Lorsque la mémoire conduit au don

Pierre-Roger Boileau

Pierre-Roger Boileau

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

Le diplômé Pierre-Roger Boileau offre un don testamentaire à la Division de la gestion de documents et des archives de l'UdeM.

Diplômé en études allemandes de l’Université de Montréal, Pierre-Roger Boileau a grandi dans une famille où l’on conservait des souvenirs douloureux de la Deuxième Guerre mondiale. Mais le vif désir de connaître la culture allemande n’a jamais quitté M. Boileau, qui a beaucoup fréquenté les archives de l’Université. Et aujourd’hui, c’est avec fierté qu’il confirme un don testamentaire à la Division de la gestion de documents et des archives de l’UdeM.

Son oncle, le sergent Paul-Roger Boileau, a été tué lorsque son bombardier Lancaster a été abattu au-dessus de Berlin le 31 janvier 1944. Le jeune mitrailleur québécois qui s’était porté volontaire pour combattre au sein de l’Aviation royale canadienne est enterré dans un cimetière militaire britannique à Berlin.

M. Boileau est né en 1949. « Quand j’étais enfant, explique-t-il, ma grand-mère pleurait en me racontant cette tragédie. Pour elle, son fils était mort pour le roi d’Angleterre et cette situation n’avait aucun sens. Elle ne s’en est jamais remise. »

Passionné d’histoire, M. Boileau avoue que tout son intérêt pour la culture allemande provient de ces tête-à- tête bouleversants avec sa grand-mère. « J’aurais pu vouloir me venger. J’ai préféré devenir l’ami de mon ennemi », dit celui qui est titulaire d’un certificat en archivistique également de l’UdeM.

Retraité, il a passé plusieurs heures à la salle de consultation de la Division de la gestion de documents et des archives de l’Université. Il a d’abord jeté son dévolu sur la collection du juge Louis-François-George Baby (1832- 1906) à la recherche d’informations sur la seigneurie de Ramezay, où ses ancêtres ont habité au 19e siècle. Au fil de ses explorations du fonds Baby, l’une des plus importantes collections d’archives sur l’histoire du Canada, il « s’est laissé distraire » par des documents qui portaient sur le Montréalais d’origine allemande William Berczy, peintre et aventurier mort en 1813.

Né le 10 décembre 1744 à Wallerstein, en Allemagne, Berczy était considéré comme l’un des meilleurs portraitistes canadiens de son temps, et l’un des personnages les plus colorés de l’histoire du Canada.

Le Musée des beaux-arts du Canada a réalisé une rétrospective de l’œuvre de Berczy en 1992. M. Boileau reconnaît la valeur des tableaux, mais s’intéresse davantage aux manuscrits laissés par l’intrépide Allemand. « Je suis fasciné par son journal », dit-il. Il mentionne un naufrage dans la baie des Chaleurs durant l’hiver 1800. « Privé de tout moyen de transport, Berczy a dû traverser la Gaspésie à pied! J’aimerais passer à travers ce chapitre de son journal écrit entièrement en allemand ancien. »

M. Boileau s’est pris d’affection pour cet homme qui est né dans le pays où son oncle est enterré. Le don qu’il fait aux archives de l’Université permettra le classement intégral du fond Berczy, dont une partie des documents est rédigée dans une variante germanique de l’alphabet latin, la kurrentsch, aujourd’hui désuète. 

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