Guy Boucher s'attaque à la réforme des Sénateurs

Guy Boucher est le 12e entraîneur-chef de l’histoire moderne des Sénateurs d’Ottawa. Il a pour mission de les mener à la coupe Stanley.

Guy Boucher est le 12e entraîneur-chef de l’histoire moderne des Sénateurs d’Ottawa. Il a pour mission de les mener à la coupe Stanley.

En 5 secondes

En mai dernier, Guy Boucher devenait entraîneur-chef des Sénateurs d’Ottawa. Portrait de celui qui, après avoir dirigé le Lightning de Tampa Bay, a fait une maîtrise en psychologie sportive à l'UdeM.

Guy Boucher a pour mission de mener les Sénateurs d’Ottawa à la coupe Stanley, eux qui n’ont pas été en mesure d’atteindre les séries éliminatoires à l’issue de la dernière saison de hockey. Saura-t-il encadrer les Dion Phaneuf, Erik Karlsson, Derick Brassard et Jean-Gabriel Pageau pour qu’ils remportent le trophée tant convoité?

«L’équipe a connu beaucoup de changements au cours des dernières années, il y a eu sept entraîneurs en huit ans, indique le natif de Notre-Dame-du-Lac, dans le Bas-Saint-Laurent. Je souhaite établir une certaine stabilité et inculquer des valeurs qui perdureront.»

L’homme de 45 ans se dit très enthousiaste de relever le défi, puisque certains joueurs clés qui étaient blessés sont de retour au jeu pour la nouvelle saison. «J’ai aussi de très bonnes relations avec la direction et mon équipe d’entraîneurs adjoints, de sorte que je m’insère dans un contexte favorable à une bonne saison», observe l’ancien joueur de hockey qui a dû mettre fin à sa carrière en raison d’un virus qui l’a frappé à l’âge de 24 ans et qui l’a cloué au lit pendant 18 mois.

«Lorsque je me lance dans quelque chose, je veux terminer… maintenant! concède l’entraîneur-chef, qui ne cache pas être parfois impulsif. Il m’arrive d’oublier de manger ou de passer des nuits à étudier quand je suis à la tâche…»

Mais qu’est-ce qui motive tant Guy Boucher à diriger une équipe de hockey? «C’est l’individu, répond-il du tac au tac. S’il ne me permettait pas d’être en relation avec mes joueurs, le hockey perdrait de son intérêt pour moi : grâce à ce sport, je peux m’épanouir et chercher à comprendre les individus, à saisir et influencer l’intangible, leur motivation profonde.»

En fait, Guy Boucher dit ne pas gérer des systèmes de jeu ni des joueurs, mais bien des personnes. «Un hockeyeur ne peut jouer de façon extraordinaire que s’il se sent extraordinaire et c’est mon travail de faire en sorte qu’il se sente ainsi», lance-t-il.

25 façons d'entraîner les joueurs

Qu’est-ce qui distingue le quotidien d’un entraîneur-chef dans la Ligue nationale de hockey (LNH) en comparaison d’un autre circuit? «Savoir rester concentré sur l’essentiel, explique celui qui a dirigé le Lightning de Tampa Bay et trois équipes de la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ). Tous les plans que tu élabores durant l’été sont mis à mal, en cours de saison, par les influences extérieures, tels les médias, le propriétaire du club, le directeur général, les agents des joueurs, les supporteurs… Plus tu avances dans les sphères professionnelles, moins tu gères du hockey : dans la LNH, 60 % des tâches de l’entraîneur sont liées au hockey, comparativement à 100 % dans le Midget AAA!»

Et, contrairement à ce qu’on peut croire, ce ne sont pas les joueurs qui sont le plus difficiles à encadrer. «Peu importe leur salaire et leur statut dans l’équipe, ces gars sont motivés par le goût de gagner, déclare Guy Boucher. Lorsque je les rencontre pour la première fois en tête à tête, je les fais parler de leur vie, de leur façon de voir les choses et nous discutons très peu de hockey.»

Se focaliser sur des éléments particuliers, gérer la pression, améliorer sa concentration à des moments charnières, ce sont là des habiletés que les joueurs acquièrent avec le temps. Et le travail de Guy Boucher consiste précisément à les inculquer à ses joueurs, en fonction de la capacité de chacun à apprendre.

«Mon job consiste à cibler ce qui les allume, ce qui existe déjà en eux, en tenant compte de tous les individus. Si j’ai 25 joueurs, j’ai besoin d’élaborer 25 façons de coacher, car on sait qu’en groupe on atteint seulement le tiers des joueurs. Les deux autres tiers, il faut les toucher individuellement ou en petits groupes.»

Un entraîneur en pleine maîtrise

Après son passage à Tampa Bay, Guy Boucher a voulu se doter d’outils qui lui permettraient d’amener ses joueurs à se dépasser. Il s’est ainsi inscrit à la maîtrise en psychologie sportive à l’UdeM, sous la direction du professeur Wayne Halliwell – un pionnier en ce domaine qui a accompagné de nombreux médaillés olympiques canadiens, tels que Bruny Surin, Jennifer Heil, Joannie Rochette, Alexandre Bilodeau ainsi que les sœurs Chloé et Justine Dufour-Lapointe.

Dans ses travaux de recherche, Guy Boucher a comparé l’efficacité de deux types de dialogues mentaux (ou langage interne) chez des joueurs d’élite de la LHJMQ en situation de jeu lors des entrées dans la zone adverse tout au long d’une saison, qui compte 70 matchs. Essentiellement, il a découvert que tant les dialogues mentaux d’instruction (liés à une tâche précise) que les dialogues mentaux de motivation (liés à la force et à l’endurance) permettent d’améliorer les entrées en zone adverse. Ceux de la première catégorie sont plus efficaces que ceux de la seconde, mais ces derniers ont davantage de portée lorsqu’ils sont utilisés en période de fatigue ou de stress, comme au cours des matchs des séries éliminatoires.

«J’ai été impressionné par la capacité de Guy à mener une étude en situation de jeu plutôt qu’en laboratoire : c’est un exploit pour un entraîneur de ce calibre d’avoir pu faire une expérience aussi unique, mentionne Wayne Halliwell. Guy est d’ailleurs un des seuls entraîneurs de la LNH – avec l’entraîneur des Maple Leafs de Toronto, Mike Babcock – à posséder un diplôme de maîtrise lié à son sport.»

«Grâce à Wayne, j’ai pu faire plus facilement le lien entre la théorie et la pratique parce que, en plus d’être un excellent professeur, il connaissait ma réalité puisqu’il a déjà, lui aussi, été joueur d’élite au hockey», souligne pour sa part M. Boucher.

Wayne Halliwell prédit un bel avenir à celui qui a été un étudiant «discipliné, motivé, passionné et très persévérant : il possède une grande habileté à déterminer ce qu’il faut faire et, avec la passion qui l’anime, il a la chance et l’occasion de faire de son mieux et il va la saisir!», conclut le professeur septuagénaire qui a pris sa retraite le 1er septembre dernier.

  • Le professeur émérite Wayne Halliwell.

    Crédit : Amélie Philibert