Les enfants issus de milieux défavorisés bougent moins à l’âge adulte

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  • Le 11 octobre 2016

  • Martin LaSalle
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Grandir dans un milieu socioéconomique défavorisé réduit la probabilité de faire de l’activité physique à l’âge adulte, selon une étude de Carl-Étienne Juneau, doctorant de l’Université de Montréal.

Les enfants qui grandissent dans des milieux défavorisés sont physiquement moins actifs lorsqu’ils atteignent l’âge adulte, vraisemblablement parce qu’ils auraient acquis – en bas âge – moins d’habiletés motrices fondamentales qui, plus tard, facilitent la pratique d’activités physiques.

C’est ce que révèle une revue d’études qu'a menée Carl-Étienne Juneau dans le cadre de son doctorat qu’il a récemment terminé sous la direction de Louise Potvin, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

Le statut socioéconomique est l’un des plus importants déterminants de l’activité physique chez une personne, car il y est associé depuis l’adolescence et jusqu’au début de l’âge adulte, selon les recherches de M. Juneau.

« D’une manière générale, les adolescents dont les parents sont pauvres ou peu éduqués font moins d’activité physique. On observe la même association chez les adultes », rapporte-t-il.

Mais existe-t-il un lien à long terme entre le statut socioéconomique au cours de l’enfance et l’activité physique tout au long de la vie adulte?

42 études analysées

Après avoir recensé plus de 10 000 articles scientifiques sur le sujet, M. Juneau et ses collègues en ont retenu 42 qui correspondaient à leurs critères de recherche. Ces articles distinguaient les activités physiques « tous types confondus » (incluant celles au travail, à la maison et durant les déplacements) des activités physiques « de loisirs seulement » (faites en équipe ou en solo, organisées ou non, pratiquées pendant les temps libres).

Par exemple, l’une de ces études démontre que les hommes qui n’ont pas terminé leurs études secondaires courent 58 % plus de risques d’être sédentaires durant leurs loisirs que ceux qui possèdent un diplôme universitaire. Les femmes dans la même situation affichaient un risque 40 % plus élevé d’être sédentaires.

Près de 62 % des études traitant de tous les types d’activités physiques concluaient qu’il y avait effectivement une association entre le statut socioéconomique au cours de l’enfance et l’activité physique à l’âge adulte. De surcroît, ce taux grimpait à 68 % dans les études portant exclusivement sur les activités de loisirs.

Par ailleurs, quand les chercheurs ont examiné un sous-échantillon de 21 études réalisées selon une méthodologie plus rigoureuse, l’association entre le statut socioéconomique durant l’enfance et l’activité physique à l’âge adulte était encore plus fréquente.

En effet, de ces 21 études, 71 % avaient établi que ce lien était présent pour tous les types d’activités physiques; cette proportion était de 80 % quand les études étaient axées sur l’activité physique de loisir.

« L’association étant plus fréquente dans les études de meilleure qualité, nous avons une raison de plus de croire qu’elle existe vraiment », souligne le chercheur.

Un effet tout au long de la vie

La principale découverte de l’étude de Carl-Étienne Juneau et ses collègues est qu’un statut socioéconomique peu élevé en bas âge semble associé à une plus grande sédentarité, et ce, tout au long de la vie. 

La solution de M. Juneau est à la hauteur de sa sensibilité à l’égard des inégalités sociales. « Une des meilleures façons d’éliminer les écarts serait de rendre l’éducation plus accessible, notamment en abaissant les droits de scolarité pour les étudiants issus de familles moins nanties ou en leur offrant des bourses », avance-t-il.

De même, il estime que l’offre de services sociaux – tels des éducateurs spécialisés – devrait être bonifiée dans les écoles primaires pour prévenir le décrochage scolaire, qui touche davantage les enfants économiquement défavorisés.

« En réduisant les inégalités sociales, on n’augmente pas seulement le degré d’activité physique des enfants et des adultes qu’ils deviendront : les statistiques montrent qu’on améliore aussi presque toutes leurs autres habitudes de vie, leur santé, de même que leurs chances de s’accomplir », conclut celui qui a maintenant sa propre entreprise d’entraînement physique sur Internet.

Carl-Étienne Juneau

Crédit : Amélie Philibert