Imparfaite et en santé

Jo-Anne Gilbert, kinésiologue et conférencière

Jo-Anne Gilbert, kinésiologue et conférencière

Crédit : Justin Van Leeuwen

En 5 secondes

Une chargée de cours de l’Université de Montréal lance le mouvement Imparfait et en santé.

Une entreprise naît souvent de la passion d’un entrepreneur. Parfois, celui-ci se donne pour mission de la partager et va jusqu’à créer un mouvement. L’idée à l’origine d’Imparfait et en santé en est un bon exemple. Au départ, ce fut le thème d’une conférence, « Imparfait et en santé », qui est vite devenu un mouvement qui incite les gens à bouger et à ne pas se laisser intimider par l’image corporelle « parfaite » trop souvent véhiculée par le monde de la mode.

À peine trois mois après son lancement, la page Facebook de l’initiatrice du mouvement, Jo-Anne Gilbert, chargée de cours au Département de kinésiologie de l’Université de Montréal, affiche une centaine de J’aime. « Je veux aider les gens à atteindre sainement un équilibre, autant dans leur corps que dans leur tête. Mon message est qu’on n’a pas besoin de viser la perfection pour prendre soin de soi », affirme cette entrepreneure qui se dit « imparfaite », mais semble tout le contraire à notre avis.

Pour la kinésiologue et spécialiste de la gestion du poids, il est important de faire la promotion de l’acceptation de son identité, de son corps et de son histoire. « Trop souvent, l’esthétique prend le dessus sur la santé, déplore-t-elle. Lorsqu’on fait la promotion de la santé, on met généralement en valeur des muscles et des corps parfaits de mannequins. C’est le culte de la perfection. Résultat? Les gens sont mal à l’aise d’aller s’entraîner au gym ou de faire du yoga parce qu’ils n’ont pas le look parfait. Côté alimentation, c’est pareil. Ce qu’on mange doit être savoureux et beau! On ne cuisine plus par crainte que ce ne soit pas aussi bien que Ricardo. »

Mme Gilbert présentera une conférence sur le sujet le samedi 22 octobre à 13 h 15 à la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (82, rue Sherbrooke Ouest).

De la recherche au transfert de connaissances

Depuis son doctorat en kinésiologie sous la codirection de professeurs de l’Université Laval et de l’Université de Copenhague, au Danemark, de 2005 à 2010, Jo-Anne Gilbert s’intéresse aux facteurs nutritionnels qui agissent sur la faim, aux apports en minéraux et en protéines et aux bienfaits de l’activité physique sur la santé. Dans sa thèse, elle a notamment étudié les composantes du lait et la sensation de satiété chez des femmes adultes en surpoids qui consommaient de petites quantités de calcium. « On voulait savoir si le rétablissement de leur consommation de calcium durant une perte de poids aurait un effet sur leur sentiment de satiété », précise-t-elle. La réponse est oui. Mais on ne peut pas dire que consommer plus de calcium permet de calmer la faim. « En donnant du lait additionné de calcium à nos sujets, on a aussi augmenté leur apport en protéines, ce qui a introduit un biais dans l’étude et peut avoir eu une influence sur la sensation de satiété », admet Jo-Anne Gilbert.

Celle qui donne le cours Activité physique et santé à la maîtrise professionnelle de l’Université de Montréal a pris un virage à 180⁰ en 2014, après plus de quatre ans de service à Santé Canada, où elle a travaillé avec « la gang du Guide alimentaire canadien ». Jo-Anne Gilbert décide alors de faire du bien-être son pain quotidien. « Je voulais continuer à faire du transfert de connaissances mais de façon plus pratique et directement sur le terrain », affirme-t-elle.

À force de donner des conférences et des ateliers sur l’activité physique et la gestion du poids, elle crée son entreprise nommée tout simplement Jo-Anne Gilbert, Ph. D. Elle laisse volontairement de côté le volet des consultations individuelles, pour lequel de multiples offres de services existent à Montréal. Outre ses charges de cours, la jeune femme de 36 ans se rend chaque semaine dans des firmes, associations et écoles où elle encourage les gens à se dépasser et à sortir de leur zone de confort tout en tenant compte des réalités de la vie.

Premier conseil : éviter la comparaison avec les autres. Cela vaut tant pour l’image corporelle que pour les performances sportives. « Quand on commence à comparer ses réalisations avec celles des autres, on ne se concentre pas sur ses propres améliorations et c’est décourageant », prévient-elle. Mme Gilbert suggère plutôt de se fixer des objectifs afin d’accroître sa confiance. « Allez à votre rythme. Ne vous occupez que de votre propre progression. » Elle souligne aussi qu’il est préférable d’établir des objectifs de santé réalistes. « Cela ne veut pas dire de ne pas avoir des objectifs élevés, note-t-elle. C’est souvent d’ailleurs ce qui motive les gens. Mais ils doivent être divisés en petits objectifs dont l’atteinte sera célébrée afin que les personnes puissent renforcer leur confiance en soi et construire sur leurs réussites. »

Les objectifs devraient par ailleurs être liés à la santé et non au poids. « On peut n’avoir perdu aucune livre au bout d’une semaine, mais avoir fait un gain énorme sur les plans de son endurance cardiovasculaire et de son bien-être, indique la kinésiologue. En ciblant le poids, on ne voit pas tous les bienfaits réels de ses efforts sur sa santé. »

Une touche-à-tout

À titre de jeune entrepreneure, Jo-Anne Gilbert a beaucoup de pain sur la planche. Elle vient de présenter une analyse des fondements scientifiques derrière les recommandations sur le sucre à un congrès pour les nutritionnistes. Au quotidien, ses tâches sont très variées et vont de la préparation de conférences au réseautage en passant par l’élaboration de stratégies marketing et la comptabilité. « Depuis que j’ai lancé mon entreprise, je suis devenue une touche-à-tout », mentionne Jo-Anne Gilbert, qui s’adonne à diverses activités sportives : vélo, yoga, course à obstacles… « Je ne suis pas performante en tout, mais j’aime essayer différents sports. Il ne faut pas craindre d’avoir l’air fou. L’important, c’est de bouger. »

À ses étudiants, elle rappelle l’importance de la polyvalence et de l’autonomie. Elle leur enseigne à sortir des sentiers battus pour passer des messages sur la santé. « Je les encourage notamment à réfléchir aux choix de carrière qui se présentent à eux et à songer à l’entrepreneuriat. » C’est une avenue très enrichissante pour un kinésiologue, selon Jo-Anne Gilbert. Même si les premières années à son compte sont très exigeantes. « Mais c’est un travail sain et équilibré! »