douleur.»

Cette création, pour orchestre symphonique et électronique, s’apparente à une sorte de mosaïque engendrant une dichotomie sonore aux accents avant-gardistes. Un peu comme le faisaient les œuvres de Wagner, Berg et Schoenberg en leur temps…

La force des mots

Concert gratuit sous la direction du chef invité Paolo Bellomia
Vendredi 7 octobre à 19 h 30
Église Saint-Jean-Baptiste
309, rue Rachel Est
Montréal