Nos écoles, notre avenir

Jacques Girard a obtenu sa licence en droit en 1963. On le voit ici à sa collation des grades.

Jacques Girard a obtenu sa licence en droit en 1963. On le voit ici à sa collation des grades.

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Pour Jacques Girard, président de l'ADUM, l’éducation doit rester une priorité nationale.

À la différence des familles Chrétien, David, Parizeau, Johnson et Reeves dont l’histoire est présentée dans ce numéro des Diplômés, je ne viens pas d’une longue lignée d’universitaires. Mon père était agent d’assurance et ma mère femme au foyer. Ils avaient l’équivalent d’une cinquième secondaire, mais ils étaient prêts à faire des sacrifices pour permettre à leurs trois enfants d’aller à l’université. Mission accomplie. Nous avons décroché des diplômes dont nous sommes très fiers.

Quand, à 20 ans, j’ai quitté le collège Sainte-Marie pour entrer à l’Université de Montréal, la scolarisation des Québécois était un problème social majeur. Grâce à une mobilisation publique et à une conscientisation grandissante du rôle de l’État, la bataille de l’accès à l’éducation a été gagnée, peut-on dire. Aujourd’hui, moins de 13% de la population adulte n’a pas terminé ses études secondaires. En 1990, cette proportion était de 38%. Mieux encore, une personne sur deux est titulaire d’un diplôme universitaire (incluant un certificat), une proportion en croissance constante. Autre bonne nouvelle: les femmes ont pris leur place dans cette communauté appelée à mener le monde. Elles sont plus nombreuses (32%) que les hommes (27%) à posséder un grade universitaire.

Cela dit, l’éducation ne doit pas cesser d’être une priorité nationale. On sent un relâchement de l’effort public consacré à la science et des compressions draconiennes frappent le monde de l’éducation supérieure. Comme si le financement de nos établissements de formation et de recherche pouvait ralentir à la lumière des succès obtenus depuis deux ou trois décennies. Erreur.

L’Unesco recommande un investissement global de 3% du produit intérieur brut pour ce secteur névralgique. Les pays qui respectent cette cible ou la dépassent sont dans le peloton de tête des économies du savoir : Israël (4,25%) la Corée (4,03%), le Japon (3,34%), le Danemark (3,02%), l’Allemagne (2,88%), les États-Unis et l’Autriche (2,81%). Le Canada affiche un score de 1,71%, loin derrière la Belgique (2,42%) ou la France (2,23%) et même la Chine (1,93%)… Quand on le compare avec l’ensemble des pays du continent (2,69%) ou de l’Union européenne (2,01%), le Canada fait piètre figure. Selon les chiffres de la Banque mondiale, le Canada est en net recul depuis 10 ans.

Au Québec, les dépenses en recherche et développement sont de 2,39% (chiffres de 2010). Mais ce budget est en chute libre depuis 2002 (2,79%) et a atteint son plus bas niveau en 10 ans. Dans sa dernière politique de la recherche et de l’innovation, le gouvernement du Québec s’était fixé un objectif de 3,7 milliards de dollars à injecter en cinq ans dans la recherche et l’innovation. L’espoir était d’atteindre l’objectif de 3 %. On a reculé depuis.

Il faut cesser de couper dans l’éducation et redonner de la vigueur à nos universités. Quand on est une petite nation, disaient mes professeurs jésuites, on doit être mieux scolarisés pour entrer dans la danse des nations.