Des diplômés font l'histoire depuis un siècle

Robert et Jacques Parizeau sont parmi les membres des plus grandes familles de l'Université de Montréal, comptant des diplômés sur quatre générations.

Robert et Jacques Parizeau sont parmi les membres des plus grandes familles de l'Université de Montréal, comptant des diplômés sur quatre générations.

Crédit : Jacques Nadeau

En 5 secondes

Les familles Chrétien, David, Parizeau, Johnson et Reeves comptent plus de trois générations de diplômés de l’Université de Montréal.

Quand Patrice Chrétien a reçu son diplôme de doctorat en médecine de l’Université de Montréal à la collation des grades de 2015, c’est son grand-père, le Dr Michel Chrétien, qui lui a remis le parchemin en mains propres. « Pour moi, c’était un moment très émouvant. J’ai ressenti une grande fierté », dit l’endocrinologue de 80 ans toujours actif en recherche biomédicale.

La cérémonie avait lieu dans l’amphithéâtre Ernest-Cormier du pavillon sur la montagne où, jeune homme, il s’était présenté dans les années 50 pour étudier la médecine et qu’il a retrouvé en 2012 quand la République française lui a décerné le grade d’officier de la Légion d’honneur. « Cet endroit est intimement lié à mon histoire familiale », indique ce dernier des 19 enfants d’une famille de Shawinigan qui compte aussi dans ses rangs l’ancien premier ministre du Canada Jean Chrétien. Pas facile, pour le Dr Chrétien, d’énumérer de mémoire tous les membres de la famille qui ont suivi ses traces ou qui l’ont même précédé à l’Université de Montréal. Il y en a trop! Vérification faite, son frère Guy a obtenu un diplôme en pharmacie en 1955; sa sœur Juliette, sa femme Micheline Ruel, ses nièces Hélène et Denyse en sciences infirmières respectivement en 1945, 1958, 1962 et 1963. Ses nièces Louise (sciences biologiques), Marie-Josée (lettres), Danièle (pharmacie) et Caroline (droit) ont l’Université de Montréal pour alma mater

Des familles de diplômés sur plusieurs générations, on en trouve des dizaines dans l’arbre généalogique des Québécois. Et pas des moindres. Le premier ministre du Québec et chef de l’Union nationale Daniel Johnson (1915-1968) avait étudié le droit à l’UdeM dans les années 1930 avant d’arriver à la tête de l’État en 1966, et ses frères feu Réginald (Médecine, 1947) et Maurice (droit, 1954) l'ont suivi. Ses deux fils qui allaient devenir premier ministre du Québec à leur tour dans les années 80 et 90, Pierre Marc et Daniel, sont également des anciens de la Faculté de droit de l’Université. La fille de Pierre Marc Johnson, Marie-Claude, a marché dans leurs pas, mais cette fois en passant par la Faculté de l’aménagement (2006). Quant au fils de Daniel, Philippe, il a obtenu son baccalauréat à la Faculté de droit en 1998 et est aujourd'hui associé au cabinet Davies Ward Phillips & Vineberg.

Que dire de Jean Deschamps, diplômé de l’École des hautes études commerciales de Montréal en 1947 et à qui l’Université de Montréal a conféré un diplôme honoris causa en 2006, sinon que ses huit enfants ont obtenu des diplômes de l’UdeM? Ses 14 petits-enfants vivants ont tous un diplôme de l’établissement montréalais. À eux seuls, ces bacheliers, maîtres et docteurs rempliraient une salle de classe…

Sur plus d’un siècle, des parents et enfants, des frères et sœurs, des cousins et cousines se sont succédé sur les bancs de l’Université de Montréal, passant le flambeau à la génération suivante. Avant les années 20 cependant, il fallait le plus souvent s’exiler afin de poursuivre une formation universitaire (voir l’article « L’UdeM participe à la petite révolution tranquille des années 20 »). 

D'Athanase à Françoise

Certaines familles ont suivi, de père en fils, la voie du pionnier. Le notaire Victorien Roy a reçu son diplôme en 1913, son fils Julien en 1949 et son petit-fils Alain Roy, chercheur associé à la Chaire du notariat et professeur à la Faculté de droit de l’Université de Montréal, est le troisième notaire de la famille.

Dans d’autres foyers, les chemins se sont diversifiés à l’image de l’université généraliste qu’est devenue l’UdeM. Les six frères et sœurs de la famille David, par exemple, qui compte actuellement deux représentantes élues à l’Assemblée nationale (Hélène, députée de la circonscription d’Outremont et ministre responsable de l’Enseignement supérieur, et Françoise, députée de la circonscription de Gouin et porte-parole parlementaire de Québec solidaire), ont étudié dans des champs complètement différents. L’aîné, Pierre, producteur de films à Hollywood, a fait ses études en sciences de l’éducation (2005); Françoise, en service social (1972); Hélène, en psychologie (1975); Thérèse, chef d’une entreprise de relations publiques, en musique (1970); Anne-Marie, enseignante retraitée du cégep du Vieux-Montréal, en service social (1975); et Charles-Philippe, professeur à l'UQAM, en science politique (1979).

En plus de s’illustrer sur la scène politique, la famille David a une importance considérable dans l’histoire culturelle et scientifique du Québec. On doit à Athanase David, à qui l’Université de Montréal a délivré un diplôme en droit en 1905 (l’UdeM s’appelait alors « l’Université Laval à Montréal »), les premières mesures gouvernementales destinées à financer la culture et l’éducation au Québec. Secrétaire de la province de 1919 à 1936, il fait adopter en 1922 la Loi pour encourager la production d’œuvres littéraires ou scientifiques, qui « vise à favoriser l’avancement de la littérature et des sciences, à seconder les efforts des écrivains et à stimuler, par l’émulation, le goût des travaux littéraires et scientifiques ». Le plus important prix littéraire du Québec porte son nom. Son fils Paul, qui est diplômé en 1944 et qui accomplira une partie de sa formation à l’étranger grâce à une bourse du gouvernement, fonde en 1952, à l’Hôpital Maisonneuve- Rosemont, l’Institut de cardiologie de Montréal. 

Les Hautes études Parizeau

La famille Parizeau est également associée au développement de l’Université de Montréal. Doyen de la Faculté de médecine entre 1934 et 1938, Télesphore Parizeau avait étudié la médecine à Paris. Tourné vers les affaires, son fils Gérard a choisi HEC Montréal, fondant une petite dynastie d’universitaires liés encore aujourd’hui à l’école de gestion. Ses trois fils, l’ancien premier ministre du Québec Jacques Parizeau, Robert, président du C. A. du Fonds de solidarité FTQ, et Michel suivront cette voie. Dans la famille, on raconte que Robert a eu droit à des cours de son père et de son frère Jacques lorsqu’il étudiait à HEC Montréal. Les enfants de Jacques, Isabelle (droit 1979) et Bernard (médecine 1983), ainsi que deux des quatre enfants de Robert ont aussi opté pour l’Université de Montréal. La fille de Robert Parizeau, Marie-Hélène, est titulaire d’un baccalauréat en sciences biologiques (1980) et d’une maîtrise en philosophie (1984). Elle enseigne aujourd’hui à l’Université Laval. Trois des quatre enfants de Michel Parizeau, François (droit), Pierre (HEC) et Marc (Polytechnique) sont aussi des anciens. Avec deux enfants de ceux-ci diplômés de HEC (Laurent et Dominic), c'est la quatrième génération de Parizeau qui a obtenu un diplôme de l'UdeM.

Enfant, Hubert Reeves regardait par la fenêtre de sa chambre la silhouette de la tour de l’Université de Montréal. « Je me disais que j’y étudierais un jour. » Ses parents avaient choisi d’habiter une maison à proximité de l’UdeM. Une bonne idée puisque leurs trois enfants y ont décroché des diplômes. Hubert s’est passionné pour la physique, André pour la médecine et Mariette pour la bibliothéconomie. Les quatre enfants d’André, François, Nicole, Geneviève et Nathalie, sont diplômés en médecine, psychologie, droit et orthopédagogie. Un des enfants d’Hubert Reeves, Nicolas, a jeté son dévolu sur l’architecture et enseigne à l’UQAM. Les filles de François et Nathalie, Audrey et Ariane, sont ainsi de la troisième génération de Reeves à avoir un diplôme de l’UdeM. « Pour nous, l’Université de Montréal, c’est une histoire de famille », résume François Reeves, cardiologue d’intervention et professeur à la Faculté de médecine.